Comme quoi il y a des trous

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Coronavirus : une fermeture généralisée des écoles est-elle envisagée en France ?

Il paraît que les Italiens cherchent toujours le patient zéro, responsable de l’expansion du coronavirus dans leur pays. Il paraît qu’au Japon des internautes ont inventé un autocollant jaune fait pour être collé sur les caisses à instruments, autocollant qui certifie : Carlos Ghosn n’est pas dans cette caisse. Il paraît que le caisson à instruments, dans lequel il s’était caché, était percé de trous pour lui permettre de respirer. Il paraît que dans le Petit Prince, que j’ai récemment tenté, sans succès, de relire avec mes enfants, l’aviateur dessine des trous dans la caisse pour permettre au mouton de respirer. Il paraît que le coronavirus prend l’avion. Il paraît que le coronavirus prend le bateau. Il paraît que le vrai gruyère, qu’on fabrique en Suisse, et qui n’a rien à voir avec l’emmental communément dénommé gruyère en France, n’a pas de trous.

Il paraît qu’une application pour smartphone permet d’envoyer des vidéos qui s’autodétruisent au bout de quelques secondes. Il paraît qu’une application pour smartphone permet de capturer les vidéos destinées à s’autodétruire et de les conserver intactes, visionnables ad libitum. Il paraît qu’au Japon, chaque année, des centaines d’hommes s’évaporent. Il paraît qu’il existe des trous noirs. Des trous d’air. Des trous de souris. Il paraît qu’il est plus difficile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer au paradis. Il paraît que Carlos Ghosn est entré assez facilement au Liban. Il paraît que des fakirs s’enferment dans des caissons à clous. Il paraît que des magiciens scient des femmes en deux. Il paraît que Carlos Ghosn dans son caisson de contrebasse commençait à tourner en rond alors il s’est mis à faire des vidéos. Il paraît que Carlos Ghosn, pour tuer le temps, a demandé à Benjamin Griveaux le nom de la chouette appli. Il paraît que le poète Christophe Tarkos, dans un texte de son recueil Caisses, fait ce constat qui, malgré les années, n’a rien perdu de sa force : comme quoi il y a des trous.

Il paraît que c’est la faute des Syriens. Il paraît que c’est de la faute d’Angela Merkel qui accueilli trop de réfugiés en Allemagne. Il paraît que Rachida Dati jure de rendre à Paris propreté et tranquillité. Il paraît qu’un jour, grâce à Rachida Dati, il n’y aura plus de trous. Il paraît que le patient zéro se cache toujours en Italie. Il paraît qu’on passe les caissons au peigne fin. Il paraît qu’il y a des fuites. Il paraît que la couche d’ozone ne se répare pas franchement. Il paraît que les icebergs se dégonflent. Il paraît que Carlos Ghosn ne se laissera pas abattre par l’injustice et la persécution politique. Il paraît que les habitants et les habitantes de Levallois ne seraient pas contre une réélection de Patrick Balkany, maintenant qu’il a réussi à se soustraire à l’odieuse incarcération dont l’avaient frappé les salauds qui voulaient sa peau. Il paraît que le corps des pieuvres, comme celui des myxines, animaux aquatiques anguilliformes et nécrophages, est si souple qu’il leur permet de passer par des fentes moitié moins larges que le diamètre de leur corps. Il paraît que l’inconscient se faufile dans nos rêves. Il paraît que chacun de nous inhale un demi-litre d’air par inspiration, 12 000 litres d’air par jour, 350 millions de litres d’air en moyenne au cours d’une vie. Il paraît que le coronavirus 2019 n-CoV est une boule rouge hérissée de clous à tête plate. Il paraît que nos corps sont faits à 60 % d’eau. Il paraît qu’un artiste est resté huit jours enfermé à sa demande dans un rocher qu’il avait scié en deux. Il paraît que l’Américain Larry Hall a eu l’idée de transformer un ancien silo à missiles du désert du Kansas en abri antiatomique de luxe, standing 5 étoiles, profondeur 63 mètres, appartements de 170 m2 acquérables pour 1,5 million de dollars, murs-écrans conçus pour qu’y soit projetée, par webcam, la vue extérieure de votre choix. Il paraît que les blaireaux creusent leur chambre à plus de trois mètres de profondeur. Il paraît que la mémoire aussi a des trous. Il paraît que Graeme Allwright qui chantait Petites Boîtes s’en est allé il y a deux semaines déjà. Il paraît qu’on cherche toujours Arthur Cravan. Il paraît que tout disparaîtra, toutes les images, toutes les petites boîtes, tous les petits trous dans les petites boîtes. Il paraît que tous les hommes naissent libres et égaux en droits, c’est seulement après que ça se gâte.

Cette chronique est assurée en alternance par Jakuta Alikavazovic, Thomas Clerc, Tania de Montaigne, Sylvain Prudhomme.


Sylvain Prudhomme écrivain, chroniqueur à «Libération»

Source du post: Liberation.fr

Pascal Guy
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