Avoir le droit de prendre sa place

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Djeinabou Barry, étudiante au baccalauréat en droit et initiatrice du chapitre sherbrookois de l'Association des étudiants noirs en droit – UdeS.
Djeinabou Barry, étudiante au baccalauréat en droit et initiatrice du chapitre sherbrookois de l’Association des étudiants noirs en droit – UdeS.
Photo : Michel Caron UdeS

Marie-Clarisse Berger et Djeinabou Barry militent pour un plus grand échange, une meilleure écoute des personnes racisées. En prenant leur place dans l’espace public, ces futures juristes noires veulent non seulement promouvoir leur culture mais aussi être des modèles de femmes noires qui réussissent dans un milieu traditionnellement caucasien.

2020. Une année clé dans l’histoire des Noirs en Amérique du Nord. Pour Marie-Clarisse Berger et Djeinabou Barry, toutes deux étudiantes au baccalauréat en droit, cette année a été dramatique, mais elle a aussi permis un avancement de la conscientisation.

J’espère que ça va continuer, et qu’il y aura des actions concrètes. Que ce ne sera pas seulement une tendance, parce qu’il reste beaucoup à faire malgré les avancements de cette année.

Djeinabou Barry, étudiante au baccalauréat en droit

Marie-Clarisse Berger, étudiante au baccalauréat en droit et membre du comité exécutif de l'Association des étudiants noirs en droit – UdeS.
Marie-Clarisse Berger, étudiante au baccalauréat en droit et membre du comité exécutif de l’Association des étudiants noirs en droit – UdeS.
Photo : Michel Caron UdeS

Les derniers mois ont aussi été le début d’une belle aventure avec la mise sur pied, par Djeinabou, du chapitre sherbrookois de l’Association des étudiants noirs en droit. En fait… des étudiantes noires, pourrait-on dire, puisqu’elles sont pour l’instant sept jeunes femmes à œuvrer au sein de cette organisation qui promeut la représentation et l’intégration des personnes étudiantes noires à la Faculté de droit et qui s’affaire aussi à sensibiliser et à éduquer la communauté étudiante à propos des barrières raciales rencontrées par les personnes noires.

Je viens de Rivière-du-Loup. Dans ma région, on n’a pas nécessairement la chance d’échanger avec des gens racisés. C’était la première fois que je pouvais avoir le point de vue de personnes de ma communauté. C’est vraiment important d’avoir un espace libre pour pouvoir échanger entre nous.

Marie-Clarisse Berger, étudiante au baccalauréat en droit

En quelques mois seulement, elles ont publié des capsules de débats sur des sujets d’actualité qui les touchent – par exemple, le mot en n –, organisé des conférences avec de grands activistes, célébré la culture noire à travers des événements de toutes sortes, ouvert le dialogue. En ce mois de l’histoire des Noirs, elles sont sollicitées de toutes parts pour faire entendre leurs voix.

Pour Marie-Clarisse et Djeinabou, c’est essentiel d’être représenté en région, mais aussi dans le domaine du droit, un milieu peu diversifié. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, les deux étudiantes ne se sont pas dirigées vers le droit pour défendre les membres de leur communauté. « Oui, je m’intéresse aux droits humains, au droit de l’immigration. Mais mon statut de femme noire va être plus utile dans mon activisme que dans ma profession», croit Marie-Clarisse.

Nous sommes à notre place ici. Tu peux être noire, être une femme, et réussir dans ce domaine. En m’impliquant en droit, je contribue à la représentation de ma communauté. C’est ainsi que mon rôle de juriste va se combiner à celui d’activiste.

Djeinabou Barry, étudiante au baccalauréat en droit

Pour Djeinabou, les études de droit sont certainement l’occasion de mieux définir son identité et de déconstruire l’idée qu’il faille être exceptionnel pour être entendu lorsqu’on fait partie d’une minorité visible.

Je veux être un modèle pour toutes les personnes noires qui vont entrer dans une classe et découvriront qu’elles sont les seules personnes noires; les personnes qui vont se demander «est-ce que je suis à ma place ici, est-ce que je vais pouvoir réussir? ». Je veux démontrer que tu peux être juste toi et que c’est assez pour avoir le droit de prendre ta place.

Djeinabou Barry, étudiante au baccalauréat en droit

« Dans le domaine du droit, il y a beaucoup de pression. Même si on est habituées de performer, on n’est pas obligées d’être dans les plus gros cabinets pour sentir qu’on a réussi. Mon succès, il est différent de celui de mon voisin », croit Marie-Clarisse.

J’aimerais être un modèle tout court. Entendre que Marie-Clarisse est rendue là. Pas que Marie-Clarisse est rendue là même si elle est noire. J’aimerais dans ma carrière redéfinir ce qu’est le succès, pour moi-même et pour les gens qui m’entourent.

Marie-Clarisse Berger, étudiante au baccalauréat en droit

Prendre sa place dans l’espace public…

En fait, toutes deux se disent mal représentées tant dans les institutions que dans l’espace public. C’est difficile de se faire entendre, par exemple dans les médias. Les personnes noires sont invitées seulement pour parler de problèmes raciaux, croient-elles.

Rarement on va inviter des gens racisés pour parler de leur domaine d’expertise, par exemple parler d’économie comme Gérard Fillion. Pourquoi quand on ne parle plus de race, de discrimination, c’est comme si on n’existait plus? C’est difficile de se voir scientifique, de se voir avocat, quand à chaque fois qu’on a besoin de quelqu’un pour s’exprimer dans l’espace médiatique, on n’invite pas de personnes racisées.

Marie-Clarisse Berger, étudiante au baccalauréat en droit

… et multiplier les voix

S’il faut mettre des personnes noires de l’avant, c’est aussi pour multiplier les voix qui se font entendre, soutient-elle.

« Lorsqu’une personne noire est reconnue, on s’attend à qu’elle devienne la porte-parole de toutes les personnes noires. Mais les gens racisés ne forment pas un bloc monolithique. On ne pense pas tous de la même façon. Même au sein de notre association, nous sommes sept filles qui ont des divergences d’opinions », explique Marie-Clarisse.

Par exemple, elles ont abordé le sujet du n-word dans des capsules vidéo, pour en débattre et faire entendre toutes les opinions. « Ce qu’on a vu dans les médias, c’est Dany Laferrière qui devient la voix des personnes noires du Québec. Il faut déconstruire ça. Toutes les personnes noires ne peuvent pas être représentées par une seule. »

Et débattre ne signifie pas diviser. « On nous reproche parfois de diviser la communauté noire par nos opinions. Mais on ne divise rien puisque cette communauté n’est pas un bloc homogène. On ne s’attend pas à ce que les personnes blanches pensent toutes la même chose. Pourquoi les personnes noires devraient-elles avoir toutes la même opinion? », soutient Marie-Clarisse.

Ce qui manque pour avancer, c’est de l’empathie, de l’écoute. Ça ferait une énorme différence d’essayer d’avancer l’un vers l’autre. Comprendre que le fait de reconnaitre quelque chose, comme le racisme systémique, ne te rend pas coupable de cette chose. Notre communauté ne veut pas faire le procès de personne. Nous faisons tous partie du problème, comme de la solution.

Marie-Clarisse Berger, étudiante au baccalauréat en droit

Comme un feu qui brûle en-dedans

Pour les deux étudiantes, l’activisme est comme une seconde nature. Elles sont passionnées, et dans le domaine plutôt conservateur qu’est le droit, elles croient que leur plus grand défi sera de gérer leur émotivité.

On doit apprendre à se détacher de certaines situations. C’est ce qui est le plus difficile puisqu’on vit continuellement dans la situation pour laquelle nous sommes des activistes. Mais on va toujours continuer parce que c’est naturel pour nous. Ça nous brûle en-dedans.

Djeinabou Barry, étudiante au baccalauréat en droit

À voir la passion qui les anime, nul doute que leur passage à l’Université de Sherbrooke laissera sa marque. Celle de femmes déterminées à prendre la place qui leur revient.

Ce texte a piqué votre curiosité? Consultez la page Facebook de l’Association des étudiants Noirs en droit de l’UdeS.

La source officielle de cet article : Université de Sherbrooke

Roberta Flores
Roberta Flores
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