“Au bout d’un mois et demi, je n’avais plus aucune patience” : certains parents soulagés par le déconfinement

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Phoot météo 6 mai
Ce matin, à Acheux-en-Vimeu dans la Somme, Louise, mère de Candice, 6 ans, et Garance, 4 ans, laisse ses filles à leur papa qui a pris une semaine de congé car l’école reste fermée. Assistante de direction, elle occupe un poste-clé et ne pouvait manquer la réouverture de son entreprise à Friville-Escarbotin.

« Si je me sens quand même privilégiée d’avoir pu profiter autant de mes enfants, (il ne faut pas oublier que j’étais rémunérée à 100 %), je n’ai pas eu de pincement au coeur en prenant la route !« , admet-elle. »Un sentiment de liberté m’a envahie en voyant les paysages défiler ! Mes filles étaient, elles aussi, ravies que leur mamanreprenneun rythme normal ! J’ai eu le droit à un gros câlin en partant et en rentrant. Mère au foyer, c’est un métier, et je ne l’ai pas choisi.«

D’autres n’ont pas encore repris le travail mais ce n’est pas l’envie qui leur manque, comme Maxime, habitant d’Huppy. Considéré comme une personne à risque face au Covid-19, ce salarié du BTP pourra retourner sur les chantiers le 18 mai.

Du jour au lendemain, devenir parent au foyer

Depuis deux mois, il s’occupe à plein temps de Tom, 4 ans, et Charline, 5 mois. Sa compagne aide-soignante qui travaille de nuit a été réquisitionnée par l’institut hospitalier de Berck-sur-mer.Maxime découvre les joies et les difficultés d’être père au foyer. Un challenge !

« Avant c’était ma compagne qui était la chef d’orchestre. Pour mon fils, Tom, c’était rare que je change une couche ! Là, avec ma fille Charline, je n’ai pas eu le choix. Le plus dur, ce sont les nuits où je dois me lever plusieurs fois. Je me suis glissé dans la peau d’un père moderne !Si c’est une belle opportunité pour mieux connaître mes enfants,je préfère me rendre utile auprès de ma famille en exerçant le métier pour lequel je suis formé.«

Parent au foyer est un métier à part entière, mais en temps confinés, cela devient un véritable « sport » pour certains Picards.

Depuis ce 11 mai, tout à leur tâche professionnelle retrouvée, les parents se remémorent ces deux mois de marathon, avec un planning tiré au cordeau : la préparation de quatre repas par jour, le ménage, le linge, la gestion des frustrations du « petit dernier », l’organisation de jeux plus ou moins créatifs pour les 2 à 5 ans, la supervision des devoirs, plus ou moins compliqués pour les plus de 6 ans… Car être parent au foyer confiné.e, c’est aussi être assistant.e maternel.le ou instituteur.trice !

Le soulagement du retour à la vie normale

Angélique, assistante dentaire à Abbeville, a passé son confinement recluse dans sa maison dans le Vimeu. Chaque semaine, elle et son ex-conjoint se partageaient la garde de leur fille de 9 ans. « J’en avais marre de faire la police pour qu’Alice ne regarde pas trop la télévision, qu’elle fasse du sport tous les matins, de chaperonner ses leçons avec toute la paperasse quotidienne à imprimer. Les deux dernières semaines, je ne suivais plus les consignes de l’institutrice.Je faisais mon propre programme avec les manuels scolaires. Le reste du temps, je ne chômais pas. Je m’étais donnée comme mission de repeindre les grilles du portail et le muret extérieur. Malgré toutes ces tâches, l’ennui me rongeait« , raconte-t-elle.

« Je peux vous dire que depuis le 11 mai, devant mes patients, j’affiche un grand sourire même sous mon masque ! Et même si le contexte sanitaire me stresse un peu, je préfère être au cabinet que de rester chez moi. J’ai confié ma fille à ses grands-parents. Cela va nous faire du bien, à elle comme à moi, de voir d’autres têtes.«

Apaiser les tensions

Mettre ses enfants (sans trop culpabiliser) chez les grand-parents, à la crèche, à l’école, échanger quelques mots à bonne distance avec la nounou et les autres parents, retourner en entreprise ou faire du télétravail, et pourquoi pas faire du shopping à la pause-déjeûner… Un soulagement pour certains parents complètement dépassés par la situation.

Je me suis mise à lui parler sèchement, lui dire non à tout bout de champ sur un ton toujours plus exaspéré.

Aurélie, amiénoise, mère d’Inès, 2 ans, avait perdu la notion du temps et l’empathie envers sa fille. « Avec Inès, cela se passait bien avant le confinement. La communication entre ma fille et moi était apaisée, constructive et j’adorais jouer avec elle. Au bout d’un mois et demi de confinement, je n’avais plus aucune patience et bien sûr personne pour me relayer en journée. », raconte la jeune femme. « Ce fût l’engrenage. Je me suis mise à lui parler sèchement, lui dire non à tout bout de champ sur un ton toujours plus exaspéré. Elle pleurait encore plus fort en me voyant énervée. J’ai appelé le numéro d’aide de l’association « Parents Créatifs » car j’avais besoin d’une écoute bienveillante et de conseils pour tenir jusqu’au 11 mai.«

Cette semaine, Aurélie est en télétravail et sa fille à la crèche. L’une a retrouvé un métier qui la passionne quatre jours par semaine, l’autre ses copains qu’elle adore. Toutes les deux ont retrouvé leur équilibre entre vie familiale et vie sociale. Ce qui n’est pas encore le cas de beaucoup de familles. Beaucoup de parents n’ont pas remis leurs enfants à l’école ou en garde par peur du coronavirus. Sans compter ceux dont les crèches et écoles restent fermées jusqu’à fin juin. Pour eux, le déconfinement risque de ressembler au confinement… encore longtemps.

« L’humain n’est pas conçu pour vivre 24h/24 avec ses enfants » : les explications de Serge Eugène Chasson, psychothérapeute à Abbeville

« La souffrance de ces parents est polyfactorielle. Ceux sont les parents qui se sont le plus mis la pression pour que leurs enfants ne perçoivent pas trop cette ambiance anxiogène autour de la peur de la transmission du coronavirus. Ils ont tenté de recréer un environnement qui ressemblait le plus à l’ordinaire. Par exemple, ils ont cherché à recréer les conditions optimales de l’école en étant aussi créatifs et pédagogiques que peuvent l’être les professionnels. De quoi se taper la tête contre les murs de leur foyer devenu une prison durant les deux mois du confinement. Ces parents sont aussi des personnes qui ont souffert plus que d’autres de la perte de leur travail. Ils se sont sentis inutiles et ont perdu leur cercle social. La promiscuité avec leur cercle familial stricto sensus a été difficile à gérer aussi. Cela a perturbé le rythme présence/absence. Il n’y avait plus le sentiment du bonheur de se retrouver chaque soir. À ceux qui disent que l’on fait des enfants pour vivre avec, je leur dirais que l’humain n’est pas conçu pour vivre 24h/24 avec ses enfants. Au contraire, l’enfant appartient autant à la société qu’à la famille. La cellule familiale est le tremplin pour l’aider à s’épanouir à l’extérieur.Les parents ne sont pas équipés de la même manière pour faire face à cette épreuve qui combine deux sentiments paradoxaux : se sentir seul tout en se sentant étouffé par ceux qu’on aime le plus. »

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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