Bayou clashe Mélenchon sur le «monde d’après»

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Verdi le combattant

Il veut jouer dans la cour des grands. Julien Bayou ne veut plus se laisser impressionner. Plus question de laisser filer le moindre tâcle. Le secrétaire national d’Europe-Ecologie-Les-Verts (EE-LV) souhaite qu’on le prenne au sérieux. Comme souvent lorsque le dernier arrivé dans la cour de récréation cherche le respect et pour y parvenir défie l’un des plus forts. Julien Bayou a donc décidé d’affronter Jean-Luc Mélenchon. La tête verte ne fait pas semblant. Logique. Depuis le score des européennes et le premier tour des municipales (qui devrait être annulé), son parti ne cache plus ses grandes ambitions. Julien Bayou tape fort à la manière des clashs entre rappeurs.

Le point de départ ? Une note de blog de l’insoumis en chef qui remonte à la semaine passée. Le député des Bouches-du-Rhône y soupçonne l’écologiste d’approuver l’idée d’un gouvernement d’union nationale parce qu’il a proposé un «Grenelle du monde d’après». Soit «une grande négociation associant toutes les forces vives de notre pays». Piqué au vif, le chef des écologistes a décidé de prendre la plume pour répondre. Un courrier publié sur le site du Journal du dimanche. Ça commence tendrement par un «Cher Jean-Luc». La suite est beaucoup moins tendre. La longue lettre se divise en trois parties.

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Julien Bayou débute par une sorte de justification. Hors de question de marcher main dans la main avec le pouvoir en place : «Un gouvernement d’union nationale dont le macronisme serait le centre, aggraverait les problèmes du pays, nous en avons la conviction profonde.» Le secrétaire national de EE-LV met en concurrence sa vision et celle (selon lui) des insoumis. «Soit on pense que tout se réduit à la question des desiderata du locataire de l’Elysée, et dans ce cas, on ne prône qu’une seule chose, le remplacement de l’actuel président de la République par un autre Jupiter en 2022. […] Soit on pense que le changement de modèle dont nous avons besoin ne pourra provenir que d’un effort collectif pour sortir notre système de l’orthodoxie libérale dans laquelle il s’est engoncé au fur et à mesure des années», écrit-il.

«Le tombeau de l’alternative»

La suite est plus féroce. Julien Bayou charge Jean-Luc Mélenchon personnellement. Les mots durs se succèdent : «égotiste», «mauvaise foi», «quolibets», «calomnies»… Il y a aussi des longs passages. On aurait pu en sélectionner un paquet afin de mettre en exergue le ton employé. On se limitera à deux extraits. Le premier : «Notre projet, et c’est, je le pressens, la raison pour laquelle tu nous poursuis de ta mauvaise foi, est plus ambitieux. Tu nous vois, à raison, comme des concurrents sérieux. Nous voulons construire l’écologie politique comme force motrice du changement qu’il nous faut conduire. Nous n’avons vocation à être les supplétifs de quiconque. Ni ceux du macronisme qui aggrave la crise qu’il faudrait endiguer, ni ceux du dégagisme que tu prônes.» Aïe…

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Le second : «Tu fais de la division permanente le moteur de ton renforcement politique. Ce faisant, tu creuses à belle pioche le tombeau de l’alternative que tu dis appeler de tes vœux. Après l’élection présidentielle de 2017, au lieu de chercher à rassembler les forces qui pouvaient s’opposer au nouveau pouvoir, tu as préféré renforcer ton seul mouvement, avec les conséquences que chacun connaît. Plutôt que de gloser sur les tristes intentions dont tu nous affubles, peut-être pourrais-tu faire le bilan politique de la perspective que tu proposes ? Pardon d’user d’une métaphore guerrière dont je ne suis guère familier, mais si personne ne peut mettre en doute la vaillance des troupes militantes de la France insoumise, on peut s’interroger sur la stratégie du général.» Ouille…

«Cultivons le commun»

La fin du courrier est plus cool – c’était compliqué de faire plus fort. Bayou tend quand même la main à Mélenchon. Il désire travailler sur les «points de convergences» avec les insoumis et tous ceux qui s’approchent de cette sphère. Il conclut : «Cultivons le commun davantage que le séparatisme de chapelle. Réfléchissons sans œillères. Discutons sans détours. Rassemblons sans relâche.» Pas sûr que ce passage, contrairement aux autres, fasse date dans leur relation. Du coup on s’interroge, un avenir en commun est-il possible entre les écolos et les insoumis ? Jean-Luc Mélenchon ne devrait pas tarder à répondre.


Rachid Laïreche

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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