au camping de Bélézy, les vacanciers savourent leur « liberté retrouvée » après le confinement

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au camping de Bélézy, les vacanciers savourent leur "liberté retrouvée" après le confinement

Le camping a rouvert ses portes en juin avec un protocole sanitaire spécial contre le coronavirus. Malgré cette situation inédite, les adeptes d’une viesans vêtementsont vite retrouvé leurs habitudes. Reportage.

Enfin la bouffée d’air frais. Le silence, les rangées de pins et de cyprès, le ciel bleu à perte de vue, le chant des cigales et le soleil qui tape surla peau. Depuis que Jeanne et Adrien ont installé leur caravane au camping naturiste de Bélézy (Vaucluse), à une dizaine de kilomètres de Carpentras, ilsrevivent. Les semainespassées,confinés dans leur maison près de Nîmes (Gard), semblent déjà loin: plus de stress, plus d’heures à jongler entre la cuisine, le ménage, les enfants et letélétravail. « J’attends ce moment chaqueannée. Ici,c’est le seul endroit où on se repose »,glisse Adrien, un grand brun au sourire franc. Dans cecamping cinq étoiles à l’abri des regards,il se sent libre d’aller nu, comme des dizaines d’autres vacanciers.

Assise à ses côtés, la petite Mara dans les bras, Jeanne opine de la tête.Depuis qu’elle est enfant,elle passe ses étés à« Bélé », le surnom que les habitués donnent au domaine. Adolescente, elle y a fait quelques saisons en tant qu’animatrice avant d’y revenir avec son mari des années plus tard. « Les enfants se sentent hyper bien.A peinearrivés, ils ont sauté de la voiture et on ne les a plus vus. Ils étaient dans l’herbe en train de jouer », raconte-t-elle.

Adrien et Jeanne dans leur tente au camping de Bélézy (Vaucluse), le 6 juillet 2020. (ELISE LAMBERT/FRANCEINFO)

Aménagé dans les années 1960 dans les hauteurs du village de Bédouin au pied du mont Ventoux, le camping de26 hectares peutaccueillir jusqu’à 2000 personnes. Des naturistes de toute l’Europe du Nord y viennent chaque année, les Néerlandais en tête, suivis des Belges et des Allemands. Certainsdescendent en caravane ou avec leur tente, d’autres louent des bungalows ou les cabanes récemment construites dans les arbres. Le Premier ministre néerlandais y adéjà séjourné, sans que cela ne fasse quelconque bruit.« Dès qu’on arrive ici tout est simple et zen, c’est la liberté retrouvée »,souritJeanne.

Pourtant, ces vacances ont bien failli ne jamais avoir lieu.Jusqu’au dernier moment, Pascal et Madelon Leclère, gérants du camping, ont cru qu’ilsresteraient fermés. « C’était un casse-tête pas possible, on a dû reculer l’ouverture trois foisen fonctiondes annonces du gouvernement. On avertissaitnos clients au dernier moment, on a envoyé des mails en plusieurs langues… »soupire Pascal, attablé aurestaurant au bord de la piscine.« On a aussi dû gérer les annulations et les demandes de remboursement, nombreuses avec l’incertitude autour de la réouverture des frontières… »,poursuit Madelon.

La reprise était une grosse angoisse. Mais ça se passe bien.Madelon Leclèreà franceinfo

En temps normal, les emplacements libres sont rares à cette époque, mais aujourd’hui,le camping n’est occupé qu’à 40%.Pour pouvoir rouvrir, les gérants onteu recours au chômage partiel et ont souscrit à un prêt garanti par l’Etat. « On a un peu de trésorerie, si on fait une bonne saison l’année prochaine ça devrait aller. Mais on ne pourra pas tenir deux années comme ça », tranche Pascal.

Des bungalows au camping de Belezy (Vaucluse).
Des bungalows au camping de Belezy (Vaucluse). (SEBASTIEN BOUDOT)

En plus d’une situation économique fragile,le camping a dûmettre en place rapidement un protocole sanitaire. Que les vacanciers soient nus n’y change rien, puisque le coronavirus (jusqu’à preuve du contraire) ne se transmet que par les gouttelettes.« On a dû trouver du gel hydroalcoolique et des masques pour nos saisonniers, mais c’était la rupture de stocks partout »,reprendMadelon, entre deux bouchées de risotto au rouget. Il a fallu se débrouiller. Une entreprise locale d’huiles essentielles, reconvertie pour l’occasion, a fini par leur fournir du gel, qu’ilsont transvasé dans des flacons de savon. « J’ai imprimé des étiquettes et on en a mis partout sur des bornes dans le camping. »

On a condamné un lavabo sur deux. Les poignées de porte et les robinets sont régulièrement désinfectés. Les saisonniers ont également suivi une formation spéciale.Pascal Leclèreà franceinfo

Al’épicerie, le nombre de clients est limité, un traçage au sol gère les entrées et les sorties. A lapiscine, les transats sontespacés d’un mètre les uns des autres.Les cours de cuisine sont annulés et lesateliers de jonglage, sculpture, dessin de nu, tir à l’arc, etc. sontlimités à dix personnes.

Un cour de tir à l'arc au camping de Bélézy (Vaucluse), le 7 juillet 2020.
Un cour de tir à l’arc au camping de Bélézy (Vaucluse), le 7 juillet 2020. (ELISE LAMBERT/FRANCEINFO)

« Les gens font plus attention, ils prennent leurs distances »,constate Christine, retraitée de 58 ans, en train de faire sa lessive en plein air.« Il y a beaucoup d’espace et moins de monde que d’habitude, donc peu de risque », présume-t-elle. Dans le domaine, aucunnaturistene porte de masque. Les règles sont les mêmes qu’ailleurs: il est obligatoire pour les salariés en contact avec le public et en intérieur pour les vacanciers.

Malgré la situation, les vacanciers rencontrés ne semblent pas perturbés.Pour Georges, 69 ans, fidèledes lieux depuis quarante ans, le naturismeest une philosophie qui se vit,quel que soit le contexte. « Ma fille et mon fils sont presque nés ici. Ils ont dû êtreconçus ici, ou pas très loin! »s’esclaffe-t-il. La silhouette débonnaire, la peau brunie par le soleil, il n’a pour apparat qu’un chapeau de paille et des lunettes de soleil. Ancienmembre de l’armée de l’air, il raconte avec entrain le temps où il descendait avecune « caravane toute pourrie » avant d’acheter un bastidon (petite maison) dans les hauts de Bélézy. Un quartier entièrement naturiste de 150 maisonettes, habitable à l’année.

Le naturisme, c’est la liberté, la nature, le respect complet des autres et la tolérance.Georgesà franceinfo

Assis à ses côtés, un verre de jus d’orange –« bio »précise-t-il – à la main, Alain développe:« Le naturisme, c’est une philosophie; le nudisme, c’est une posture, une attitude. » Cet ancien professeur originaire d’Arras (Pas-de-Calais) ne conçoit pas le naturismesansle respect de l’environnement.Les dernières demandes des vacanciers vont en ce sens, selonles gérants: plus de produits bio, tri des déchets et mobilier en bois durable. Le potager ducamping fournit une grande partie de la cuisine du restaurantet les restes sont donnés aux animaux de la ferme. Dans les sanitaires, l’eau chaude est majoritairementfournie par l’énergie solaire.

Alain et Georges au camping de Bélézy (Vaucluse), le 6 juillet 2020.
Alain et Georges au camping de Bélézy (Vaucluse), le 6 juillet 2020. (ELISE LAMBERT / FRANCEINFO)

Il n’existe pas non plus de naturisme sans sérénité. « Ici, ce n’est pas Palavas-les-Flots,prévient Georges, peu adepte des campings où les tentes s’alignent les unes après les autres sans espace.Pour les enfants, c’est féerique, ils peuvent aller partout et tous les adultes veillent sur eux.S’il y en a un de perdu, il y aura toujours quelqu’un pour le récupérer. » De la même façon,« si quelqu’un a un comportement étrange, on se passe le message et on le surveille ».Car s’il y a bien une chose que les naturistes détestent, c’estd’être confondus avec les « nudistes » ou les« exhibitionnistes ».« Ici, ce n’est pas le Cap d’Agde »,lanceAlain, en référence à la célèbre station balnéaire de l’Hérault, connue pour ses plages échangistes.« Quand j’y suis allé, j’ai vu des pratiques sado-masochistes, un homme tenir sa femme en laisse… Chacun fait ce qu’il veut, mais pour moi ce n’est pas du naturisme. »

La nudité n’est pas le cœur du naturisme pour tout le monde. A Bélézy, on peut garder ses vêtements selon les circonstances. « Il y a eu une évolution des mentalités. Ici c’est sain, il n’y a pas d’intégristes », commente Alain, en référence aux années 1980, où des naturistes « à l’ancienne » pouvaient exiger que lesadolescents se déshabillent, même s’ils étaient complexés par leur corps. « On n’oblige personne à être nu, sauf à la piscine. Moi qui ai deux mélanomes, je ne pourrais pas me mettre à poilau soleil ! Ma dermato n’aimerait pas », s’amuse-t-il en montrant ses jambes.

Les règles du « undress code » sont claires: pas d’obligation d’être nu si on a froid ou si on a une maladie. Vêtements obligatoires en revanche lors des activités physiques où si l’on sort le soir.« A mon époque, c’était beaucoup plus strict »,observe Nadine, 51 ans, en train de lire Secrets d’histoire de Stéphane Bern surune terrasse ombragée. Depuis ses 9 ans, cette femme belge vient chaque année passer une bonne partie de l’été à Bélézy. Elletrouve dommage que « pas mal de jeunes » gardent « leur short ».Pour elle, lenaturismeaide à accepter son corps et à décentrer son regard sur celui des autres.

Nadine au camping de Bélézy (Vaucluse), le 6 juillet 2020.
Nadine au camping de Bélézy (Vaucluse), le 6 juillet 2020. (ELISE LAMBERT/FRANCEINFO)

« Le naturisme a tellement de bienfaits. Déjà, au niveau des sensations, quand tu es dans l’eau, tu n’as pas de maillot qui te tire de partout. Tu prends une douche et tu n’as pas à t’enfermer pour t’essuyer, c’est beaucoup plus simple »,décrit-elle. Elle ne sent plus le regard pesant que peuvent avoir certains hommes sur elle dans le « monde textile ». « Jen’ai jamais eu peur ici. Mon corps n’est pas sexualisé. C’est le vêtement qui donne la tentation de regarder, pas la vision d’un corps nu en entier », estime-t-elle.

Un ressenti partagé par Jeanne, qui avoueêtre très mal à l’aise dans le « monde textile ». « C’est une libération par rapport au modèle de la femme du XXIe siècle, c’est-à-dire fine, grande, avec des seins qui ne tombent pas.Depuis la fin du confinement, c’est la mode du ‘no bra’ [sans soutien-gorge]et bien ici, c’est1000% ‘no bra' », rigole-t-elle. « Sur 2000 personnes, il n’y a pas un corps qui ressemble à un autre, on prend la mesure du ‘corps vrai' ».

On voit des personnes handicapées, des femmes qui n’ont qu’un sein ou des hommes avec une prothèse. Il y a une vraie acceptation des autres.Nadineà franceinfo

Azilis, 19 ans, dernière d’une famille de naturistesdetrois générations, dit même que le naturisme l’a « sauvée », après avoir subi du harcèlementscolaire au collège et au lycée.« Bélézy, c’est le seul endroit où je n’étais pas jugée, pas regardée. Tout le reste de l’année je ne m’aimais pas, sauf ici »,raconte la jeune fille, un paréo rose noué à la taille. Cela ne veut pas dire pour autant que la séduction est absente. Lors des soirées à la discothèque du Cargodonnées dans lemas, chacun est libre de se mettre sur son 31.

Mais pour la première fois en cinquante ans, leCargo n’ouvrira pas cet été.Fini aussi les concerts à la belle étoile et les rassemblements sous les platanes. Les groupes de musiquedoivent se déplacer. Ce jour-là, la « guinguette moderne » de Manu & Co, accordéon à la main, déambule entre les tables en chantant J’veux du soleilet Mon amant de Saint-Jean.Le mistral souffle fort, faisant remuer les branches desarbres et voler les serviettes en papier.Les vacances viennent tout juste de commencer, et Azilisne veut pas penser àleur fin. « Quand on est ici, on est en dehors du temps. C’est un mois où je peux êtrequi je veux et faire ce que je veux. »

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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