Confinement : une facture économique plus lourde que jamais

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Le corona bat Arnaud Montebourg à son propre jeu

Bercy n’en finit plus de refaire ses calculs. Quatre jours après avoir annoncé la révision de toutes leurs prévisions macroéconomiques, voilà que l’annonce d’une prolongation du confinement d’au moins un mois, lundi soir, par Emmanuel Macron, oblige Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à annoncer de nouvelles mauvaises nouvelles. La croissance ? Le recul PIB français ne sera pas de -6% mais de -8% en 2020. Du jamais vu en temps de paix. Le déficit public ? Il crèvera un plancher : -9% du PIB (au lieu de -7,6% annoncé il y a pourtant quatre jours seulement par les deux ministres dans une interview aux Echos). La dette publique ? Autre record : elle va dépasser cette année les 115% du PIB.

«Chaque jour, chaque semaine de confinement […] fait effectivement aggraver les finances publiques», a ainsi souligné le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, mardi matin pour justifier ces changements. Et pour cause : les premiers plans budgétaires de Bercy étaient jusqu’ici calibrés pour un confinement de deux semaines. Lorsque les deux argentiers se sont ensuite exprimés, c’étaient pour un arrêt de l’économie d’un mois et demi. Mercredi, en Conseil des ministres, c’est donc un projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour (au moins) deux mois d’arrêt qui doit être adopté puis présenté dès vendredi à l’Assemblée nationale.

Un plan d’aide à «près de 110 milliards d’euros»

Forcément, le gouvernement prévoit de dépenser encore davantage pour maintenir l’économie française à flot : «L’effort global que nous avions envisagé au départ était de 45 milliards d’euros. On a plus que doublé, a rappelé le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire mardi matin. On sera demain à plus de 100 milliards d’euros que les pouvoirs publics et l’Etat français mettent à disposition de l’économie pour sauver notre économie»«Près de 110 milliards d’euros» même, a précisé dans l’après-midi à l’Assemblée nationale la secrétaire d’Etat chargée de l’Economie, Agnès Pannier-Runacher.

Ainsi, pour financer les indemnités de chômage partiel dont bénéficient déjà 8 millions de personnes, l’Etat a rallongé son enveloppe à 24 milliards d’euros. Le «fonds de solidarité» destiné à aider petites entreprises, artisans, commerçants et indépendants atteint désormais 7 milliards d’euros au lieu du simple milliard initialement budgété. Le Maire a ainsi annoncé qu’au-delà des 1 500 euros offerts aux sociétés qui ont déjà connu une baisse de plus de 50% de leur chiffre d’affaires, un «deuxième étage» doit être créé pour celles désormais menacées de faillite, soit une aide supplémentaire de 2 000 à 5 000 euros.

Par ailleurs, les assureurs sont appelés à doubler leur participation à ce fonds : ils verseront, selon Bercy, 400 millions d’euros, au lieu de 200 millions. Autre dépense non prévue : l’aide exceptionnelle aux foyers les plus démunis annoncée par Emmanuel Macron lundi soir et qui devrait coûter 1 milliard d’euros. Si, au départ, une bonne partie du plan de sauvetage proposé par le gouvernement était constituée de «report de charges» (impôts, versement de cotisations sociales remis à plus tard et non annulés), le duo de Bercy se montre désormais très ouvert à l’effacement des dettes sociales et fiscales dues à cette crise : «A partir du moment où vous ne retrouvez pas de chiffre d’affaires, le report pourra se transformer en annulation», a expliqué Le Maire.

Quant au financement de la Sécurité sociale, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a confirmé mardi une augmentation de 7 milliards d’euros pour financer à la fois les hôpitaux et les arrêts maladies pour garde d’enfants. Dépenser sans compter pour circonscrire l’incendie économique mais aussi anticiper un énorme trou du côté des recettes pour l’Etat : selon Bercy, la «perte» due à cet arrêt brutal des entreprises françaises «serait de l’ordre de 43 milliards» d’euros. Un gouffre.

«Chiffres indicatifs»

Et encore, Darmanin a prévenu que ce deuxième PLFR ne devrait pas être le dernier : «On n’est pas arrivé à la fin de cette crise, a-t-il rappelé. Les chiffres que je vous donne et que donne le ministre de l’Economie sont indicatifs […], nous ne connaissons pas exactement la fin du confinement, même si on a un objectif donné par le président de la République, [et] on ne connaît pas exactement la façon dont on va déconfiner.» Manière de rappeler que la reprise ne sera que progressive et appellera de nouvelles mesures d’accompagnement de l’économie. Ces dernières seront arrêtées d’ici cet été, avant le projet de loi de finances pour 2021 déjà annoncé par les responsables de la majorité comme celui de la «relance».

Comment financer tout cela ? Pour l’instant, le gouvernement se satisfait d’emprunts bon marché et exclut d’en passer par de futures hausses d’impôts. Demander aux Français de faire davantage d’«efforts» en revenant sur la durée du temps de travail, des jours fériés ou des congés payés comme l’a réclamé le Medef et suggéré Agnès Pannier-Runacher ? «Une drôle d’idée», a répondu son supérieur, Bruno Le Maire, mardi matin, semblant écarter l’idée. Quatre jours plus tôt, le même affirmait pourtant qu’«à la sortie de cette crise il faudra faire des efforts», insistant sur un «redressement long» qui «passera par le désendettement du pays». Mais il s’était bien gardé de dire comment.


Lilian Alemagna

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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