Coronavirus et confinement : catastrophe de Furiani, le souvenir dans l’intimité

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Illustration Maffia no, a vita iè

Même 28 ans plus tard, l’évocation du 5 Mai 1992 est une épreuve pour Olivier Brunel. Sa voix s’étrangle. Il a du mal à trouver les mots. Les mots justes.

Le souvenir lui reste intact. Comme figé dans le marbre. Comme le nom de son père Guy l’est dans la pierre de la stèle érigée à la mémoire des victimes de la catastrophe de Furiani.

Le souvenir d’un adolescent de 15 ans, alors domicilié dans le Tarn, fier de dire à ses copains que son père assisterait à la demi finale de la coupe de France entre Bastia et Marseille.

Guy Brunel, était en poste à Bastia depuis le début de l’année 92. Avec une épouse corse, il avait appris au fil des années et des vacances à adorer cette île. Cette mutation était un choix familial. Sa femme et son fils devaient le rejoindre à la fin de l’année scolaire. L’effondrement de la tribune nord a brutalement arraché Guy aux siens.

ILLUSTRATION - Le 5 mai 1992, la tribune nord du stade Armand Cesari s'effondre. La catastrophe de Furiani fait 19 morts et 2.357 blessés. / © Eric Cabanis / AFP
ILLUSTRATION – Le 5 mai 1992, la tribune nord du stade Armand Cesari s’effondre. La catastrophe de Furiani fait 19 morts et 2.357 blessés. / © Eric Cabanis / AFP

« A chaque fois j’ai les trippes serrées »

Malgré l’effroi et le vide immense laissé par la disparition de Guy, Olivier et sa mère se sont installés à Bastia. Comme un besoin de poursuivre ce qui était prévu pour que la vie soit plus forte que tout. Ils y vivent depuis. C’est là qu’il a construit sa vie d’adulte. C’est là que grandissent ses fils, âgés de 10 et 12 ans. Deux fils passionnés par le football. «Je les emmène parfois à Furiani pour assister à des matchs du SCB. Mais, c’est très difficile. A chaque fois, j’ai les tripes serrées».

Discret, pudique. Membre du collectif, il en épouse complètement la cause. «Je retrouve un peu mon père à travers le combat du collectif. C’était un amoureux du sport, un homme de valeur toujours prêt à déplacer des montagnes. Grâce au combat du collectif, sa mort est un peu moins injuste.» Avant de poursuivre «je me réjouis de l’adoption par l’Assemblée nationale de la proposition de loi visant à sacraliser le 5 Mai. C’est une reconnaissance nationale, la prise en compte de la cupidité de certains qui a causé tant de morts et de souffrances à des innocents.»

« Il nous manquera toujours une reconnaissance primordiale »

Le ressenti de Karine Grimaldi est plus tempéré. «Bien sûr le vote de l’Assemblée Nationale est une victoire mais quelle bataille il a fallu mener. Il intervient après tellement d’années dit-elle. Il n’a pas la même saveur que s’il était intervenu dès le départ. Il nous manquera toujours une reconnaissance primordiale. Celles des responsables de l’époque, de ceux qui nous ont brisé nos vies. Ce ne sont plus les mêmes aujourd’hui».

L’an dernier, son père étant fatigué, ses parents n’avaient pas pu assister à la messe commémorative en la cathédrale Sainte-Marie de Bastia à ses côtés. Cette année, confinement oblige, ils seront encore séparés. «C’est dur, dit elle de ne pas pouvoir être avec eux. Pour eux, comme pour moi. C’est très difficile de me dire que nous ne pourrons pas avoir de gestes de réconfort l’un envers l’autre».

ILLUSTRATION - Karine Grimaldi et son père lors d'une cérémonie en mémoire des victimes de la catastrophe de Furiani. / © Pascal Pochard-Casabianca / AFP
ILLUSTRATION – Karine Grimaldi et son père lors d’une cérémonie en mémoire des victimes de la catastrophe de Furiani. / © Pascal Pochard-Casabianca / AFP

Karine ira toutefois se recueillir à la stèle. Mais pas le 5 mai. Juste en compagnie de son mari, Rémi. Une sorte d’anonymat à laquelle elle n’est pas habituée en cette période de triste anniversaire.

« Depuis 28 ans, le 5 mai, pour moi, c’est tous les jours »

Confinement ou pas, rien n’empêchera Claude Clément d’aller mardi déposer un bouquet à la stèle, de se recueillir à la mémoire de sa fille Marie-Pierre et des autres victimes. «Sans la possibilité d’assister à la célébration de la messe, de se retrouver cette année ce sera plus dur encore que d’habitude, dit-il. Même si vous savez, depuis 28 ans, le 5 mai pour moi c’est tous les jours».

Jamais en 28 ans, un événement n’avait pu empêcher la tenue des cérémonies commémoratives. Pas même les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la Haute-Corse le 5 mai l’an dernier. Malgré le déluge, les victimes, les officiels et les anonymes s’étaient recueillis sous des trombes d’eau devant la stèle. «Il était impensable de ne rien faire du tout cette année», déclare Josepha Guidicelli, la présidente du Collectif du 5 Mai.

Le Covid-19 et l’interdiction de rassemblement ont contraint le collectif à annuler les journées d’études, les plateaux foot ouvert aux enfants qu’il organise chaque année dans un devoir de mémoire. «J’ai vu que certaines messes étaient diffusées sur les réseaux sociaux, poursuit Josepha. J’ai contacté l’abbé Nicoli. Il célébrera la messe à la mémoire des victimes de Furiani en l’église Notre Dame de Lourdes à Bastia. Je la diffuserai en direct sur la page facebook du collectif».

Applaudir aux fenêtres le 5 mai à 20h20

Seules Josepha Guidicelli et Corinne Mattei (qui lira un poème) assisteront à la messe in situ. Une bénédiction par le père Pinelli aura lieu à la stèle en présence de quelques membres du collectif, seulement, qui déposeront une gerbe.

Le collectif du 5 mai s’associe à l’initiative de l association Corsica Turchina. Elle appelle à appplaudir aux fenêtres ce 5 mai à 20h20, heure de l’effondrement de la tribune nord du stade Armand Cesari. Une commémoration très particulière donc pour une année 2020 particulière elle aussi pour le collectif.

Le 13 février dernier, un pas immense a été franchi. L’assemblée Nationale a adopté à la quasi unanimité la proposition de loi, présentée par Michel Castellani au nom du groupe libertés et territoires, visant au gel des matchs de football le 5 Mai. Il appartient désormais aux sénateurs de l’examiner. Les débats ont été retardé en raison de la crise sanitaire.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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