BFM TV et le Grand Leader Macron

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La Biélorussie, une menace démocratique et sanitaire pour l’Europe

Le Président vient de parler. Pêle-mêle, il vient d’annoncer la fin du confinement pour le 11mai, la réouverture des écoles, collèges et lycées, des aides d’urgence pour les précaires, et l’octroi d’une visite familiale aux malades en fin de vie. Sur BFM TV, où sont rassemblés les habituels commentateurs politiques, jaillissent les premiers commentaires, à chaud.
Dans le discours présidentiel, Ruth Elkrief a trouvé «une date, et un ton, l’humilité, l’empathie, une allocution très carrée, très attendue, très précise, beaucoup plus précise que ce que nous attendions». Humilité, vraiment ? Oui, «un ton humble, qui se veut très proche de tous les Français, y compris ceux qui traversent les plus grandes difficultés sociales et économiques». «Son meilleur discours depuis le début, renchérit Alain Duhamel, de loin le plus humain, le plus modeste, et en même temps précis.» «Naturel, franc, vrai», insiste Apolline de Malherbe. Et d’une profondeur qui le rapproche des grands classiques français – en tout cas, les meilleurs fournisseurs de dictionnaires de citations : «Il a dit : « Nous sommes vulnérables. » On dirait du Paul Valéry quand il dit : « Nous savons désormais que les civilisations sont mortelles. »»
Dans cette unanimité, subsiste un vrai sujet de débat : Macron a-t-il été lyrique, et si oui, le lyrisme est-il une qualité présidentielle ? «Peut-être un peu moins de lyrisme, risque Bruce Toussaint, et surtoutplus de concret.» Anna Cabana n’est pas tout à fait d’accord. «Il nous parle de jours meilleurs, de jours heureux à venir, d’espoir qui renaît, et avec des perspectives.» Serait-ce donc, horreur du jour, du lyrisme ? Certes, mais «du lyrisme souriant». En la matière, Macron a d’ailleurs de qui tenir. Sa promesse de «jours heureux», c’est «quasiment la même phrase que la reine d’Angleterre», compare Ruth Elkrief. On en est bien revenus, du Macron lyrique. De même que du Macron à l’écoute des sachants, qu’on avait tant aimé pourtant, pas plus tard que le mois dernier. «C’est assez appréciable de voir le président de la République ne plus invoquer en permanence les scientifiques, respire Anna Cabana. On a senti que, nourri par les médecins, il prenait une responsabilité politique.» «Il a calibré le message qu’il voulait porter aux Français, résume Thierry Arnaud. Un message complexe.»
Il faut attendre les jours suivants pour retrouver les habituels esprits chagrins. Et apprendre par exemple dans le Monde que l’humble président a tout décidé seul, en toute humilité, ses ministres ayant été prévenus avec un large quart d’heure d’avance. Quant à la «précision» du discours : si Emmanuel Macron a décidé que le gouvernement présenterait «d’ici quinze jours» le «plan de l’après-11mai», rien n’est vraiment prêt. Edouard Philippe, d’ailleurs, se montre plus vague question calendrier : «Quand il sera prêt, largement avant la date du 11mai», assure-t-il à l’Assemblée, précisant que le déconfinement «doit être travaillé en consultation avec beaucoup d’acteurs pour être véritablement à la hauteur des enjeux».
La fameuse «date précise» de BFM TV ? «Un objectif, pas une certitude», chaloupe Christophe Castaner. «Cette date, je comprends qu’elle ait été donnée pour le citoyen, mais c’est un continuum. Il n’y aura pas un avant et un après. Il faut faire extrêmement attention à ça, sinon le virus peut repartir», prévient le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, mercredi, devant le Sénat, avant d’ajouter : «On ne pourra entrer dans la période post-confinement que lorsqu’il y aura un certain nombre de mesures et de prérequis : utilisation des masques, nombre de tests…» Et ce n’est pas tout. Devant les caméras, tous les sachants se bousculent pour s’opposer à la hasardeuse réouverture des écoles. Vexés, certainement. Comme les syndicats d’enseignants et les parents d’élèves. Devant la fronde, le ministre Blanquer invente lerétropédalage en zigzag. Les établissements rouvriront tous en même temps ? Non. Fournira-t-on des masques aux élèves ou aux enseignants ? «C’est fort possible.» La rentrée sera-t-elle obligatoire ? Pas forcément. Bref, on tâtonne, ce qui est tout à fait naturel. Et sans l’avouer, ce qui est tout aussi naturel dans la septième puissance mondiale. Mais l’habillage télévisuel de ces tâtonnements, à la nord-coréenne, est-il indispensable ?


Daniel Schneidermann

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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