comment s’articule la communication de l’exécutif sur la crise ?

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comment s'articule la communication de l'exécutif sur la crise ?

Le Premier ministre Edouard Philippe doit esquisser, dimanche 19 avril, les premières pistes du déconfinement à partir du lundi 11 mai.

L’intendance suivra-t-elle ? A Edouard Philippe de dévoiler, dimanche 19 avril, la façon dont la France sortira, à partir du lundi 11 mai, du confinement décrété pour juguler l’épidémie de coronavirus. Le Premier ministre doit esquisser cette sortie de crise dans une conférence de presse télévisée, six jours après l’allocution d’Edouard Macron au JT de 20 heures.La communication de l’exécutif est-elle efficace ? Franceinfo a interrogé deux spécialistes de la communication politique,Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion de l’institut de sondage Harris interactive et le conseiller en communication Philippe Moreau-Chevrolet

Emmanuel Macron : des allocutions à 20 heures pour »indiquer les grandes lignes«

La forme choisie : Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, privilégie les allocutions à 20 heures à la télévision à des heures de grande écoute. Lors de sa quatrième allocution, le lundi 13 avril, il a annoncé la date très attendue de sortie du confinement : le 11 mai.

Pour quelle efficacité ?Aux yeux des spécialistes, cette communication « surplombante », qui tranche avec les conférences de presse du Premier ministre Edouard Philippe sous forme de questions-réponses, est conforme à la logique des institutions. « On revient aux classiques de la Ve République, avec un président qui décide et un exécutif qui exécute. C’est la relation traditionnelle dans un moment de crise où les institutions reprennent leur rôle. Emmanuel Macron indique les grandes lignes« , analyse Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion de l’institut de sondage Harris interactive.

Quant au choix classique de s’adresser aux Français à 20 heures à la télévision à une heure de grande écoute, il est plébiscité par l’audience.« A l’heure d’internet,on a beaucoup dit que les Français ne regardent pas la télé. On constate que ce n’est pas vrai : ils regardent beaucoup la télévision », observe-t-il. La preuve par les chiffres : le discours du 12 mars a battu unrecord absolu avec 36,7 millions de téléspectateurs sur les onze chaînes pour suivre l’allocution présidentielle.

Sur le ton adopté, Philippe Moreau-Chevrolet relève que le chef de l’Etat a jugé bon, lundi dernier, de rompre, avec les déclarations martiales d’il y a un mois.« Emmanuel Macron estredescendu sur terre. Il n’a plus parlé de guerre [comme il l’avait le16 mars, lorsqu’il avait déclaré « nous sommes en guerre »]. Ce n’était plus Clemenceau. Il s’est placé au même niveau que ses ministres ou que le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, dans la gestion de la crise sanitaire. » Davantage d’humilité, donc, sur la forme, qui aurait été plutôt payante.« SixFrançais sur dix ont affirmé qu’ils étaient convaincus après son allocution’ (selon un sondage Opinion-Way Les Echos), rappelle Jean-Daniel Lévy.

Avec quels risques ?Mais cette approbation initiale durera-t-elle sur le long terme?« Les Français perçoivent unedifférence entre les ambitions fixées et la réalité ». Et ils voient que les tests, ça pose problème, les masques, ça pose problème, et l’école ça pose problème », poursuit le sondeur. La forme n’éclipsera pas les problèmes de fond.

Edouard Philippe : des conférences de presse « pour amener des réponses »

La forme :Le message présidentiel est complété par les conférences de presse du Premier ministre à visée pédagogique. Dimanche 19 avril, Edouard Philippe renouvellera l’exercice avec le ministre de la Santé Olivier Véran.La formule, testée il y a trois semaines, avait été jugée convaincante par Matignon, notamment en ce qu’elle permettait de prendre le temps de l’explication.

Pour quelle efficacité ? Il y a une volonté d’en savoir plus, une attention soutenue par rapport à la prise de parole d’Edouard Philippe », affirme Jean-Daniel Lévy qui note les fortes audiences de la dernière interview d’Edouard Philippe à TF1, « avec 10 millions de spectateurs. Les gens l’écoutent. Et même quand ils ne le regardent pas, ils ont un intérêt marqué. Le message, c’est le ministre mouille sa chemise. Du coup, on ne se dit pas : ‘On nous cache des choses' ».

Une image pédagogue qui pourrait, à terme, poser problème à Emmanuel Macron, estime Philippe Moreau-Chevrolet.« En répondant aux questions, c’est Edouard Philippe qui risque de prendre aux yeux des Français l’image de celui qui est transparent, qui est clair, qui est horizontal, au niveau des gens et pas de l’autorité lointaine. Il incarne celui qui parle du quotidien. »

Avec quels risques ? D’abord celle d’une transparence qui a ses limites. Ainsi à la « conférence de presse » annoncée de ce 19 avril, une seule journaliste (de TF1) centralisera les questions à l’attention d’Edouard Philippe. « Rien n’oblige à avoir un seul journaliste !assène Philippe Moreau-Chevrolet. Soit c’est un problème de maîtrise technique, et il serait souhaitable que le gouvernementse modernise puisque [l’animateur] Cyril Hanouna, par exemple, y arrive très bien ! Soit c’est une volonté politique et c’est injustifiable en démocratie, et en plus, pas dans la logique d’Edouard Philippe et de son gouvernement qui ont mis l’accent sur la transparence.«

Autre problème,« les Françaisdoutent de la capacité du gouvernement à bien faire les choses », remarque Jean-Daniel Lévy. D’autant plus que l’annonce du déconfinement à partir du 11 mai par Emmanuel Macron lundi 13 avril avait tourné à la cacophonie le lendemain. Visiblement pris de court, plusieurs ministres semblaient incapables de savoir quelles mesures ils devaient prendre.

« Certains ont commencé à raconter n’importe quoi, tacle Philippe Moreau-Chevrolet. « Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, recadrant le président en disant que la date du 11 mai n’était pas une date fixée, mais juste un objectif, c’était très bizarre. Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, semblait dans l’improvisation sur les masques. Cela a fait apparaître un vrai problème de coordination ».

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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