comment la tension est montée lors du contrôle de police qui a mené à la mort de Cédric Chouviat

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comment la tension est montée lors du contrôle de police qui a mené à la mort de Cédric Chouviat

 

Les enquêteurs ont analysé douze minutes de vidéo qui permettent de retracer les échanges entre Cédric Chouviat et les policiers.

« J’étouffe. J’étouffe. J’étouffe… »Cédric Chouviat a répété sept fois cette phrase avant d’agoniser, à la suite d’un contrôle policier effectué le vendredi 3 janvier 2020 à Paris. Comment se sont déroulés ce contrôle et l’interpellation qui ont conduità la mort de ce livreur et père de famille de 42 ans ? Récit de ces minutes décisives, en s’appuyantsur les informations du Monde,de Mediapartet defranceinfoà partir durapport d’expertise des enquêteurs.

Pour reconstituer la scène, l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale a analysé treize vidéos de cette arrestation. Neuf ont été filmées par le livreur lui-même, trois enregistrées par une fonctionnaire qui faisait partie du groupe des quatre policiers présents au moment des faits et la dernière par un automobiliste. Soit au total 12 minutes d’échange, dont voici le résumé.

Les images du contrôle de Cédric Chouviat sont tournées à partir de 9h54,le vendredi 3 janvier, noteMediapart. La police arrête le livreur à proximité de la tour Eiffel pour des raisons qui restent « floues« , d’aprèsLe Monde. Selon l’un des avocats des policiers mis en cause,Thibault de Montbrial, les agents contrôlent le quadragénaire parce qu’il tient son téléphone à la main en conduisant et que sa plaque d’immatriculation est sale.

Dans un premier temps,« l’échange est relativement correct, même si nous pouvons ressentir une forme de provocation ou de défiance dans les paroles de la personne contrôlée », estimentles experts, en analysant la bande son.Puis le ton monte:« Allez les provinciaux, mettez toutes les amendes que vous voulez, vous kiffez de faire ça », lance Cédric Chouviat aux policiers. « Vous êtes devrais clowns »,ajoute-t-il, tout en filmantles quatre policiers avec son portable. « Merci monsieur », lui répond un des agents, audible sur ces images de France 2.

A cet instant, l’échange n’est pas agressif et le contrôle semble toucher à sa fin, relève France 2. « C’est bon », dit une voix féminine, celle de la policière du groupe. « C’est bon?Merci messieurs, bonne journée », répond Cédric Chouviat, avant qu’un policier ne lui ordonne: « Vous essuyez votre plaque. »Riposte dulivreur: « Oh là là, je me souviendrai de vous, parce que franchement de vous quatre, c’est vous le plus marrant. »Et, tout en continuant à filmer, il demande au même policier d’ajouter un « s’il vous plaît ».Le policier réplique: « Ouais et alors vous croyez que je vais me mettre à quatre pattes, je vais vous sucer la bite aussi. »

Ce qui relance la conversation.« Sans votre uniforme, dans la rue, vous n’êtes rien du tout »,lance Cédric Chouviat. »Vous croyez vraiment que j’ai peur de vous, mais un mec comme… qui me casse la tête, je lui arrache la tête dans la rue », poursuit le livreur,cité parLe Monde.Aux policiers qui demandent au quadragénaire s’il s’agit de menaces, celui-ci répond:« Mais nan, y a aucune menace. Si vous avez pas votre truc, vous faites rien du tout, rien, mais regardez votre tête. »

La tension continue à monter. « Je filme tout« , déclare Cédric Chouviat aux policiers, en brandissant ostensiblement son portable. « Ne me crachez pas dessus », rétorque l’un des agents. S’ensuit une série d’escarmouches: le conducteur du deux-roues demande aux policiers de ne pas s’approcher, l’un d’eux rétorque que c’est lui qui s’approche.« Les gars, on y va »,lance la policière, qui tente en vain de mettre fin au contrôle. Elle sera la seule à remonter dans le véhicule.Ses collègues affirment alors avoir entendu une injure.« Vous avez dit quoi? »lance l’un d’eux, qui croit avoir entendu « fils de pute ». Mais sur la bande sonore,« aucune insulte de cette sorte n’est identifiable », rapporte Le Monde.En revanche, le livreur arépété huit fois « pauvre type » à l’un des agents.

A la dixième minute, les policiers s’approchent à nouveau du livreur. « Ne me touchez pas ! Je vais porter plainte ! »s’exclame Cédric Chouviat, qui demande à ce moment là qu’on ne le « pousse pas ».En entendant« je vais porter plainte », un des fonctionnaires sort son téléphone. « Demande lui si ‘bande de clowns, c’est un outrage !' », lui glisse un de ses collègues, sans que l’on sache à qui est destiné ce coup de téléphone. Onze minutes après le début de l’enregistrement, Cédric Chouviat traite un policier de « guignol ». On entend alors le bruit des menottes: les policiers interpellent l’homme et le plaquent au sol. « A10h09, après une clé d’étranglement en ‘lui maintenant la tête’, précision apportée par l’un des agents lors de son audition, trois policiers le plaquent sur le ventre« , écrit Mediapart.

La suite est dans le rapport de gendarmerie que s’est procuré France 2. Après avoir écouté l’enregistrement du téléphone de Cédric Chouviat, « nous entendons de la part de la personne interpellée: ‘arrête’, ‘je m’arrête’, puis ‘j’étouffe’ à sept reprises », écrivent les enquêteurs dans ce rapport. Cédric Chouviat fera ensuite un malaise cardiaque. L’autopsie révèlera que son larynx a été fracturé. Le père de famille décèdera dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 janvier, à l’hôpital européen Georges-Pompidou.

L’un desavocats des policiers, Thibault de Montbrial,affirme que ses clients n’ont pas entendu la phrase« j’étouffe » prononcée à sept reprises. En cause, le bruit ambiant, la circulation et le fait que le son ait été enregistré par le micro placé dans le casque de Cédric Chouviat, donc au plus près du locuteur.Pourtant, selon l’expertise, « la quasi-totalité » de l’échange entre l’homme interpellé et les agents est« compréhensible » dans les vidéos tournée par la policière.

Une information judiciaire est ouverte pour « homicide involontaire ». Selon les premiers résultats d’autopsie communiqués en janvier par le parquet de Paris, Cédric Chouviat est mort des suites d’une asphyxie « avec fracture du larynx ».Les quatre policiers sont convoqués début juillet par le magistrat instructeur, qui pourrait alors décider d’éventuelles mises en examen.La famille Chouviat réclame la suspension des policiers et des poursuites pénales.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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