Comment 668 marins du Charles-de-Gaulle ont-ils pu être contaminés?

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Comment 668 marins du Charles-de-Gaulle ont-ils pu être contaminés?

Un événement sans précédent. 668 marins du porte-avions Charles-de-Gaulle, pièce maîtresse de la défense française, ont été testés positifs au coronavirus. 20 ont dû être hospitalisés, dont un en service de réanimation. Un bilan qui reste toutefois provisoire alors que 30% des tests réalisés sur les 1767 marins du navire n’ont pas encore livrés leurs résultats. Dans l’attente de ces derniers, de nombreuses questions apparaissent, à commencer par celle de l’origine de la contamination.

Le porte-avions Charles-de-Gaulle, d’où décollent notamment les Rafales engagés dans la lutte contre Daesh, a quitté fin janvier le port de Toulon direction la Méditerranée pour une mission au Moyen-Orient. Fin février, il fait escale à Chypre, qui annoncera quelques jours après le départ du bâtiment ses premiers cas. Mais c’est une autre escale qui interroge: entre le 13 et le 16 mars, le porte-avion a stationné à Brest. La hiérarchie était semble-t-il inquiète de la situation sanitaire en France: les familles n’ont pas été autorisées à monter à bord du navire, comme c’est le cas en temps normal. Une poignée de marins ont pu poser pied à terre, un jour avant le début du confinement.

« La première hypothèse c’est que les marins aient été contaminés lors de l’escale de Brest, analyse Ulysse Gosset, éditorialiste politique internationale de BFMTV. Ils sont effectivement descendus à terre, ils ont vu leur famille, ils se sont promenés en ville. » Des témoignages recueillis par Europe 1 évoquent d’ailleurs un repas partagé dans un restaurant par les militaires avec leurs familles et d’autres marins étrangers.

Une escale à Brest qui interroge

Après le 16 mars, le Charles-de-Gaulle a pris la route en direction de la mer Baltique avant de faire une escale fin mars au Danemark. « Ce que l’on sait, c’est que quelques jours après le départ de Brest, il y a eu des cas suspects, poursuit Ulysse Gosset. Quelques jours plus tard, le nombre de cas a doublé. » Le 10 avril, 50 marins du porte-avions ont été contrôlés positifs. Deux jours plus tard, et la décision prise de stopper la mission, tous les militaires ont été débarqués à Toulon et placés en quarantaine.

« C’est une population importante, dans un endroit confiné, la contamination par le virus se fait de manière explosive », décrypte Imad Kansau, infectiologue à l’hôpital Henri-Béclère de Clamart.

Escale à Brest, marins à terre, ravitaillement, la menace du coronavirus n’a-t-elle pas été suffisamment prise au sérieux par la hiérarchie militaire? « Lorsque le commandant de bord a vu les cas doubler de jour en jour, il a confiné environ 80 marins à l’avant du bateau pour éviter la propagation du virus, visiblement c’était déjà trop tard », estime Ulysse Gosset. Un autre témoignage crée un doute: un membre de l’équipage du Charles-de-Gaulle a confié à France Bleu Provence que des cas de coronavirus étaient déjà suspectés sur le porte-avions lors de l’escale à Brest. Le commandant aurait proposé d’interrompre la mission. Demande qui aurait été refusée par le ministère.

« L’armée a joué avec notre santé, notre vie », dénonce le militaire sous couvert d’anonymat.

Selon le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, la décision d’interrompre ou non la mission du Charles-de-Gaulle a été prise par le chef d’état-major de la Marine, par celui des Armée et par la ministre des Armées, Florence Parly. « Il y a eu une claire sous-estimation de l’effet Covid-19 par les états-majors qui ne réalisent pas qu’au-delà du risque sanitaire les gens arrivent au travail dans un état dégradé car ils mènent de front boulot, garde des enfants, gestion d’un quotidien anxiogène », indique au Monde un officier sous couvert d’anonymat.

Deux enquêtes en cours

Du côté des autorités, la priorité est désormais de « faire la lumière » et d' »établir les faits ». Pour y parvenir, « avec le plus de sérénité possible », a réclamé ce jeudi Christine Ribb, porte-parole de la préfecture maritime de Méditerranée, deux enquêtes ont été lancées. Une enquête épidémiologique, menée par les services de santé de l’Armée devra déterminer l’origine de la contamination de déjà plus du tiers des marins du Charles-de-Gaulle. Une autre enquête de commandement a été ordonnée, elle, par le chef d’état-major de la Marine.

« C’est une enquête qui permet d’établir les faits, de rétablir la chronologie, l’enchaînement des causes, afin de retour d’expérience », a fait savoir sur BFMTV Eric Lavault, porte-parole de la Marine nationale. C’est une enquête classique, un processus naturel. »

Pour mener à bien cette enquête, des témoignages vont être recueillis et une équipe pluridisciplinaire, composée de médecins des services de santé de l’Armée et des anciens commandants de bâtiments, notamment, va être constituée. « Ce sont des enquêtes extrêmement précises, fouillées, rappelle le général Trinquand. L’enquête de commandement est extrêmement importante, le Charles-de-Gaulle est un élément stratégique de la défense française, il faut absolument arriver à trouver ce qu’il s’est passé et en tirer des conclusions. » Ces enquêtes devraient prendre plusieurs semaines. 

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Marino Stozza
Marino Stozza
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