Coronavirus : Carnet de bord

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Coronavirus : Carnet de bord

Cette semaine, Emeline Gros est devenue la star de l’Ehpad où elle travaille en tant qu’infirmière, à Vizille (Isère). “Une de mes collègues m’a appris que j’étais dans Closer. Je n’étais pas au courant, je ne sais même pas comment le magazine a eu cette photo (un cliché d’elle en tenue d’infirmière pour évoquer son engagement face au covid-19, ndlr). On a beaucoup rigolé avec les collègues”, sourit la joueuse du XV de France.

L’ambiance bon enfant au sein de la structure fait du bien au moral des soignants, en première ligne face au virus depuis plus de deux mois maintenant. Même si l’ombre du virus plane toujours.“Si l’ambiance et la dynamique de l’équipe sont bonnes, il y a aussi des jours qui sont plus compliqués que d’autres. Le covid prend un peu plus d’ampleur dans nos vies chaque jour, raconte l’infirmière de 24 ans. Une de mes collègues se faisait du souci cette semaine car elle devait partir en vacances avec ses enfants. Elle sera donc en congés malgré tout, mais confinée chez elle avec ses enfants. Ca n’a pas le même goût et ça pèse un peu sur le moral.”

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Aucun cas de covid au sein de l’Ehpad

Alors, chacun essaie de trouver du positif là où il y en a. Et ce qui redonne du courage aux soignants de cet Ehpad, c’est qu’aucun cas de coronavirus n’ait encore été relevé chez les résidents. Un soulagement pour la structure, qui subit aussi un peu moins la pénurie de matériel. “Nous sommes un peu mieux dotés au niveau des masques. Notre directrice s’en est fait livrer par des militaires. Toutefois, nous restons sur une gestion étroite pour ne pas les gaspiller”, explique Emeline Gros.

La gestion des stocks avec précaution est toujours la règlecar si l’horizon du déconfinement se rapproche, il est encore loin. Lundi 13 avril, le président de la République Emmanuel Macron, a en effet annoncé une prolongation du confinement jusqu’au 11 mai. “ Évidemment que prolonger le confinement était ce qu’il fallait faire. Toutefois, quand le président parle de pensée pour tous ceux qui travaillent pendant cette crise, que ce soient les soignants, les caissières ou les éboueurs, je me dis qu’une pensée n’est pas suffisante. Cela fait longtemps que tous ces métiers galèrent”, souligne Emeline Gros.

Moments tendres avec les résidents

Chaque jour, au sein de l’Ehpad, Emeline Gros vit de petits moments tendres avec les résidents. Des instants qui peuvent paraître anodins mais qui font du bien dans cette période si particulière. “Une des résidentes, dont je me suis occupée cette semaine, m’a dit ‘j’aime quand vous vous occupez de moi. J’aimerai que ce soit vous tous les jours’. Ce sont des moments assez poignants. Ca fait plaisir d’avoir des petits mots comme ça, on se sent utile.” Mais parfois, la dureté du quotidien revient au galop et désarme les soignants.

“Parfois, en tant que soignant, on a pas toujours les mots pour rassurer et réconforter.”

“Un de nos résidents, Jacques*, 92 ans, a une pathologie qui lui fait perdre un peu la mémoire et mercredi, il n’était pas bien. Il n’arrêtait pas de pleurer, et ne comprenait pas pourquoi sa famille ne venait pas le voir, pourquoi son fils ne venait pas prendre de ses nouvelles. Psychologiquement, c’est dur. Parfois, en tant que soignant, on a pas toujours les mots pour rassurer et réconforter”, raconte Emeline Gros. Ces questionsreviennent souvent chez de nombreux résidents de l’Ehpad. Pour eux, être privés de la visite de leurs proches donne l’impression d’avoir été délaissés. “Moralement, c’est compliqué en tant que soignant de voir la vulnérabilité et faiblesse des résidents à ce sujet. On se rend compte que leurs proches, c’est ce qui les fait tenir dans un lieu comme ça”, confie Emeline Gros.

Emeline Gros, dans son Ehpad, en Isère.
Emeline Gros, dans son Ehpad, en Isère. © Emeline Gros.

Des visio pour garder le contact

Alors, pour garder un lien entre les résidents et leurs proches, l’animatrice de l’Ehpad veille attentivement sur les plannings de visio de chaque résident. Pour Jacques, trois rendez-vous “visio” sont prévus par semaine. “Son fils nous appelle aussi régulièrement pour avoir de ses nouvelles et nous demande si on peut lui passer son père, raconte Emeline, toujours à l’écoute de ses résidents et de leurs familles. Si j’ai du temps, je donne le téléphone du service à Jacques pour qu’il discute un peu avec son fils. En général, les conversations ne durent jamais très longtemps. Les résidents mettent très vite un terme à la conversation, ‘Je vais bien, je mange bien, on s’occupe bien de moi, je suis chouchouté’, et c’est terminé”, détaille Emeline.

“Quand on travaille tous les jours auprès des personnes dépendantes, on se rend compte que ce manque des proches peut vite nuire à leur santé.”

Même si les moyens technologiques permettent de rester en contact avec ses proches, cela ne compense pas l’éloignement physique. “Pour les résidents, le confinement est vraiment dur à vivre. On sait qu’il s’agit de prévention mais en même temps, il y a une part d’injustice. Quand on travaille tous les jours auprès des personnes dépendantes, on se rend compte que ce manque des proches peut vite nuire à leur santé”, souligne Emeline. “Nous devons être encore plus vigilants pour être là pour eux et consacrer du temps à tout le monde. Ce qui me fait un peu peur, c’est que je sais pas si nous allons arriver à pallier un peu le manque des familles ?”, s’inquiète Emeline.

Le mental de sportif, un avantage pour tenir face au virus

Le manque des proches, Emeline Gros aussi le ressent. “Je n’ai pas vu ma famille depuis un moi et demi. Nous aussi, les soignants, nous ressentons parfois des moments de solitude, comme tout le monde, nous sommes humains.” Alors pour tenir dans les moments difficiles, Emeline confirme que son statut de sportif de haut niveau l’aide à gérer cette crise au quotidien. “En tant que sportifsde haut niveau, nous avons un mental qui sait encaisser les coups durs et qui nous permet toujours de nous relever. Ne jamais rien lâcher et aller au-delà de ce qu’on est capable de faire et de vouloir, c’est qui nous maintient un peu pendant le confinement. Au travail, cela me permet de garder la motivation, d’être toujours de bonne humeur et de chercher le positif même dans une mauvaise journée”, indique la joueuse du FC Grenoble Amazones.

En plus du mental de sportif, ce sont aussi parfois les proches des résidents qui mettent un peu de baume au coeur aux soignants. “Cette semaine nous avons encore reçu des coups de fils de familles pour remercier la direction et les équipes pour tout le travail qu’on réalisait”, se réjouit l’infirmière. Les petites attentions en soutien au personnel médical viennent également des commerçants et restaurateurs du coin. Ce week-end, une pizzeria située à côté de l’Ehpad a offert des pizzas et des fougasses aux personnels soignants. “La semaine passée, c’était la petite supérette qui nous a offert le petit-déjeuner. Ils se relaient pour nous gâter, c’est vraiment super sympa de leur part.”

Une entraînement physique presque tous les jours

Des petites attentions, il en faut pour continuer le long combat contre le covid-19, encore plus quand les journées des soignants sont bien remplies. Mercredi a été particulièrement intense pour la jeune femme de 24 ans. Exténuée par ses 12 heures de travail, Emeline a terminé sa journée par une “douche, un repas et au lit”. Dans ces moments-là, le sport passe au second plan. “J’essaie de maintenir des semaines d’entraînement, même si je ne suis pas à cheval dessus. Avec le boulot, il y a des jours où je suis vraiment cramée et je n’ai aucune motivation”, reconnaît la joueuse du XV de France.

“Tenir un calendrier m’oblige à m’entraîner.”

Pour ne pas perdre le rythme, la troisième ligne du FC Grenoble, note sur une feuille les exercices qu’elle aimerait faire et la complète avec les exercices qu’elle a réalisés. “Tenir un calendrier m’oblige à m’entraîner. J’ai fait ma séance lundi et mardi. Mercredi, après le travail, j’étais épuisée donc j’ai fait l’impasse. En revanche, jeudi, j’étais en repos, donc je savais que je ne pouvais pas l’éviter”. Au programme, renforcement musculaire et cardio. “Depuis le début du confinement, comme je n’ai plus les entraînements avec mon club, je suis des comptes de sportifs sur Instagram et je m’inspire de leurs séances pour varier mes exercices.”

Entre deux entraînements, Emeline Gros prend le temps de s’évader un peu. Grande amateur de littérature, la jeune femme a presque fini Le Syndrome du bocal, de Claude Pinot, et s’est lancée en parallèle dans Central Park de Guillaume Musso. “Je m’éparpille un peu”, rit la jeune femme qui cumule les lectures. Emeline a aussi commencé la série à succès Elite sur Netflix. “Tout le monde m’a dit que je devais absolument la regarder”, rit encore Emeline, qui une fois son moment détente terminé, reprendra du service auprès de ses résidents.

*Le prénom a été modifié.

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Source : France Info

Maria Rodriguez
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