Chou blanc avec le rural noir

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Le malade numérique

Breaking news : Marie-Bernadette Dupuy change de registre avec la nouvelle saga de 4 658 pages et 23 tomes (enfin on se comprend). Lara, la ronde des soupçons nous bascule comme ça d’un coup d’un seul et sans prévenir dans un polar limite poussif, quand on s’était habitué aux délicieuses séries (sa marque de fabrique) rurales pendant la Seconde Guerre mondiale, des histoires de curé qui se défroque allègrement ayant rencontré l’amour (les Amants du presbytère, c’est pas du Zola, mais ça se lit, le beau curé et la ravissante épouse du docteur qui s’ennuie et découvre la passion toooooooorrride), ou les instructives promenades au Québec à plusieurs époques (le Scandale des eaux folles avec la jeune noyée qui fout un bordel monstre dans les relations familiales), etc. Ne cachons pas ne pas avoir TOUT lu des œuvres de MBD, mais un bon nombre, dénichées chaque été à la librairie de l’Intermarché de Siorac (Dordogne), entre un bon Christian Signol et un solide Françoise Bourdon qu’on déguste un peu en douce caché sous une couverture de Modiano : du délice pur.

Alors un polar on a ?

On se pourléchait les babines, ça se passe en 1946, juste après «lasecondeguerremondialeetseshorreurs», dans un bled breton nommé Locmariaquer que certains initiés connaissent, avec une jeune héroïne fougueuse, avec des Erwan, des Fantou, des soldats noirs émoustillants, un joli inspecteur de police, un corps retrouvé sans vie vu que c’est une autre jeune fille, mais salement égorgée et en tunique blanche, et donc pourquoi pas un polar de terroir ? Et à la page 110, la vérité tombe, cruelle : ça m’intéresse pas. C’est affreux de trahir comme ça MBD, mais ça m’intéresse pas, quoi. On s’ennuie, les personnages sont creux, et ce coup-là, les délicieux clichés fréquents dans ses opus où les meurtres sont forcément odieux, la jeunesse passionnéheu, les vieillards intraitables mais au grand cœur ne passent plus du tout.

Qui est MBD ?

On sent un peu de curiosité chez le lecteur averti qui méprise le roman de terroir ou les farandoles d’histoires rurales qui peuplent discrètement les librairies ou maisons de la presse régionales, mais caracolent en fait en tête des ventes pas si loin que ça des Bussimussolevy. Elle est née en 1952, s’est mise à écrire après la mort de sa mère, et force ouvrages, dont les noms sont à eux seuls une chanson campagnarde : l’Orpheline du bois des Loups, le Chant de l’océan, le Refuge aux roses, le Moulin du Loup (un régal en 6 tomes où le moulin tenu par une héroïque smala héberge une famille juive, avec plein d’aventures, d’amour, de trahison). On se souvient aussi de la belle orpheline à New York dont le fils a été enlevé dans les Larmes de l’Hudson. On voyage dans le temps et l’espace, quoi.

Faut-il dire non au polar de terroir ?

Ne soyons pas cruel comme l’assassin de la jeune fille en tunique blanche que c’est peut-être l’amoureux un peu trouble de l’héroïne de la saga (interminable, donc) mais reconnaissons avoir un amour un peu hystérique pour le roman rural, la saga campagnarde et honnête, de préférence pendant la guerre ou au XIXe siècle, si propice aux affaires romantiques comme aux drames du monde ouvrier et de la bourgeoisie. Oui, avouons-le : terroir et polar sont un mix qui n’emmène nulle part.

Source du post: liberation.fr

Marino Stozza
Marino Stozza
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