Une étude a-t-elle prouvé que le coronavirus était une création humaine

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Une étude a-t-elle prouvé que le coronavirus était une création humaine, comme l’affirme un Français prix Nobel de médecine ?

Luc Montagnier s’appuie sur des travaux de chercheurs indiens pour affirmer qu’il existe des similitudes entre le génome du VIH et celui du nouveau coronavirus. L’étude a été retirée par ses auteurs, alors qu’elle avait été critiquée par de nombreux scientifiques.

Dans une interview accordée au site « Pourquoi Docteur ? », le professeur Luc Montagnier émet l’hypothèse selon laquelle le nouveau coronavirus SARS-CoV-2 ne serait pas d’origine animale, mais aurait été créé en laboratoire. Le prix Nobel de médecine 2008, pour avoir co-découvert le virus du Sida avant d’être discrédité par la communauté scientifique notamment pour des propos anti-vaccins, s’appuie sur une étude indienne qui a été publiée le 31 janvier avant d’être retirée le 2 février. Pourtant, rien n’accrédite à ce jour cette hypothèse. La Cellule Vrai du faux de franceinfo vous explique.

Interrogé sur les origines supposées du virus, Luc Montagnier laisse entendre que le SARS-CoV-2 serait une création humaine : « Un groupe de chercheurs indiens a publié, enfin a essayé de publier, une analyse qui montrait que le génome complet de ce nouveau coronavirus avait des séquences d’un autre virus qui est (…) le virus du sida. » Selon lui, cette manipulation « pour insérer une séquence de VIH dans le génome, il faut avoir des outils moléculaires, ce n’est pas le patient qui va le faire, c’est l’homme des laboratoires ». Cependant, il se trompe sur l’étude qu’il mentionne. Cette étude, publiée le 31 janvier, prétend effectivement que des séquences d’acides aminés contenues dans le génome du SARS-CoV-2 concordent avec certaines séquences du VIH.

Cette observation ne démontre rien, selon Olivier Schwartz. Le directeur scientifique de l’Institut Pasteur explique, dans une interview sur France Culture, que « la séquence du virus est une suite d’acides nucléiques de base, c’est 30 000 lettres différentes qui se suivent ». Cela représente « à peu près 30 pages d’un livre par exemple ». Pour le scientifique, le travail des chercheurs indiens s’apparente à la comparaison de « ces 30 pages à 30 autres pages d’un autre livre, celui du VIH ». Forcément, « ils se sont aperçus qu’il y avait des groupes de trois ou quatre lettres en commun. C’est comme si dans un roman il y a écrit le mot ‘chat’ et dans un autre roman il y a également écrit le mot ‘chat’, parmi des dizaines de milliers de mots », résume Olivier Schwartz. « Statistiquement il y a forcément des homologies, mais cela n’a aucune valeur, c’est juste dû au hasard », conclut le chercheur.

Cette étude n’a pas été retirée parce que l’« on a obligé [les chercheurs] à se rétracter », comme l’affirme le Pr Luc Montagnier. Elle l’a été parce qu’elle a fait l’objet de nombreuses critiques de la part de la communauté scientifique. L’un des auteurs explique dans un commentaire qu’« il n’était pas dans [leur] intention d’alimenter les théories conspirationnistes ». En conséquence, ils ont décidé de dépublier cette publication « pour éviter davantage de mauvaises interprétations et des confusions ».

Les extrapolations qui ont eu lieu sur les réseaux sociaux sont aussi dues au mode de fonctionnement de bioRxiv, le site sur lequel l’étude a été mise en ligne. Ce site permet à des chercheurs en biologie de publier rapidement les résultats d’une étude, sous la forme d’une prépublication. Cette dernière n’a pas besoin d’être validée par d’autres chercheurs pour être publiée. Il s’agit d’un gain de temps non négligeable au moment où la pandémie de Covid-19 s’étend, mais c’est aussi le risque d’y voir des articles peu crédibles. Cela différencie ce genre de site, comme bioRxiv, de revues savantes comme Science, Nature ou The Lancet, dont le processus de validation est plus long, mais aussi plus sûr.

Source : Franceinfo

Roberta Flores
Roberta Flores
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