Une baraque à tout casser de Richard Benjamin

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Critique de film 					:
					Une baraque à tout casser de Richard Benjamin

Il n’y a a priori pas grand-chose à dire du film de Richard Benjamin The Money Pit (Une baraque à tout casser), si ce n’est qu’il fut l’un des premiers (avec Splash et The Man With One Red Shoe, remake américain du Grand Blond avec une chaussure noire) à imposer auprès du grand public le nom de Tom Hanks et qu’il s’agit d’une comédie qui, grâce à certains moments relevant du slapstick, remplit son contrat comme il se doit.

Il y a, comme on sait, deux formes de comique. Le comique de répétition. Et le comique de répétition. La première forme – assommante et sinistre – consiste à répéter la même phrase ou à refaire la même chose de la manière la plus stérile qui soit. La seconde – la bonne – consiste à redire ou à refaire la même chose, là encore sans rien changer à quoi que ce soit, mais en donnant comme contrepoint à cette répétition une amplification qui finit par atteindre une dimension apocalyptique. La litanie « le pauvre homme » dans Tartuffe n’est drôle que parce qu’elle fait écho à un portrait de Tartuffe dans lequel l’égoïsme et la voracité de celui-ci franchissent à chaque fois un degré supplémentaire. Le refrain « Tout va très bien, Madame la Marquise » ne devient drôle que parce qu’on découvre peu à peu que « l’incident » signalé au départ avec un souverain détachement était l’arbre qui cachait une forêt de catastrophes (parmi lesquelles le suicide du marquis). Le comique de répétition, le vrai, n’exclut donc pas une progression, bien au contraire.

Cette progression se met en place de façon presque insidieuse dans Une baraque à tout casser. Au départ, il y a simplement cette marche un peu branlante dans l’escalier de la maison. L’exaspération qu’elle suscite chez les nouveaux propriétaires se double d’un certain amusement. Mais l’écroulement total de l’escalier, si brutal soit-il, obéit à une logique implacable, qui n’est autre que celle qu’on trouve dans la définition officielle de tout bon scénario hollywoodien et dans sa double exigence : « imprévisible et inéluctable ».

Le principe de répétition acquiert même une force nouvelle quand l’intrigue semble introduire un retournement complet de la situation. Les malheurs domestiques des héros devraient s’achever quand débarque enfin un entrepreneur escorté de toute une équipe, mais celui-ci se révèle être un digne descendant d’Attila. Pour réparer, il faut casser encore plus, au moins dans un premier temps. Premier temps, oui, mais qui, fâcheusement dans ce genre de contexte, a tendance à s’éterniser, le maçon ne pouvant intervenir que si l’électricien a d’abord refait l’électricité, lequel électricien tourne les talons lorsqu’il constate que le plombier n’a pas encore installé ses tuyaux. Quiconque a fait refaire tout ou partie de son appartement sait à quel point tout ce qui se passe dans Une baraque à tout casser n’est pas une caricature. (L’auteur de ces lignes demeure non loin d’un café en rénovation qui annonçait sa réouverture pour début janvier. Début mars – avant donc que le coronavirus ne vienne aggraver les choses -, c’était encore un chantier dissimulé sous des panneaux de bois…)
Mais alors, en quoi est-elle drôle, notre fiction, si elle est si proche de la réalité ? Marivaux et Giraudoux ont depuis longtemps répondu à cette question en expliquant qu’il n’y a aucune différence de structure entre une tragédie et une comédie, aucune différence entre une pièce sérieuse et une pièce drôle. Un coup d’œil sur le générique d’Une baraque à tout casser suffira à convaincre les sceptiques. Scénario : David Giler. David Giler ? Mais oui, le producteur et coscénariste d’une bonne demi-douzaine d’épisodes de la série Alien. Autrement dit, notre Baraque est aussi, tout simplement, une variation sur le thème de la maison hantée. « Le rire, disait Pagnol, est un chant de triomphe. » Si Une baraque à tout casser n’entre pas dans la catégorie des films d’épouvante, c’est uniquement parce que la Mort n’y a pas sa place, ou, plus exactement, parce que sa vieille ennemie, dame Résurrection, est ici plus forte qu’elle. La maison sera finalement rénovée, et sera restauré aussi l’amour entre le héros et l’héroïne, qui – du fait de la réapparition de l’ex de celle-ci – menaçait ruine tout autant que la maison.

Thème très américain du comeback, du nouveau départ, mais aussi particulièrement cher au réalisateur un peu injustement négligé Richard Benjamin. On ne saurait dire que celui-ci laissera derrière lui une œuvre majeure, sa filmographie ayant le défaut d’être nettement plus brillante dans sa première période que dans sa dernière – son nom est associé au pâlichon Little Nikita ou, même s’il est loin d’être le seul responsable du désastre, à l’imbuvable Haut les flingues ! avec Clint Eastwood et Burt Reynolds -, mais, sans être Capra, il restera dans l’histoire au moins comme l’auteur de deux petits bijoux de la comédie américaine, tous deux très drôles et très émouvants à la fois : My Favorite Year (Où est passée mon idole ?), histoire d’un comédien has been et revenu de tout qu’un jeune fan parvient à remettre en selle, dans tous les sens du terme (le personnage est inspiré d’Errol Flynn et interprété par l’inégalable Peter O’Toole), et My Stepmother Is an Alien (J’ai épousé une extra-terrestre), où l’on voit une E.T. (incarnée par Kim Basinger) renoncer à téléphoner maison pour commencer sur notre planète une nouvelle existence. De quoi nous convaincre que, malgré certains événements récents, les Terriens ne sont pas les plus mal lotis.

Cinéma - Une baraque à tout casser de Richard Benjamin

Source officielle de cet article : dvdclassik.com

Marino Stozza
Marino Stozza
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