Ces parents qui ne veulent pas renvoyer leurs enfants à l’école dès le 11 mai

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Ces parents qui ne veulent pas renvoyer leurs enfants à l'école dès le 11 mai

Alors que le président de la République a annoncé lundi soir la réouverture des crèches, écoles, collèges et lycées à partir du 11 mai prochain, du côté des familles – confinées depuis un mois – cette décision est loin de faire l’unanimité. Si Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, a précisé ce mardi que le retour à l’école ne serait « pas obligatoire », mais « progressif » et avec « beaucoup d’aménagements », nombre de parents restent inquiets face au risque de contagion au covid-19.

« Ils vont se contaminer direct »

C’est le cas de Delphine*. Cette mère d’un garçon de 10 ans – stressé à l’idée de passer en 6e sans retourner en classe avant la rentrée de septembre – a d’abord été soulagée. « Notre première réaction, ça a été d’être contents. Contents qu’il retourne à l’école, qu’il retrouve la maîtresse et ses copains », raconte à BFMTV.com cette enseignante qui habite en Seine-et-Marne. Mais très rapidement, l’enthousiasme du garçonnet à l’idée de revenir à l’école s’est assombri.

« Il m’a dit: ‘mais moi, j’ai peur d’attraper la maladie’. Il est scolarisé dans une classe unique qui va de la grande section de maternelle au CM2. Ils partagent les mêmes stylos, les mêmes objets. J’ai réfléchi et ce matin, j’étais beaucoup moins emballée à l’idée qu’il retourne en classe. »

D’autant que son fils est asthmatique. « Il a bien intégré l’importance de se laver les mains et de faire attention mais les enfants sont très tactiles, ils jouent ensemble, ils vont se contaminer. » Si Delphine estime que ce serait « bon » pour le moral de son fils et son avenir scolaire qu’il retourne à l’école, elle ne sait pas encore si elle prendra « le risque » le 11 mai. Et envisage d’ici là de demander l’avis de son médecin traitant.

« On ne peut pas leur faire porter un masque! »

Si les plus grands peuvent comprendre et tenter d’appliquer les gestes barrière, c’est plus compliqué pour les plus jeunes. Pauline*, mère de deux enfants de 5 ans et 14 mois, se dit quant à elle perplexe. « Quand on voit que les étudiants ne reprendront qu’en septembre, on comprend que l’on renvoie les enfants à l’école pour que leurs parents puissent travailler, j’attends de voir ce qui va être annoncé », témoigne-t-elle pour BFMTV.com. 

Cette directrice adjointe de crèche qui réside dans l’Essonne aurait préféré que le confinement soit prolongé. Elle assure ne pas être « sereine » à l’idée de remettre ses enfants en collectivités dans quatre semaines.

« Dans la classe de ma fille, ils sont 25 enfants dans 30m2. En crèche, la promiscuité est encore plus flagrante, d’ailleurs les petits s’échangent tous leurs germes, on le sait, c’est comme cela qu’ils font leur immunité. On dit que les enfants sont porteurs sains et asymptomatiques mais ils peuvent transmettre le virus et on ne peut pas leur faire porter un masque! »

Une pétition contre une décision jugée « irresponsable »

C’est pour cela que la mère d’une collégienne, Adina de Souzy, a pris l’initiative de lancer une pétition contre la réouverture des établissements scolaires. Cette habitante de la région Paca dénonce ainsi une absence de logique alors que les lieux publics – cafés, restaurants, théâtres ou cinémas – restent fermés. « C’est complètement fou et irresponsable », accuse-t-elle, craignant que le retour des enfants à l’école ne fasse rebondir l’épidémie. 

Comme Adina de Souzy, de nombreux parents ont d’ores et déjà annoncé sur les réseaux sociaux qu’ils ne renverraient pas leurs enfants à l’école. Le hashtag #SansMoiLe11Mai a même vu le jour.

« On risque d’aller vers une seconde vague »

Rodrigo Arenas, le président de la FCPE, ne voit pas comment les établissements scolaires pourraient accueillir les élèves dans des conditions sanitaires satisfaisantes d’ici un mois. « Cela fait des années que nous alertons sur l’état déplorable des toilettes dans les écoles, collèges et lycées », pointe-t-il pour BFMTV.com. Des lieux « de souffrance », selon lui, dans lesquels les enfants vont le moins possible.

Selon une étude réalisée fin 2019, huit enfants du primaire du dix se retiennent d’aller aux toilettes en raison de l’insalubrité et de la défaillance des installations. Lors de l’arrivée de l’épidémie en France, des syndicats de professionnels et des associations de parents dénonçaient déjà le manque de dispositions prises dans les écoles, notamment l’absence de savon ou de gel hydroalcoolique.

« Rien qu’avec le bâti, c’est quasi impossible d’imposer des règles de distanciation sociale, poursuit Rodrigo Arenas. Avec des classes à plus de 30 élèves collés les uns aux autres, les déplacements dans les couloirs, le contact avec les enseignants ou le personnel de la cantine et puis les grands-parents qui gardent bien souvent les enfants le mercredi, on risque d’aller vers une seconde vague de l’épidémie. »

Ce représentant de parents d’élèves craint par ailleurs que ceux qui refuseraient de scolariser leurs enfants ne soient pénalisés, voire qu’ils ne fassent l’objet d’un « chantage ». « Il ne faudra pas leur faire porter le chapeau et leur faire assumer cette responsabilité alors que les conditions d’hygiène ne sont pas réunies », ajoute-t-il. 

« Tout est encore trop flou »

Pour Gérard Pommier, le président de la Peep (fédération de parents d’élèves), il est « normal » d’être inquiet. S’il évoque différentes pistes pour la reprise de l’école, que ce soit par tranches d’âge, niveaux, territoires ou en faisant revenir en priorité les élèves qui ont le plus décroché, « on n’a pas encore toutes les clés », reconnaît-il pour BFMTV.com.

C’est pour cela que Stéphane*, père d’un petit garçon scolarisé en CE2, hésite encore. Ce Toulousain qui va bientôt reprendre son travail dans une pizzeria estime que la date du 11 mai reste « prématurée », juge-t-il pour BFMTV.com.

« On a fermé les écoles en premier et là on les rouvrirait en premier? Je ferai sans doute garder mon fils par sa grand-mère, je lui en ai déjà parlé. J’ai aussi échangé avec les autres parents de la classe de mon fils, tous ceux qui télétravaillent m’ont dit que leur enfant ne retournerait pas en classe. Je comprends que ce soit important que les enfants reprennent l’école, mais j’ai besoin de garanties et là, tout est encore trop flou. »

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Marino Stozza
Marino Stozza
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