Conservation du patrimoine bâti: une valeur à la fois collective et personnelle pour Olivier Toupin

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À une époque où le gaspillage est montré du doigt pour l’aberration qu’il représente, il est ironique de constater que trop de bâtiments et de sites sont laissés à l’abandon ou même détruits, tandis qu’ils pourraient être mieux préservés et revalorisés dans une perspective de développement durable.

Cette ironie est l’une des raisons qui ont incité le maçon Olivier Toupin à effectuer des études de maîtrise en conservation du patrimoine bâti à l’Université de Montréal.

Ce professionnel au parcours unique est d’ailleurs très sollicité par des organismes gouvernementaux, des municipalités et des clients résidentiels fortunés qui souhaitent pérenniser l’utilisation de leurs bâtiments patrimoniaux dans le respect du savoir-faire d’autrefois.

Quand un diplôme d’études professionnelles mène à une maîtrise

Lester Toupin, son père, était éducateur spécialisé lorsqu’en 1983 il réoriente sa carrière pour devenir artisan maçon et fumiste ‒ une spécialité de la maçonnerie traditionnelle qui touche à la construction et à la restauration des foyers et des cheminées.

Dès l’âge de 15 ans, Olivier Toupin accompagne son père sur les chantiers et accomplit des tâches de briqueteur tout en fréquentant l’école secondaire. Puis il s’inscrit en technologie de l’architecture au Cégep du Vieux-Montréal, où il est diplômé en 2009. Il décide alors de poursuivre des études professionnelles en briquetage-maçonnerie, à Saint-Hyacinthe, et obtient le diplôme du métier qu’il exerce. Il est âgé de 21 ans.

Si, au départ, il ne planifiait pas se rendre à l’université, Olivier Toupin s’inscrit au baccalauréat en histoire de l’art avec l’intention ferme de faire une maîtrise en conservation du patrimoine bâti, offerte par la Faculté de l’aménagement de l’UdeM.

Dans l’intervalle, son père et lui fondent Métiers d’art du bâtiment ARTÈS en 2012, une entreprise spécialisée dans la restauration de bâtiments anciens qui a pour mission d’œuvrer à la préservation du patrimoine bâti et à la transmission des métiers traditionnels du bâtiment.

«Le travail sur le terrain avec mon père m’a donné envie d’en apprendre davantage sur le patrimoine bâti et sur la manière d’en prendre soin, témoigne-t-il. Le choix de m’inscrire à la maîtrise m’est venu naturellement.»

Une maîtrise qui prépare à travailler dès la fin des études

Pour la responsable du programme d’études, Claudine Déom, la force première de la maîtrise en conservation du patrimoine bâti est qu’elle prépare les diplômés à travailler dès la fin de leur formation.

«Ce programme intègre parfaitement la théorie et la pratique, et nos diplômés terminent leurs études avec une feuille de route bien remplie grâce aux nombreuses simulations qu’ils ont à effectuer tout au long de leur parcours», explique la professeure de l’École d’architecture de l’UdeM.

Le programme touche à toutes les facettes du patrimoine: l’architecture mais aussi le quartier, la ville et l’urbain – sans oublier ses dimensions paysagères et immatérielles.

De même, les étudiants et étudiantes à la maîtrise sont appelés à travailler en équipe avec des collègues d’autres disciplines, ce qui leur permet d’avoir une vision plus large de leurs éventuels champs d’action.

«Avant mes études de maîtrise, j’étais un maçon très cultivé, mais aujourd’hui, je me considère comme un professionnel chevronné, lance Olivier Toupin avec fierté. J’ai une meilleure compréhension du domaine du patrimoine qui accentue la profondeur de mes interventions: je fais les choses avec plus d’assurance et je suis au sommet de mon art.»

L’aspect pluridisciplinaire de la maîtrise l’a d’ailleurs séduit. «Nous apprenons les uns des autres avec nos différentes expertises, mentionne-t-il. Au début, je n’étais pas certain d’avoir envie de connaître la réalité des autres, mais au final, cela m’a permis d’acquérir une vision holistique du patrimoine.»

Pour Claudine Déom, le travail d’équipe «permet justement aux étudiants d’explorer les carrières qu’ils pourraient entamer après leurs études, en plus d’aiguiser leurs capacités d’écoute et d’empathie ‒ un ingrédient indispensable en conservation du patrimoine!»

Olivier Toupin opine du bonnet.

«Dans ma pratique, on doit d’abord comprendre les besoins des clients pour investiguer sur l’histoire du bâtiment à restaurer et ensuite proposer les travaux qui peuvent être entrepris et la façon dont ils doivent être réalisés, dit Olivier Toupin. Le client demeure le patron, et mon travail consiste à le guider afin que la restauration respecte au maximum les règles de l’art patrimonial.»

Le patrimoine bâti, ça concerne tout le monde!

On parle rarement de patrimoine bâti dans l’actualité, sauf lorsqu’un édifice est menacé d’être détruit pour faire place à un projet de promotion immobilière…

«Pourtant, il y a plusieurs bons coups qui se font dans l’ombre, notamment dans le secteur privé», insiste Claudine Déom en citant le Crew Collective & Café, établi rue Saint-Jacques au rez-de-chaussée de l’ancien édifice de la Banque Royale du Canada. En ce lieu au décor faste, pigistes et autres travailleurs indépendants peuvent réserver des aires de travail et organiser des rencontres.

Ce type de revalorisation démontre que les atouts des lieux anciens peuvent être des éléments de relance. Plus encore, il peut ‒ et doit! ‒ faire partie des stratégies pour un développement durable. C’est d’ailleurs pourquoi la Faculté de l’aménagement de l’UdeM est récemment devenue la première unité d’enseignement au pays à rejoindre les rangs du Réseau Patrimoine climatique, qui vise à montrer l’apport du patrimoine dans l’atteinte des objectifs de développement durable, notamment l’atténuation des changements climatiques.

«L’industrie de la construction est parmi les plus polluantes et, sur le plan écologique, nous disposons de nombreux bâtiments qui devraient être réutilisés plutôt que détruits pour faire place à de nouveaux immeubles», déclare Claudine Déom.

De fait, le patrimoine bâti n’est pas seulement une question de restauration: il a une histoire et il influence la vie de ceux et celles qui habitent ces constructions.

«Le patrimoine, c’est ce qui a de la valeur, et les gens veulent de plus en plus prendre part aux décisions qui le concernent parce qu’ils ont un attachement au patrimoine, conclut la professeure. Travailler en conservation du patrimoine n’est pas que l’affaire des architectes!»

Source : UDM

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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