Où le grand public peut-il acheter des masques de protection ?

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Les masques à destination du grand public devraient jouer un rôle important dans la période post-confinement. C’est en tout cas ce que semblent indiquer les différentes prises de parole des autorités ces derniers jours. A commencer par celle du président de la République, le 16 mars, qui laissait entendre une possible systématisation du port du masque, notamment dans les transports en commun à partir du 11 mai. Dès lors, vous vous demandez où vous en procurer et selon quelles modalités.

Dans les faits, la diffusion de masques auprès du grand public ou de malades du Covid-19, c’est-à-dire auprès de toute la population hors personnel soignant, demeure un sujet épineux. Il est en effet pour l’heure compliqué d’en acheter en tant que simple citoyen. Que ce soit les masques FFP2, les masques dits chirurgicaux, ou même les masques en tissu réutilisables établis selon un cahier des charges précis.

Dimanche 19 avril, le Premier ministre, Edouard Philippe, et le ministre de la Santé, Olivier Véran, ont à leur tour abordé la question, affirmant que les masques grand public devaient être déployés en complément des gestes barrières. «Les autorités scientifiques sont en train d’évaluer les choses et, sans attendre, l’Etat a mobilisé les industriels du textile pour fabriquer des masques destinés au grand public.»

Ni chirurgicaux ni FFP2, ils répondent à des normes et«garantissent un niveau d’efficacité intéressant» selon le ministre de la Santé, qui précise que huit millions de masques ont été produits la semaine dernière en France, l’objectif étant fixé à environ 17 millions par semaine grâce à l’importation et à la réorientation de chaînes de montage. «Vous les verrez bientôt, ils sont en tissu, lavables et réutilisables cinq, vingt, trentefois…» promet Olivier Véran, qui souhaite engager l’Etat, les collectivités et aussi la grande distribution dans leur diffusion prochaine. Sollicitée par CheckNews, la Direction générale de la santé n’a pas indiqué si les huit millions de masques réutilisables déjà produits avaient été écoulés et si oui, par quel biais.

Le grand flou

Une promesse bien floue, du point de vue des pharmacies, vers lesquelles le bon sens amène à se tourner en priorité. Car, à l’heure actuelle, ces officines ne sont autorisées ni à donner des masques chirurgicaux pour honorer les prescriptions des médecins envers les patients atteints du Covid-19 ni à détenir ou distribuer des masques de protection textiles à la population qui en fait pourtant la demande. En cause, deux obstacles principaux: d’abord la doctrine de l’Etat, diffusée par les messages d’alerte de la Direction générale de la santé aux professionnels de la santé (DGS-urgent).

Le dernier, en date du 7avril, précise bien, à nouveau, que les masques envoyés dans les officines via les grossistes répartiteurs sont à distribuer aux professionnels de santé. Médecins généralistes, sages-femmes, masseurs ou encore salariés de l’aide à domicile, peuvent donc se rendre en pharmacie pour récupérer le stock qui leur revient. Mais certainement pas monsieur et madame Tout-le-monde. «Au-delà de la doctrine de l’Etat, on constate une absence de mise à jour de ce qu’on appelle la liste positive, c’est-à-dire la liste, établie par le code de la santé publique, qui comprend tous les produits pouvant être détenus et autorisés à la vente dans les pharmacies», explique à CheckNews Carine Wolf-Thal, présidente du conseil national de l’ordre des pharmaciens. Or, pour l’instant, aucun arrêté n’est venu modifier cette fameuse liste, afin d’y inclure les masques (chirurgicaux d’abord, et éventuellement plus tard les masques textiles réutilisables mis sur le marché) pour le grand public. L’ordre des pharmaciens a ainsi formulé, la semaine dernière, une demande officielle auprès de l’Etat et attend une réponse sous quinze jours.

De son côté, Philippe Besset, président de la fédération des pharmaciens d’officine (FSPF), réalise le même constat et résume: «Le cœur de mon problème, c’est le décret du 23 mars. Ce décret, de fait, autorise les importations de masques, qui sont de plus en plus nombreux à arriver sur le territoire français. Mais à partir de là, qu’en fait-on? Pour l’instant, c’est le flou total sur la marche à suivre. Quand je vois arriver un patient avec une ordonnance, je ne peux pas lui donner de masque. C’est à son médecin de lui fournir, à partir de son stock personnel, s’il l’estime nécessaire.»

Grande distribution

En termes de diffusion auprès du grand public, l’impatience et l’incompréhension des pharmaciens est d’autant plus forte que la grande distribution semble désormais entrer dans la danse. «Quand on voit que la grande distribution s’y met et que les pharmacies sont toujours interdites d’en distribuer, on se pose des questions», lâche Carine Wolf-Thal. La marque CDiscount a en effet annoncé dimanche 19 avril avoir commandé en Chine 60millions de masques chirurgicaux afin de les mettre en vente en France. Leur prix: 75centimes l’unité, avec un minimum de50masques par commande. Mais là encore, le citoyen lambda n’y aura pas accès. La vente de ces masques est accessible uniquement sur la plateforme CDiscount pro, à destination des entreprises TPE et PME, dans le but d’une «continuité économique», indique la marque à CheckNews.
Toutefois, au-delà des commandes privées passées au coup par coup, une association tente de généraliser le circuit de fabrication de masques grand public, dits «masques barrières».

Il s’agit de l’Afnor, association française de normalisation, qui a mis en place depuis le 27 mars un cahier des charges réalisé par des experts(laboratoires, CHU, marques…), dans le but de globaliser la confection de masques filtrants, réutilisables, utilisés en complément d’une distanciation sociale. A l’heure actuelle, nous indique un porte-parole de l’association, le modèle a été téléchargé plus de 600000 fois et depuis le 8 avril, une plateforme mettant en relation confectionneur et demandeurs (les demandeurs étant des particuliers, des entreprises et les services publics) a vu le jour. Preuve d’une très forte demande, la liste d’attente est longue: 1659 confectionneurs sont référencés, contre 35000 demandeurs.

L’association d’intérêt général précise tenir l’Etat informé de ses avancées et devrait effectuer de nouveaux tests dès cette semaine sur les types de tissu utilisés, pour savoir, notamment, s’il est efficace de confectionner un masque à partir des tissus qu’on peut trouver chez soi: un Tee-shirt ou un torchon, par exemple. La question de la distribution, là aussi, est toujours en suspens. «Nous avons beaucoup de contacts tous azimuts avec les pharmacies, La Poste, la grande distribution, pour des mises à disposition. On cherche des points de relais et on travaille également sur les modalités de vente à prix coûtant ou de gratuité.»

L’Afnor constate par ailleurs une «très grosse mobilisation des villes et des collectivités locales qui font des appels d’offres et qu’on essaie de mettre en lien avec des entreprises qui respectent notre cahier des charges. Mais il faut s’armer de patience, la distribution n’est pas encore réalisée. On en est toujours à la phase de confection». Jusqu’à ce que la production de masques réutilisables promise par le gouvernement se normalise et trouve des points de relais, l’option artisanale, en suivant le modèle proposé par Afnor, est une alternative sérieuse.

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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