Bac : l’inspection générale note sévèrement Blanquer

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Cette fois, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, ne pourra pas dire qu‘«une minorité radicale» conteste sa réforme du lycée. La critique vient là de la Rue de Grenelle elle-même. Dans une note datée de janvier et révélée par le Café pédagogique (un média associatif), l’Inspection générale de l’Education nationale épingle la mise en place de cette réforme du lycée et notamment l’organisation des E3C (les fameuses épreuves communes de contrôle continu).

Le document de synthèse tient sur cinq pages, à la façon d’un exposé. Il commence de façon favorable pour le ministre : «On note une appréciation souvent positive de la logique de la réforme», notamment la disparition des filières S, ES, L, qui sont remplacées par des enseignements de spécialité. Les inspecteurs mettent en avant, entre autres, la possibilité de combinaisons inédites avec «une assez grande variété» et «la satisfaction évidente (élèves-familles) d’avoir choisi». La distribution de bons points s’arrête là. «Cette impression générale s’accommode de vraies variantes entre académies et entre établissements», poursuivent les inspecteurs. Ils ont relevé des différences importantes dans l’offre de formation d’un établissement à l’autre, en fonction «de la stratégie du chef d’établissement», mais aussi, disent-ils, de «variables lourdes», comme l’origine sociale des élèves… qui auraient donc une incidence sur les options proposées. Autre problème constaté : «Les choix de spécialité restent très genrés, parfois jusqu’à la caricature.»

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E3C, «la pression de l’évaluation» constante

Les E3C, qui se sont déroulées pour la première fois ces dernières semaines, et qui par endroits ont été perturbées par des enseignants en colère contre la réforme, sont une forme hybride à mi-chemin entre un devoir sur table classique et une épreuve anticipée du bac. L’idée était d’alléger le bac ancienne formule.

Les inspecteurs résument la situation en ces termes : «Les avis sont très contrastés sur les E3C. Les parents se félicitent de la prise en compte du travail régulier. Ils regrettent néanmoins que les E3C apparaissent comme un élément de complexité excessive. Les élèves, eux aussi, apprécient le principe du contrôle continu qui valorise leur travail au long cours, mais ils expriment aussi l’impression que cela les met constamment sous la pression de l’évaluation. Les chefs d’établissement, eux, ont l’impression de se transformer en « petites DEC » [division examen et concours, ndlr] chargées d’organiser en continu des examens. Au final, il leur apparaît qu’on affirme simplifier le bac alors qu’il se complexifie, générant pour l’institution un surcoût énorme pour un rendement faible.»

Et concluent : «Il semble que se soit instituée une confusion entre la logique de la certification (baccalauréat) et la logique de la formation (notes « balises »), qui devrait être au cœur de la réforme: le poids (effectif ou présumé) des épreuves (E3C) déséquilibre l’ensemble, au détriment de la formation–on n’est pas sorti de la notation-sanction.»

Craintes et questions pour la rentrée prochaine

Les inspecteurs mettent aussi en avant la «crainte» partagée par les proviseurs pour l’organisation de la prochaine rentrée, étroitement liée aux moyens budgétaires qui leur sont alloués. Les rectorats distribuent à chaque établissement une enveloppe d’heures de cours (dans le jargon, on parle de dotation horaire globale, DHG), à partir de laquelle les chefs d’établissement composent… Et choisissent d’ouvrir telle ou telle spécialité.

Cette année, parmi les points tendus : la forte demande des élèves pour les enseignements en maths. Avec la réforme, l’enseignement des maths n’est plus dans le tronc commun, c’est désormais une spécialité que les élèves peuvent choisir ou non. La réforme prévoit tout de même une option «mathématiques complémentaires» pour ceux qui abandonnent la spécialité, mais veulent tout de même continuer les maths. D’après les inspecteurs, la demande pour cette option est importante et Cpose la question des moyens pour ouvrir ces options que nous qualifierons de « premier rang » tant elles apparaissent incontournables.» Dit autrement : si les proviseurs piochent dans la DHG pour ouvrir ces options de maths, quels moyens restera-t-il pour les autres arbitrages? Les inspecteurs s’en inquiètent : «Dans ce contexte de choix contraint, reste la question du sort qui sera fait aux options plus traditionnelles comme les options d’art, de langue vivante 3 ou encore de langues anciennes. Ces options – dont certaines portent l’identité de l’établissement – risquent de ne plus pouvoir être financées.»

Vendredi en début de soirée, l’entourage du ministre, sollicité par Libération, indique que «cette note de travail, qui n’avait pas vocation à être publiée, s’inscrit dans le processus habituel» –  l’Inspection générale suit de près toutes les réformes engagées. Pour le ministère, «il y a énormément d’éléments positifs dans cette note, qui montrent que les familles apprécient par exemple un contrôle régulier des élèves, avec les E3C. Ce sont pour nous des remontées de terrain très utiles, qui permettent de faire des ajustements. Par exemple, le ministre s’est engagé à ce que tous les lycées qui proposent la spécialité mathématiques ouvrent aussi l’option « maths complémentaires » pour les autres.»

 

 


Marie Piquemal

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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