Coronavirus à Bordeaux: Dans les quartiers populaires

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«L'effacement de l’histoire ouvrière reproduit un mépris de classe»
  • Plus d’un mois après le début du confinement, la mairie de Bordeaux doit dévoiler dans quelques jours son «plan de pré et post-confinement adapté aux populations des zones prioritaires».
    • Le plan prévoit de resserrer les liens distendus par le confinement, de créer une application pour explorer tout le possible du champ numérique, de repenser la sécurité, de développer des activités de qualité dans le respect des règles sanitaires ou d’explorer le «mieux manger».
    • Si, sur le terrain, les acteurs sociaux affirment avoir été contactés par la mairie, tous démontrent que les habitants des Aubiers, de Bacalan ou du Grand Parc se sont organisés pour «garder le lien» dès le début du confinement.

«Globalement, ça tient.»… C’est avec ces mots qu’Alexandra Siarri résume le confinement dans les quartiers populaires de Bordeaux. Jointe par téléphone pour faire le point après un mois de «restez chez vous», la seconde adjointe chargée de la ville de demain, de la cohésion sociale et territoriale a fait l’éloge des cités bordelaises et glissé que la mairie de Bordeaux allait dévoiler dans quelques jours son «
plan de pré et post-confinement adapté aux populations des zones prioritaires». Le projet «en plusieurs temps et en plusieurs axes» sera coordonné par la mairie et mis en place sur le terrain par les acteurs du tissu associatif et social. Un travail au long cour scensé «lancer des aides pas seulement conjoncturelles mais bien structurelles pour prendre un vrai nouveau départ».

«L’association Urban vibration school (UVS) qui distribue de l’aide alimentaire au bailleur social Aquitanis, c’est bien, mais ce n’est que l’écume, lâche Alexandra Siarri. Certains diront toujours que tout ça « c’est politique », mais on sent une nouvelle énergie.Sans renier notre responsabilité d’avoir un jour créé ces quartiers qui souffrent à chaque crise, nous, nous parlons d’une profonde lame de fond.» Une vague qui a pour objectif de soutenir les plus de 47.000 personnes en situation précaire, voir en urgence alimentaire, qui vivent aux Aubiers, au Grand parc, à Saint-Michel, à Carle-Vernet, à la Benauge et à Bacalan.

Au programme? Resserrer les liens distendus par le confinement ou créer une application pour explorer tout le possible du champ numérique (« qui ne doit pas servir qu’à s’inscrire à Pole emploi comme le croient des collectivités»), repenser la sécurité (« ne pas laisser l’espace public aux jeunes qui se croient tout-puissants parce qu’ils sont les seuls dehors») ou encore, développer des activités de qualité autres que le foot dans le respect des règles sanitaires («dans les quartiers populaires ont fait rarement un petit jogging»). Mais, surtout, explorer le «mieux manger» et l’aide alimentaire pour tous, longtemps.

«Les quartiers se sont organisés, ils n’ont pas attendu la mairie»

«Mais avant de se lancer, il a fallu parler « gestes barrières »dans toutes les langues, tenir informer les habitants sans Internet, dire que le CCAS ou la MDSI continuaient d’œuvrer, énonce Alexandra Siarri. Nous avons aussi vérifié si les attestations n’étaient pas vendues au lieu d’être distribuées gratuitement. La tâche était vertigineuse et la remplira bien pris deux semaines aux combattants de terrain qui sont restés dehors coûte que coûte.» D’autant que, confinement oblige, la mairie avait perdu ses relais sur le terrain. Certains sont restés à la maison, d’autres devaient garder les enfants quand, faute d’activités sociales, les centres ont fermé leurs portes. Seuls 12 médiateurs, des gardiens et des éducateurs spécialisés pouvaient s’activer pour faire rimer gestion humaine de proximité, confinement et gestes barrières.

«La crise a été soudaine, elle est hors normes. Elle a mis tout le monde K.O. Le confinement nous a empêchés d’être présents rapidement, abonde Eddy Durteste. Mais dès la deuxième semaine, les quartiers se sont organisés, ils n’ont pas attendu la mairie.» Le président d’UVS et médiateur aux Aubiers depuis plus de douze ans avoue ne jamais avoir entendu parler de ce plan post-confinement. Il blague (« j’suis épaté. Grâce à eux, on ne fonce pas droit dans l’iceberg»), égratigne «ceux qui veulent se rattraper et être dans la lumière» avant de reconnaître, chose rare selon lui, «avoir la chance d’avoir une mairie impliquée». «Ils ont lancés des groupes WhatsApp par zone, ajoute Eddy. Ça a permis de faire remonter les infos, de voir ce qui se faisait et sûrement de coordonner les bonnes ondes. Mais bon, tout était déjà bien en place.»

En appelant à la rescousse «son pote» Philippe Barre, fondateur de l’espace Darwin, le médiateur de 42 ans a, dit-il, réussi à distribuer plus de 6,5 tonnes d’aide alimentaire aux Aubiers, certes, mais aussi aux défavorisés de Talence, de Pessacou du Grand Parc. Puis, via Snapchat et SMS, l’entraide s’est déconfinée. «On laisse personne sur le carreau. Tout habitant dans le besoin est signalé», assure le quadra, alors que la BNP vient de lui faire donde gants, de masques et de 8.000 euros. «L’accompagnement alimentaire n’est pas une fin en soi, martèle de son côté Alexandra Siarri. On ne doit pas rester que dans le caritatif. C’est chouette, si on aide rapidement les gens mais que vont-ils faire quand le soutien alimentaire ne viendra plus?On doit faire comprendre qu’il faut bosser sur le long terme sans freiner la solidarité. Et c’est pour cela que le plan existe.»

«Le mieux manger, le faire famille et la solidarité»

Avec le centre d’animation de Bordeaux Lac,
le Vrac à Bacalan, le
Miam (maison interculturelle de l’alimentation et des mangeurs) de Bordeaux Nord ou les épiceries de quartiers, la mairie mise donc sur «le mieux manger, le faire famille et la solidarité». Selon Alexandra Siarri, Bordeaux Métropole, la Ville et
Bordeaux Mécènes Solidaires ont rassemblé 300.000 euros pour organiser cette aide alimentaire tournée vers l’après confinement. «On était dans une logique de redonner du sens aux liens et si ce projet avait du sens avant ce confinement, il en a d’autant plus aujourd’hui, explique Jean-Philippe Laffargue, directeur du Miam. Ce plan coordonne les efforts et, surtout, le processus de décision est moins sclérosé par notre machine administrative. Désormais, on peut avoir une réponse en moins de cinq jours.»

Dans le quartier des Aubiers, à Bordeaux, l’aide alimentaire s’est rapidement organisée après le début du confinement. – Eddy Durteste

Le Miam vient ainsi de recevoir une aide de 13.000 euros de la Fondation Vinci. Four et machine sous vide sont sur la liste de courses afin de repenser l’aide alimentaire du centre social qui chaque semaine soutient près de 70 familles, soit 188 personnes en situation très précaire. «On avait lancé des projets et ça s’accélère avec la crise. On tente aussi de revoir notre modèle économique pour tenir sur la durée. Plutôt que de tabler sur la lutte contre le gaspillage alimentaire, on va miser sur l’accès aux produits sains et de qualité», explique encore Jean-Philippe Laffargue. Et le directeur du Miam de glisser que les bénévoles de l’asso appellent chaque semaine les familles, font de l’aide aux devoirs, «gardent le lien avec des familles en situation dégradées qui ne sortent parfois que pour venir chercher à manger».

«Des familles quiendurent le confinement, s’organisent et s’entraident»

Même chose à Bacalan, où le lien se fait via l’assiette. Sollicité par la mairie, Hervé Arnaiz, président de l’association Saveurs quotidiennes, a «chamboulé» le fonctionnement de son épicerie participative le temps du confinement. Logé face à la résidence populaire du Port de la Lune, le commerce de proximité ne joue plus la carte de l’adhérence. Ouvert à tous désormais, il autorise chacun à acheter ses produits frais à prix souvent réduits. Et dans le cadre du plan municipal, les bénévoles fournissent également des paniers repas de qualité. «On fait avec ce qu’on a et on a des fraises, des asperges, des bons produits en vrac qu’on vend aujourd’hui à des habitants qui n’avaient pas le réflexe de venir jusqu’ici, savoure Hervé Arnaiz. On garde du lien, on livre même à domicile. Les cultures s’entrechoquent malgré les gestes barrières et le confinement.»

Le centre d’animation de Bordeaux-Lac a lui aussi revu son champ d’action. Ses salariés aident aujourd’hui à la distribution alimentaire, appellent les familles, font un état des lieux de la continuité scolaire ou réfléchissent même à faire des «rondes» dans les quartiers pour effectuer une «veille sociale». Contactés dans le cadre par la mairie, le directeur et son équipe échafaudaient ce mardi après-midi des scénario pour proposer des activités «post-confinement» dès la reprise de l’école. «Garder le lien, c’est le plus important. Les habitants de ces quartiers ne se plaignent pas d’entrée et c’est en maintenant le lien étroit qu’on finit par comprendre que c’est très compliqué, conclut Fabrice Escorne. Les quartiers populaires ne doivent pas se résumer à quelques jeunes qui traînent en bas des immeubles. Les Aubiers, c’est aussi des familles qui respectent et endurent le confinement, s’organisent et s’entraident.»

La source officielle de cet article : 20minutes.fr

Roberta Flores
Roberta Flores
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