L’impossible confinement des favelas à Rio de Janeiro

Share on email
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin

Au Brésil, 11 millions d’habitants vivent dans des favelas. Alors que le président Jair Bolsonaro minimise la crise depuis le début de la pandémie, et incite même les travailleurs à reprendre leur activité, l’épidémie commence à toucher ces quartiers pauvres qui manquent d’infrastructures sanitaires. Des endroits où la promiscuité rend quasiment impossible de suivre les recommandations d’hygiène et de confinement et où la solidarité permet de survivre.

La favela de Chapéu Mangueira est située sur les hauteurs de la mythique plage de Copacabana. Un petit terrain multisport a été reconverti en centre de solidarité pour les habitants du quartier. Dans les gradins, une vingtaine de bénévoles, avec masques et gants, sont penchés sur leurs marmites.

Brésil: dans les favelas, l’arrivée du coronavirus inquiète

« Ici, on a du riz avec des haricots rouge maison, des spaghettis à la sauce tomate, des petits légumes sautés… Quand il n’y en aura plus, on les remplacera par de la salade avec des tomates, explique Carlos Oliveira. On a aussi des petits kits d’hygiène, des serviettes hygiéniques pour les femmes, du savon… »

Ce chef cuisinier et ancien toxicomane est aux commandes ce samedi. Avec d’autres bénévoles, il prépare 500 repas pour venir en aide aux habitants de la favela et aux sans-abris qui errent désormais sur l’avenida Atlantica, le front de mer déserté ces dernières semaines.

Ana Cristina Lima fait partie de la petite équipe bénévole. « Il y a beaucoup de personnes dans le besoin. Donc on est là pour soutenir le projet… parce que la faim n’attend pas », raconte cette employée domestique qui ne travaille plus pour ses patrons depuis une semaine. Ils continuent toutefois de lui verser son salaire, une chance que n’ont pas la plupart des travailleurs informels de la favela. « Il y en a encore beaucoup qui travaillent, parce que leur patron ne les a pas libérés… Dans la favela, la vérité c’est qu’on fait comme on peut », dit-elle.

La faim n’attend pas

Depuis que l’épidémie est arrivée au Brésil, les habitants des favelas ont d’abord été impactés économiquement. Les vendeurs ambulants, qui travaillent sur la plage ou dans les rues, se retrouvent du jour au lendemain sans argent pour manger.

Jefferson Peles fait partie de l’organisation et reçoit les dons de particuliers et de commerces : « C’est le moment de mettre en balance. Si tout le monde reste à la maison et que personne ne sort pour régler les problèmes, beaucoup de personnes auront faim et n’auront vraiment plus rien à manger. Donc je pense que les risques qu’on prend ici – avec quelques précautions comme des masques et du gel – valent la peine pour pouvoir aider d’autres personnes. »

Une fois les repas prêts, ils sont embarqués dans deux voitures. Coffres ouverts, l’équipe scrute les personnes qui en auraient besoin, dans les rues vides de Copacabana. Près d’un parc, une dizaine de personnes accoure quand elles comprennent qu’elles pourront manger gratuitement. L’équipe essaie de les discipliner, en une file avec une distance d’un mètre entre chaque personne. Et avant la distribution des repas, on asperge leurs mains de gel hydroalcoolique et on leur remet un « kit d’hygiène ». Tous sont reconnaissants.

« Vous faîtes ce que le gouvernement ne fait pas ! », note David. Car pour l’instant malgré les promesses, les travailleurs informels et les familles les plus pauvres n’ont pas encore reçu d’aide financière. Et les recommandations d’hygiène sont difficiles à appliquer dans les favelas où les habitants n’ont parfois pas d’accès à l’eau.

Les positions du président Bolsonaro vivement critiquées

Depuis le début de la crise, Vânia Ribeiro, présidente de l’association des habitants de la favela de Tabajaras, court dans tous les sens. « On a de sérieux problèmes à cause du manque d’eau. On est dans une lutte assidue. Aujourd’hui on a passé la journée avec trois camions-citerne pour fournir des zones de la favela qui n’avaient pas d’eau. »

Alors quand cette femme d’une cinquantaine d’année écoute les discours du président brésilien Jair Bolsonaro, qui minimise le coronavirus en le qualifiant de « petite grippe », elle s’énerve : « Tout le travail de sensibilisation que sont en train de faire les chefs communautaires, pour que les enfants restent à la maison, pour expliquer que les personnes âgées ne doivent pas sortir, que c’est une maladie contagieuse, qui tue… Un discours irresponsable du président de la République détruit en partie notre travail. »

Dans la favela de Tabajaras, elle voit encore des églises évangéliques qui accueillent des fidèles… Les cultes religieux ont été considérés comme des services essentiels par Jair Bolsonaro. « J’ai la sensation que dans ces moments difficiles, au lieu de donner l’exemple et d’expliquer aux personnes qu’elles ne peuvent pas se rassembler, les pasteurs aiguisent la foi des personnes en plein désespoir et profitent d’elles. »

Face à cette situation et à l’inaction des pouvoirs publics, dans certaines favelas, ce sont les trafiquants qui prennent le relai et imposent une quarantaine aux habitants. Yone Dutra habite le complexo do Alemão, un ensemble de 13 favelas, dans la zone Nord de Rio. Elle explique : « En haut de la favela, où ce sont les trafiquants qui dominent, ils ont ordonné à tous les habitants de rester chez eux. Ils ont instauré un couvre-feu, en menaçant de punition s’il n’était pas respecté. Et tout le monde craint les punitions des trafiquants. »

Dans ces quartiers où les habitants les plus pauvres s’entassent souvent dans des deux pièces à six personnes, la notification des cas de coronavirus est très compliquée et sous évaluée. Mais l’épidémie risque de faire des ravages dans ce pays où 31 millions d’habitants n’ont pas accès à l’eau courante.

Source : RFI

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
Inscrivez-vous à notre newsletter

Sign In QUÉBEC 89

Account details will be confirmed via email.

Reset Your Password