a-t-on plus de risques de tomber malade en restant à la maison qu’en retournant à l’école, comme l’affirme Jean-Michel Blanquer?

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a-t-on plus de risques de tomber malade en restant à la maison qu'en retournant à l'école, comme l'affirme Jean-Michel Blanquer?

Les enfants sont moinsinfectéspar levirus que les adultes, et quand ils le sont, c’est surtout au sein de leur famille qu’ils sont contaminés. L’affirmation du ministre est toutefois plus valable pour les élèves que pour les adultes.

Le retour des élèves dans les salles de classe après deux mois de fermeture est, pour Jean-Michel Blanquer, l’enjeu majeur du déconfinement. Il en a même fait « une question d’honneur ». Le ministre de l’Education nationale veut que tous les enfants aient pu retrouver leur école « au moins une fois » d’ici à la fin du mois de mai. Alors que l’épidémie de coronavirus est toujours active sur le territoire, bon nombre d’enseignants, de parents d’élèves et de maires ne cachent pas leur inquiétude.

Au premier jour de la fin du confinement, lundi 11mai, le ministre a tenté de rassurer les plus réticents. « Il y a plus de risques à rester chez soi qu’à aller à l’école », a-t-il affirmé au micro d’Europe 1, s’attirant aussitôt un déluge de critiques sur les réseaux sociaux. Jean-Michel Blanquer, qui assure s’appuyer sur l’avis de pédiatres, dit-il vrai ou « fake »?

Les enfants sont moins malades que les adultes

La Société française de pédiatrie relève que « les données pédiatriques concernant l’infection à Covid-19 sont rassurantes ». En son sein, le groupe spécialisé dans les pathologies infectieuses pédiatriques (GPIP) précise que, « contrairement aux situations observées avec de nombreux virus respiratoires », « les enfants sont moins souvent porteurs du Sars-CoV-2 que l’adulte ».

Non seulement les enfants sont moins infectés par la maladie, mais ils tombent moins gravement malades. Plusieurs études menées en Asie « confirment le caractère bénin des formes cliniques de la maladie chez les enfants », souligne le Conseil scientifique qui conseille l’exécutif, dans l’une de ses notes. Il cite une étude de chercheurs chinois parue dans la revue de l’académie américaine de pédiatrie (en anglais) et à une publication de scientifiques sud-coréens dans une revue de pédiatrie clinique et expérimentale coréen (en anglais).

Le GPIP arrive à la même conclusion: « Depuis le début de l’épidémie en Europe, peu d’enfants ont été touchés et les formes sévères ont été exceptionnelles. » Chez l’enfant, le risque de mourir du Covid-19 est « de l’ordre » de 1/10000 par rapport à l’adulte, celui de développer une forme grave de la maladie est de 1/1000 et celui d’être hospitalisé de 1/100, évalue ce groupe. « Ceci est particulièrement vrai chez l’enfant de moins de 10ans », insiste le GPIP.

Les enfants sont surtout contaminés au sein de leur famille

L’écrasante majorité des enfants contaminés par le virus l’ont été non pas au contact d’un autre enfant, mais d’un membre de leur famille. « Huit fois sur dix, il y a un contaminateur dans la famille malade avant eux », indique à franceinfo le pédiatre et infectiologue Robert Cohen.

Un ordre de grandeur que confirme, sur franceinfo, le professeur de maladies infectieuses et tropicales au CHU de Grenoble, Jean-Paul Stahl: « Plus de 90% des enfants qui ont été contaminés par le virus l’ont été dans le milieu familial. » Cette statistique fait dire au médecin sur franceinfo que « laisser les enfants chez eux leur ferait courir un risque supplémentaire ». Une citation opportunément relayée sur Twitter par Jean-Michel Blanquer.

Dans un communiqué, les organisations professionnelles de la pédiatrie évoquent, au-delà des risques de contamination, un effet pervers du confinement, qui « expose les mineurs aux violences intrafamiliales et conjugales de façon plus importante. »

Les enfants transmettent moins la maladie

Les enfants contaminés sont moins vecteurs de la maladie que les adolescents et les adultes infectés. « Les données disponibles sur la contagiosité des enfants entre eux et vers les adultes sont rassurantes, en particulier en ce qui concerne les jeunes enfants », constate le Groupe de pathologie infectieuse pédiatrique. « Le rôle des enfants dans la dynamique de l’épidémie chez l’adulte parait modeste et concernerait plutôt les adolescents de plus de 15ans », écrit l’Association française de pédiatrie ambulatoire dans un avis commun avec le GPIP.

« Il n’y a pas eu d’épidémie documentée dans les crèches, écoles, collèges, lycées ou universités à ce jour, en l’état des connaissances actuelles, sauf une dans un lycée en France où le virus a touché 38% des lycéens, 43% des enseignants, et 59% des personnels travaillant dans l’établissement scolaire », à Crépy-en-Valois, remarque le Conseil scientifique dans une de ses notes.

Cette particularité du Covid-19 va à rebours des connaissances en matière d’épidémiologie et de santé publique. « Le risque de contamination en milieu scolaire entre les enfants apparaît plus faible qu’initialement supposé au vu des données existantes », relève la Société pédiatrique de pneumologie et d’allergologie. « En cela, la pandémie actuelle diffère beaucoup des épidémies virales mieux connues comme celle de la grippe ».

Les gestes barrières sont moins faciles à appliquer à l’école

Au vu de ces informations, le GPIP s’est prononcé en faveur du retour de tous les enfants à l’école, « y compris ceux suivis pour une maladie chronique ». Cette reprise des cours en classe doit tout de même intervenir « dans le respect des mesures barrières, dont l’application doit être adaptée aux différentes tranches d’âges ». Les enfants n’étant pas des « super-contaminateurs », la reprise des cours « ne semble pas représenter un risque significatif pour des adultes contacts », « sous réserve de l’application de mesures barrières », juge le GPIP.

Ce point inquiète particulièrement le président du Conseil national de l’ordre des médecins, Patrick Bouet. « ‘Il est très difficile en milieu scolaire de faire respecter les gestes barrières », avertit-il dans un entretien au Figaro. « Déconfiner le milieu scolaire reviendrait à remettre le virus en circulation ».

Cet élément a également été décisif pour le Conseil scientifique. « Le risque de transmission est important dans les lieux de regroupement massif que sont les écoles et les universités, avec des mesures barrières particulièrement difficiles à mettre en œuvre chez les plus jeunes », écrit-il dans un de ses avis. Le Conseil s’est par conséquent prononcé pour le maintien de la fermeture des écoles jusqu’en septembre. Cette position n’a pas été suivie par le gouvernement et le Conseil en a pris acte, formulant une série de mesures drastiques en prévision de la réouverture des établissements scolaires.

Le retour à l’école expose les adultes au virus

Pour les adultes en revanche, la réouverture des écoles pourrait entraîner des contaminations. « Les enfants vont rencontrer des enseignants et des agents des collectivités locales, sans que les mesures barrières soient possibles, et pourront les contaminer », redoute Patrick Bouet. Le virus pourra également revenir dans les familles, restées confinées pendant deux mois, qui pourront se retrouver infectées par les contacts de leurs enfants à l’extérieur. »

« Le risque d’infection pour les adultes relève surtout du contact entre adultes eux-mêmes », tempère le Groupe de pathologie infectieuse pédiatrique, avertissant cependant que les enseignants, les directeurs, le personnel des écoles, mais aussi les parents d’élèves, s’exposent potentiellement au virus. « Les arrivées et les sorties d’écoles sont des moments de rencontres entre adultes, prévient le pédiatre et infectiologue Robert Cohen. C’est peut-être ça qui joue un rôle dans l’épidémie, bien plus que les enfants eux-mêmes ».

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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