Coronavirus : « 3 000 agences immobilières risquent de fermer »

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Président de la Fnaim, 1er syndicat immobilier en France (7 000 agences employant 39 000 salariés et 12 000 agents commerciaux), Jean-Marc Torrollion détaille les écueils qui fragilisent certains acteurs de l’immobilier fortement impactés par la crise sanitaire.

Le Point : L’épidémie de Covid-19 n’a pas épargné votre profession. Comment affrontez-vous cette épreuve ?
Jean-Marc Torrollion : Le 18 mars, les études notariales ont brusquement fermé leurs portes au public. Du jour au lendemain, particuliers et professionnels se sont retrouvés sans nouvelles des actes authentiques de vente qui devaient être signés. Depuis, les choses vont un peu mieux, car près de la moitié de ces études continuent de travailler, mais de façon entièrement dématérialisée. Elles œuvrent notamment par le biais de signatures authentifiées par visioconférence, ce qui permet de finaliser les actes notariés totalement sécurisés. Le récent décret du 3 avril a réglé l’obstacle à ce type de procédures pour les cas de prises d’hypothèque et des ventes en l’état futur d’achèvement (VEFA) réalisées par les promoteurs immobiliers de logements neufs.

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Y a-t-il d’autres freins à la finalisation des transactions en cours ?

Sur le terrain, toutes les études de notaires ne sont pas équipées pour valider les actes authentiques. Aussi, j’appelle celles qui sont équipées des outils high-tech ad hoc de bien vouloir les mutualiser avec leurs homologues travaillant encore à l’ancienne, en prenant exceptionnellement leur relais. Cela n’est toutefois possible que lorsque les dossiers sont complets, s’il n’y manque aucune pièce obligatoire. Les services de publicité foncière qui délivrent les états hypothécaires ont rouvert le 1er avril. Mais beaucoup d’autres antennes d’urbanismes restent fermées ou travaillent en sous-effectif et au ralenti. Cela empêche notamment de pouvoir purger le droit de préemption des communes. On demande au secteur privé de poursuivre, bon gré mal gré, son activité, tandis que les missions de services publics ne sont pas tenues, bloquant de facto tout le processus de la chaîne immobilière.

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Vous dénoncez aussi les effets pervers de l’ordonnance du 25 mars pour votre profession. Pour quelles raisons ?

Cette ordonnance reporte au 25 mai, soit la fin de la période d’urgence sanitaire, l’entrée en vigueur des délais légaux de prescription ainsi que les conditions suspensives de rétractation des acquéreurs. Dans certains cas, les ventes ne pourront aboutir avant fin juillet ou fin août ! Résultat, cette mesure va déporter la dure crise immobilière que nous subissons bien au-delà de la période de confinement. Motivée sans doute par la prudence, cette ordonnance a été certainement rédigée trop vite, et surtout sans tenir compte dans son schéma général des différents enjeux sectoriels de nos différents métiers. Avec la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FPI), la Fnaim milite pour que soit révisé le report des autorisations à des délais très importants, bloquant, là encore, le système, bien au-delà de la période de confinement.

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Vous venez de lancer une alerte à travers une lettre ouverte adressée au gouvernement. Quel message voulez-vous faire passer ?

Rien que pour les 7 000 agences adhérentes à notre syndicat, quelque 400 millions d’honoraires de transactions conclues au cours du premier trimestre restent en souffrance. Cela, faute d’un dernier document émanant de l’État, des collectivités territoriales et des études notariales. Je suis inquiet à double titre. En effet, vous savez que, dans notre métier, nous ne récoltons les fruits de notre travail que trois mois plus tard. Or une récente enquête que la Fnaim a commandée auprès de ses adhérents montre que les deux tiers de nos agences n’ont pas plus de deux mois de trésorerie. Et qu’un tiers ont juste un mois de réserve financière devant elles. Si on ne modifie pas les récents textes législatifs, on va à la catastrophe. Avec, à très court terme, pas moins de 3 000 agences risquant de fermer boutique, entraînant par là même le licenciement de 20 000 salariés de l’immobilier. Devant la perspective d’un tel naufrage, j’ai bon espoir que nous soyons entendus par le ministre du Logement, Julien Denormandie.

Source : Lepoint.fr

Pascal Guy
Pascal Guy
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