Confinement prolongé, reprise de l’école, vacances annulées: les inquiétudes des enfants

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Confinement prolongé, reprise de l'école, vacances annulées: les inquiétudes des enfants

Alors que les petits Français sont cloîtrés chez eux depuis près d’un mois, qu’ils ne vont plus à l’école, que le confinement est appelé à durer et que les vacances sont – si ce n’est annulé – incertaines, difficile pour les parents de répondre à leurs inquiétudes et interrogations.

« Il se demande ce qu’il lui arrivera si on tombe malade »

C’est le cas de Sophie*, chargée de projet dans un cabinet d’avocats d’Ille-et-Vilaine, avec ses trois enfants. « Je ne veux pas leur mentir ou leur dire ne vous inquiétez pas, on partira bien à Disneyland début juillet comme prévu pour ensuite leur dire que finalement eh bien non, on n’y va pas. Pareil pour les vacances, pour une fois qu’on avait réservé tôt… », regrette-t-elle pour BFMTV.com.

Elle évite ainsi de trop en dire. Si ses deux adolescents de 15 et 12 ans vivent la situation plutôt bien, c’est moins évident pour le petit dernier de 9 ans. « Il me dit ‘d’habitude, à cette heure-là, je suis en train de courir, de jouer à chat’, je sens que c’est plus compliqué pour lui. » Le garçonnet semble même assez préoccupé.

« Dès que son père part en courses, il est très stressé. Il s’inquiète pour nous. Il nous dit qu’il a peur qu’on attrape le corona et se demande ce qu’il lui arrivera si on tombe malade. J’essaie de le rassurer mais il mange moins bien et par moment il a l’air triste. »

Du coup, chez Sophie, la télé est éteinte et elle ne laisse plus traîner son portable, « il voyait les notifications que je recevais ». « En fin de journée, je lui demande comment il se sent, j’essaie de le faire parler, mais ce n’est pas si facile de communiquer sur le sujet et de savoir ce qu’ils ont dans la tête », remarque la mère de famille.

Ne pas ajouter de l’angoisse à l’angoisse

Pour Jean-Luc Aubert, psychologue pour enfants, le plus important pour les parents est de tenter d’expliquer la situation le plus simplement possible. « Sans dramatiser, sans scénariser ni théâtraliser, assure-t-il à BFMTV.com. Le sujet est déjà assez préoccupant, le risque serait d’ajouter de l’angoisse à l’angoisse et de créer un sur-traumatisme. » C’est pour cela qu’il invite à opter pour une parole la plus sereine possible.

« Pour les plus jeunes et jusqu’à l’adolescence, la parole qui compte est celle du ou des parents, bien plus que ce qu’ils peuvent entendre à la télévision ou voir sur les réseaux sociaux. Il faut tenter d’être le plus objectif et le plus neutre pour ne pas ajouter nos propres inquiétudes aux leurs. Ce qui va préoccuper l’enfant, c’est de sentir son parent angoissé. »

« Ils ne sont pas loin de baisser les bras »

Chez Nicolas*, un chauffeur de bus scolaire de la Somme, les deux enfants de 5 et 8 ans commencent à trouver le temps long. « Ils nous demandent ce qu’on va faire pendant les vacances, je leur dis que je n’en sais rien. » Le plus dur pour son cadet: ne plus aller rendre visite à ses grands-parents. « J’ai fait livrer chez mes beaux-parents un smartphone pour qu’ils puissent échanger par appel vidéo, le petit réclame tous les jours de les voir », raconte-t-il à BFMTV.com.

« Ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent rester à la maison et ils n’ont pas du tout apprécié que le confinement soit prolongé. La grande a eu peur de ne pas pouvoir passer en CM1, on a demandé à la maîtresse de l’appeler pour la rassurer. Je les sens inquiets. »

Même démotivation chez Jane Kochanski: ses jumeaux en 5e et sa fille en CM2 se demandent s’ils reprendront un jour l’école. « Ils ne sont pas loin de baisser les bras », pointe cette traductrice parisienne à BFMTV.com. Mêmes les échanges avec leurs copains ne leur apportent plus le réconfort espéré.

« Ils n’ont pas d’objectif, pas de but précis et ils trouvent que leurs copains ont changé. C’est vrai qu’il n’y a pas le même courant qui passe entre eux, c’est moins naturel. Ce n’est pas pareil pour eux d’échanger par téléphone, même en vidéo, et de discuter face à face. »

Cloches de Pâques et « coravirus »

Le psychologue Jean-Luc Aubert remarque que le rapport au temps du plus jeune est différent de celui de l’adulte. « L’enfant fonctionne dans l’ici et maintenant. Ce qui le préoccupe, c’est son organisation au jour le jour. Savoir ce qu’il fera aujourd’hui ou demain. » 

C’est le cas de la petite fille de 4 ans de Florian*, cadre industriel dans l’Aisne, qui se demande « pourquoi c’est maman qui fait l’école », raconte-t-il à BFMTV.com. « Elle nous a demandé comment la maladie s’attrapait et maintenant c’est elle qui nous reprend sur les gestes barrière », poursuit-il. Une maladie qu’elle a baptisée « coravirus », sa mère travaillant dans un supermarché Cora. « Elle a dû associer les deux, s’amuse son père. Mais je vois bien que tout ça, c’est assez brumeux pour elle. »

Mais si l’enfant ne se pose pas de question ou très peu, inutile pour les parents de prendre les devants. « Il ne faut pas faire de terrorisme verbal, met en garde Jean-Luc Aubert. Car en voulant donner trop d’explications, on risque de créer des angoisses là où il n’y en a pas. »

Les enfants de Mégane*, 4 et 7 ans, sont quant à eux « très contents de la situation ». « Leur seule inquiétude, c’est de savoir si les cloches de Pâques passeront quand même dimanche », témoigne pour BFMTV.com cette assistante maternelle du Rhône. Le petit garçon et la fillette « se laissent porter par le quotidien », qui a repris son train-train presque habituel après quelques jours de flottement, notamment avec la reprise des cours de musique et de danse par visioconférence.

« On n’a plus notre petite vie »

Quant aux questions auxquelles les parents n’ont pas de réponse – à quand la fin du confinement? Retournera-t-on à l’école? Pourra-t-on partir à la mer cet été? – le psychologue Jean-Luc Aubert, qui distille également ses conseils sur sa chaîne Youtube, suggère là encore de répondre avec honnêteté et simplicité.

« On peut tout à fait dire que pour l’instant, on ne sait pas encore mais que les choses pourraient se décider dans les prochains jours. Que si l’on est encore confiné plusieurs semaines, cela se terminera forcément un jour et que l’on pourra retourner à l’école, voir ses grand-parents et jouer avec les copains. »

Ce que fait Christelle*, une enseignante du Nord. Les deux fillettes de 5 et 9 ans regrettent leur quotidien d’avant le confinement. « On n’a plus notre petite vie », disent-elles à leur mère. « C’est surtout les interactions sociales qui leur manquent, confie-t-elle à BFMTV.com. Pour l’instant, elles sont axées sur un retour à l’école le 4 mai. Mais je commence tout doucement à les préparer à l’idée que ça pourrait être compromis. »

« Ras-le-bol » du « méchant virus »

Magalie*, une Nantaise en charge des transports scolaires au sein de son département, craint que ses quatre enfants âgés de 7 à 18 ans ne gardent des séquelles de cette période inédite. « Ce sera une génération marquée », s’inquiète-t-elle pour BFMTV.com. 

« Mon fils de 14 ans se pose beaucoup de questions sur les décisions prises par le gouvernement, notamment d’avoir maintenu le premier tour des élections municipales. Notre voisine a été hospitalisée en réanimation et sa mère est morte du covid-19. Il me dit: ‘comment la septième puissance mondiale en est arrivée là?’ Ils me disent aussi: ‘On ne pourra plus se prendre dans les bras’. Pour eux, il va y avoir des dommages collatéraux à long terme. »

Si certains enfants s’inquiètent de cette situation inédite, d’autres ne veulent au contraire plus en entendre parler. Comme les trois collégiens d’Aurélie*, qui en ont « ras-le-bol » d’entendre parler du coronavirus, déclare cette habitante de Vannes, dans le Morbihan, à BFMTV.com.

« Ils n’en peuvent plus et refusent les informations. Rien que les trois minutes que j’écoute le matin et le journal du soir, c’est déjà trop pour eux. Ils me disent qu’ils en ont assez entendu. »

La réaction de sa cadette, 4 ans, est un peu différente. Si elle tente systématiquement de suivre sa mère à chaque fois qu’elle va faire les courses, elle a tout de même bien compris que ce n’était pas possible à cause du « méchant virus ».

« Bizarre » et « flippant », pour Jules

Jules*, 10 ans, a lui aussi hâte de reprendre sa vie normale. « Pourquoi on ne sait pas quand? » s’interroge-t-il pour BFMTV.com. Le garçon qui réside dans un petit village de Seine-et-Marne se pose beaucoup de questions. 

« Comment ça se fait que ça prenne de telles proportions alors que ça vient d’un animal qui a été mangé? Les vacances d’été seront raccourcies? Est-ce que j’ai le droit de faire du vélo entre 10h et 19h? »

S’il juge la situation « bizarre » et « flippante », il se dit surtout inquiet pour la reprise de l’école, lui qui doit l’année prochaine entrer au collège. « J’espère que je ne vais pas arriver directement en 6e sans retourner en classe avant. » En attendant d’avoir des réponses plus claires, il a prévu de continuer à faire des tours de vélo autour de son pâté de maisons, « même si j’ai un peu peur de me faire choper par les flics ».

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Marino Stozza
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