Cinq questions sur le protoxyde d’azote, ce « gaz hilarant », dont la consommation inquiète les autorités

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Cinq questions sur le protoxyde d'azote, ce "gaz hilarant", dont la consommation inquiète les autorités

Prisé des jeunes entre 20 et 25 ans, ce gaz, que l’on retrouve dans les cartouches pour siphons à chantilly, est utilisé pour son effet euphorisant.Les autorités alertent sur sa dangerosité.

Un effet euphorisant, rapide, accessible, et pas cher. Depuis plusieurs mois, autorités sanitaires et élus alertent sur la consommation du protoxyde d’azote, aussi appelé « gaz hilarant » ou « proto ».On le retrouve communément dans les petites cartouches utilisées dans les siphons de cuisine. Les consommateurs le vident dans un ballon de baudruche et l’inhalent pour ses effets hilarants.

Selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) paru en juin, ce gaz, de plus en plus populaire chez les jeunes entre 20 et 25 ans, présente toutefois des dangers pour la santé.Parmi les effets recensés : des maux de tête, des vertiges, et des problèmes neurologiques persistants dans les cas les plus graves. Plusieurs municipalités, à l’instar de Montpellierou Evreux, ont interdit la vente de ce produit aux mineurs. Après une alerte du ministère de la Santé et de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues),le Sénat a également voté une proposition de loien ce sens. Elle doit encore être votée à l’Assemblée. Franceinfo fait le point.

1Qu’est ce que le protoxyde d’azote ?

Le protoxyde d’azote – N2O- est un gaz couramment utilisé comme gaz propulseur dans les siphons de cuisine, comme ceux pour la chantilly.Il est stocké dans des cartouches grises métalliques qui s’achètent en vente libre sur internet ou en grandes surfaces pour quelques euros. On le trouve également en médecine, où il est utilisé pour ses propriétés antidouleur lors d’anesthésies. Inhalé, il provoque des effets euphorisants, des fous rires et une sensationd’ivresse qui peut s’apparenter à celle de l’alcool. « J’aijuste respiré rapidement et ça n’était pas ‘hilarant’ non plus, je me suis senti léger et j’avais envie de rire pendant une minute à peine. Chacun a son ballon, c’est marrant, c’est festif »,décrit à franceinfo Pierre*, étudiant de 20 ans, qui a testé le gaz pour la première fois il y a un mois.

La durée de ces effets ne dépasse pas quelques secondes.« On a cette image très rassurante d’un gaz qui fait rire, (…) on gonfle un ballon, ça a un côté bon enfant (….)C’est une défonce facile, pas chère, ça dure 30 secondes et les jeunes n’ont pas l’impression qu’à terme il pourrait y avoir des atteintes neurologiques persistantes »,alerteauprès de l’AFP, Cécilia Solal, toxicologue et coordinatrice du rapport de l’Anses.

2Sa consommation est-elle en hausse ?

Selon Cécilia Solal, l’usage détourné du protoxyde d’azote n’est pas nouveau, maisil s’est « énormément développé » ces dernières années, pour aboutir « à une consommation de masse grand public ». « Ça coïncide avec la mise sur le marché de ces petites cartouches pour siphon à chantilly qui reflètent la mode de faire la cuisine comme les chefs. »Selon elle, cet usage est notamment boosté par les réseaux sociaux et lesvidéosde personnes en train de consommer. En mai, le joueur de foot d’Arsenal Alexandre Lacazette a été épinglé par la presse anglaise, accusé de s’être filmé en train d’inhaler du « proto ».

Dans son étude basée sur les données déclaratives des Centres antipoison français, l’Anses comptabilise 66 intoxications au protoxyde d’azote entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019. Les personnes sont enmajorité des hommes et plus de la moitié avait entre 20 et 25 ans. La consommation se fait en soirée, parfois accompagnée d’autres stupéfiants, mais aussi à domicile. « 70% des cas concernent la seule année2019, reprendCécilia Solal auprès de Libération.Il y a bien un effet de mode autour de cette drogue en France. »Toxicologue aucentre antipoison du CHU de Nancy, Christine Tournoud constate aussi une hausse des signalements.

On a une recrudescence d’appels pour des problèmes neurologiques, des signalements de personnes qui disent qu’elles ont trouvé plusieurs cartouches à tel endroit, et des personne nous appellent pour s’informer sur les risques.Christine Tournoud, médecin au centre antipoison du CHU de Nancyà franceinfo

L’Ansesrelève égalementla présence plus fréquente de cartouches vides sur la voie publique (signaléepar les municipalités ou les médias), mais rappelle qu’il n’existe pas de statistiques exactes, puisqu’une partie de la consommation se fait dans des espaces privés. Les régions les plus concernées, selon ces données, sont les Hauts-de-France (surtout le département du Nord) et l’Ile-de-France.En décembre 2019, l’ARS Hauts-de-France signalait11 cas ayant engendré des atteintes neurologiques graves pouvant entraîner des paralysies.

Dès 2017, l’Office français des drogues et des toxicomanies (OFDT) alertait sur l’expansion de la consommation de N2O.Une étude réalisée par le Centre d’addictovigilance de Bordeaux entre 2015 et 2017 auprès de plus de 10 000 étudiants âgés en moyenne de 21 ans montrait que le protoxyde d’azote était la deuxième substance la plus consommée après le cannabis.

3Quels sont les risques ?

Sur les 66 cas relevés par l’Anses, 42 présentaient « au moins un symptôme neurologique ou neuromusculaire » (tremblements, fourmillements, contractions involontaires…).Cinq personnes ont eu « des symptômes de gravité forte », dont des convulsions. L’une « a présenté un arrêt cardio-respiratoire avec découverte d’une pathologie cardiaque lors de son hospitalisation ».

Deuxfemmesde 21 ans déclarentavoir consommé à elles seules« 600 cartouches l’avant-veille et la veille 500 cartouches sur 24h. »Elles s’inquiètent de vertiges, de tacchycardie, d’une gêne respiratoireet de douleurs dorsales. Danscertains cas,les symptômes neurologiques persistent même après l’arrêt de la consommation.

Ce gaz agit sur les organes vascularisés, particulièrement sur le cerveau. En l’inhalant dans un ballon, il va remplacer l’oxygène et avoir un effet d’hypoxie [manque d’oxygène dans le sang] qui peut aller de laperte de connaissance, au trouble cardiaque, voirele coma.Christine Tournoudà franceinfo

Une utilisation régulière ou à forte dose peut entraînerune atteinte de la moelle épinière, une carence en vitamine B12, une anémie, des troubles psychiques, ajoute France 3 Bourgogne Franche-Comté. « Un arrêt cardiaque par manque d’oxygène, c’est pire, car le cerveau est privé d’oxygène très tôt, avant même le cœur. Donc, quand le cœur s’arrête, c’est que les dégâts au niveau du cerveau sont déjà irrécupérables », alerte Didier Honnard, médecin urgentiste au CHU de Dijon auprès de France 3. « Concrètement, des gamins peuvent rester en état végétatif. Ils ne meurent pas. La réanimation permet de faire repartir leur cœur, mais leur cerveau est hors d’usage. »

4Comment réagissent les autorités ?

Devant les caniveaux jonchés de capsules vides, de nombreuses municipalités ont pris des arrêtés pour limiter la consommation de protoxyde d’azote. La vente aux mineurs a été prohibée dans une centaine de villes, de Valenciennes à Cannes. A Mulhouse, son utilisation est désormais proscritedans un rayon de 500 mètres autour des établissements scolaires après un arrêté municipal.

Le maire d’Evreux (Eure) Guy Lefrand a pris des mesures radicales fin mai, avec un décret interdisant aux mineursde posséder du « gaz hilarant » sur la voie publique après avoir constaté une « explosion de la consommation » pendant la période de confinement. Selon lui, « beaucoup se sont rabattus sur le protoxyde d’azotequand les dealers ont épuisé leur stock de cannabis. Ensuite, les plus jeunes se sont également mis à en consommer. »L’édile indique également que des capsules abandonnées ont occasionné des accidents à des deux roues à plusieurs reprises, signe de la prolifération du protoxyde à Evreux.

Avant le décret, les forces de l’ordre assistaient à la consommation de gaz hilarant sur la voie publique sans aucun moyen d’agir. Aujourd’hui, il ne se passe pas une journée sans qu’ils interviennent auprès d’adolescents et de jeunes adultes.Guy Lefrand, maire d’Evreuxà franceinfo

Une proposition de loi interdisantla vente aux mineurs a été adoptée à l’unanimité par le Sénat en décembre dernier, et doit maintenant être votée par l’Assemblée nationale. La vice-présidente du Sénat Valérie Létard (Union centriste) a appelé les parlementaires à se mobiliser pour mettre « rapidement à l’ordre du jour » l’examen de cette loi : « Je demande des ‘niches parlementaires’ [journées réservées dont disposent les groupes pour examiner des lois qui ne sont pas à l’agenda gouvernemental] pour se saisir du texte au plus vite », détaille-t-elle à franceinfo.

5Une interdiction est-elle possible ?

En tant que produit domestique, le protoxyde d’azote n’est aujourd’hui pas considéré comme un stupéfiant et se vend sans réglementation particulière dans les grandes surfaces. Outre la limitation de son accès aux mineurs, l’enjeu de la proposition de loi est donc de combler le vide juridique autour des usages potentiellement dangereux du produit : « On peut aujourd’hui acheter du protoxyde d’azote dans des boîtes de nuit, ou dans des « bars à proto » comme il en existe dans certaines soirées étudiantes. De plus en plus de jeunes majeurs en consomment« , observe Valérie Létard.

« La proposition de loi rendrait délictuelle l’utilisation détournée du protoxyde d’azote, ainsi que l’incitation à la consommation. »Les ventes en ligne d’un « gaz hilarant » dont le nom masque la toxicité seraient alors proscrites, notamment quand ils sont proposés avec un ballon de baudruche.Mais la substance serait toujours en vente libre s’il n’y a pas d’ambiguïté sur sa visée domestique. « Vu l’ampleur que prend le phénomène, il faudrait réfléchir à une interdiction totale. C’est une question de santé publique », tranche la présidente du Sénat.

* Le prénom a été modifié

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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