Fans sur leur canapé

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La doctorante Émilie Boutet répond à des questions fréquentes sur le coronavirus
    • Une préparation physique écourtée pourrait conduire à de nombreuses blessures musculaires et à un spectacle de moindre qualité à cette période de la saison.

 

    • La LFP, qui doit présenter un protocole sanitaire pour la reprise des entraînements la saison prochaine, a commandé 50 000 tests pour tous les clubs professionnels

 

    • Si le championnat reprend en juin, ce sera à huis clos pendant tout l’été, dans un premier temps.

 

Si l’UEFA, grand timonier du foot européen, a pour la première fois ouvert la porte à un arrêt des championnats à date pour éviter de foncer dans le mur à fond les ballons, l’heure est plutôt à l’optimisme du côté de la LFP, qui réunissait son comité exécutif ce vendredi pour parler déconfinement, confiture de fraises et protocole sanitaire. Le football français travaille d’arrache-pied pour présenter un plan béton au gouvernement, dans l’espoirde boucler la L1 et la L2 en juin juillet. 20 minutes vous résume le schmilblick.

Reprendre, oui, mais avec quelle préparation physique?

Un jugement hâtif peut conduire à assimiler le confinement forcé des footballeurs à la pause estivale qu’ils ont l’habitude de mener chaque fin de saison pendant quatre à cinq semaines, en fonction du bon vouloir de leurs employeurs. En gros, ce serait comme d’habitude un peu plus tôt dans l’année, pas de quoi en faire un fromage. Rien à voir, pourtant, rétorque Xavier Frezza, un préparateur physique qui travaille avec une vingtaine de joueurs pros en accord avec leurs clubs (Ben Yedder, Batshuayi, Mukiele).

«Ce n’est pas comparable car là il y a en plus une perte de repères. Deux mois sans toucher un ballon, à ce niveau, c’est énorme. Le terrain, les appels, les contacts, l’environnement… tout ça, ça ne se récupère pas comme ça». D’autant qu’à la reprise des entraînements dans des conditions incertaines, à partir du 11mai, il faudra aussi prendre en compte des états de forme disparates. A l’OM, pour citer un exemple parlant, tous les joueurs étaient conviés à effectuer des exercices en intérieur afin de conserver une assise cardio-vasculaire de haut niveau. Sauf qu’en raison des disparités de condition de vie, entre ceux qui n’ont pas de jardin, des enfants dont il faut s’occuper, ou un matériel insuffisant (vélos d’appartements, tapis de course), aucun n’avait de comptes à rendre au staff.

 

«Pour quelqu’un qui s’est bien entraîné, en deux ou trois semaines il ne sera pas trop mal. Pour ceux qui n’auront pas trop bossé physiquement, je suis curieux de voir avec quel niveau ils vont revenir, ça va être une vraie cata. L’écart entre les deux groupes va être le plus dur à gérer».

 

Les exercices devraient pourtant se ressembler pour tout le monde. Footing, sorties en vélo, puis augmentation des charges de travail pour que les joueurs montent en intensité en un temps record.

«En trois semaines, ça pourrait le faire. Ils peuvent être prêts à jouer. Mais il y a être prêt à jouer une fois par semaine, avec cinq jours de récupération après un match, et être prêt à jouer tous les trois jours pendant un mois et demi, sans vraie récupération, avec les transports, les voyages… Ce n’est pas la même chose. Les contraintes sont énormes, car derrière il va falloir jouer deux fois par semaine presque toutes les semaines. J’ai très peur pour certains joueurs.»

Imaginez en effet qu’ils disposent habituellement de sept semaines pour monter en puissance, avec des matchs amicaux pour se réhabituer au terrain, puis un mois de compétition très light avec trois matchs en août. Là, il faudrait enchaîner deux mois de dingos, puis rebasculer sur une saison complète dans la foulée avec un Euro au bout. Autant dire que les joueurs pourraient tomber comme des mouches, l’association des médecins des clubs pros ayant déjà prévenu que le risque de blessure musculaire serait multiplié par six (!) dès le second match de reprise.

 

«Il y a le travail pour être en forme (courir vite, courir longtemps), et à côté le travail de prévention des blessures, détaille Xavier Frezza. Cela veut dire veiller à l’équilibre musculaire, travailler les muscles qui souffrent beaucoup (adducteurs, ischios). Il faut jongler entre tout ça, les séances intensives de cardio et le faire le boulot de renforcement musculaire sinon certains muscles vont lâcher».

 

Comme beaucoup de ses confrères, celui qui a permis à Benjamin Mendy de revenir à temps pour disputer le Mondial 2018, évoque les risques d’un spectacle de piètre qualité, avec des joueurs incapables de multiplier les courses à haute intensité sur le long terme, quand ils ne sont pas blessés, et des entraîneurs frileux parce que l’effectif ne peut pas assurer sa part de pressing habituelle. «Mon avis personnel, sans connaître non plus tous les paramètres, c’est qu’il faudrait prendre l’option de terminer la saison en fin d’année, comme j’ai vu que quelques-uns le proposaient. Ça permettrait de laisser un peu plus passer l’épidémie, parce que là les joueurs vont reprendre dans des conditions pas faciles, avec des protocoles sanitaires lourds. Et ils vont devoir rejouer très tôt, sans préparation physique optimale».

Reprendre, oui, mais dans quelles conditions sanitaires?

On en vient à l’inquiétude majeure soulevée par les acteurs eux-mêmes, puisqu’une courte majorité de joueurs professionnels a indiqué dans un questionnaire envoyé par l’UNFP, le syndicat ultra-majoritaire dans le foot français, qu’elle ne souhaitait pas reprendre en saison. Sans se risquer à évoquer la métaphore de la chair à canon envoyée au front sans pantalon, un responsable du secteur médical d’un club de L1 s’interroge en off sur la pertinence d’un retour sur les terrains:

 

«Le respect des gestes barrières à l’entraînement, ça va déjà être compliqué, mais alors en match c’est impossible de garder un mètre de distance entre les joueurs. J’attends de voir ce qui est proposé mais les pros ne sont pas des cobayes, ils n’ont pas envie de contaminer leur famille à leur insu».

 

Emmanuel Orhant, le responsable de la commission médicale de la FFF, et Eric Rolland, ancien médecin du PSG et représentant des médecins au conseil d’administration de la LFP, devaient justement remettre à la Ligue ce vendredi le protocole sanitaire et médical de reprise des entraînements, quelques semaines après une première mouture envoyée aux clubs,
incitant la cellure médicale à pratiquer un bilan biologique, cardiaque et psychologique sur tout l’effectif, en plus de limiter l’accès aux terrains d’entraînement et de prendre la température quotidienne de toutes les personnes autorisées à y entrer.

Cette fois, l’accent devrait être mis sur la question des tests. Selon Le Parisien, le bureau exécutif de la LFP a la mainsur le bouton de commande:
50 000 tests sont prêts à être achetés et redistribués équitablement entre les clubs. L’objectif?S’assurer que tous les joueurs sont négatifs et faire en sorte qu’ils le restent en répétant les tests avant et après chaque match, a minima. Une disposition qui risque de faire grincer quelques dents, alors qu’Olivier Véran a reconnu officiellement que la France n’avait pas assez de tests disponibles pour s’occuper de ceux qui ne déclaraient aucun symptôme de la maladie.

 

«J’ai luqu’il y avait une part de faux négatifs importante pour les tests PCR, s’inquiète notre médecin de L1. Et puis les joueurs vont rentrer chez eux le soir, retrouver leurs enfants qui sont allés à l’école le matin, pour bien faire il faudrait les tester chaque jour. Ça représente au bas mot plusieurs centaines de tests par club par semaine. Je ne sais pas sic’est tenable sur le long terme».

 

Ou alors il faut s’assurer que les joueurs restent en vase clos. En Espagne, après une série de tests menée à partir du 28avril, les équipes de Liga reprendraient l’entraînement en trois étapes. D’abord en individuel, puis par petits groupes, et enfin au complet, à condition que les joueurs soient mis en quarantaine ensemble pendant toute la durée du championnat!En Allemagne, selon le magazine Spiegel, le ministère fédéral du Travail
a élaboré des directives de sécurité, recommandant aux joueurs de porter un masque qui «ne glisserait pas lors des sprints, les coups de tête et les duels», et qui devraient être changés toutes les 15 minutes!

Des recommandations dont on se demande bien comment elles pourraient être adoptées par Neymar, Mbappé, et les autres. «Le masque, je n’y crois pas une seconde, souligne notre spécialiste. Et la quarantaine, franchement, c’est invivable. D’autant qu’il faudrait voyager lors des matchs à l’extérieur, dormir dans un hôtel où les gens pourraient être porteurs sains… Si un seul joueur est testépositif, tout s’écroule».

Reprendre, oui, mais avec qui dans les tribunes?

C’est sans doute la seule condition acceptée par tous les acteurs, malgré le crève-cœur qu’elle signifie pour les supporteurs et pour les joueurs eux-mêmes. Si le championnat reprend en juin, ce sera à huis clos pendant tout l’été, dans un premier temps. Emmanuel Macron a indiqué que les rassemblements sportifs ou culturels de grande ampleur ne pourraient pas se tenir avant la mi-juillet, au moins. Si la Ligue 1 a l’espoir un peu fou de remplir ses stades à l’automne, au même titre que les organisateurs du Tour de France et de Roland-Garros, le huis clos garantit au moins de terminer la saison sans flouer personne et d’encaisser le montant des droits TV pour l’instant retenu par les deux argentiers du foot français, beINSport et Canal +.

Jusqu’à la déclaration du président de la République et la décision de confiner le pays, le ministère des Sports avait déclaré sa préférence pour maintenir le calendrier sportif coûte que coûte.Dans cette période, le huis clos peut devenir notre doctrine d’organisation des compétitions », déclarait Roxana Maracineanu le 9mars dernier. La dite doctrine n’a pas changé entre-temps, et c’est même un préalable indispensable pour que Matignon donne son feu vert à la reprise. Reste à déterminer qui aura le droit de pénétrer dans les stades de L1 les jours de match. Si l’on se réfère au dernier test grandeur nature, le 8e de finale retour de Ligue des champions entre le PSG et Dortmund, ce sont moins de 400 personnes qui ont pu assister à la victoire parisienne au Parc des Princes. Dans le détail?

    • Une dizaine de VIP de chaque côté

 

    • Les officiels de l’UEFA (délégués et arbitres)

 

    • Le personnel de sécurité

 

    • Le personnel de restauration

 

    • Les staffs des deux équipes

 

    • Les équipes des cinq chaînes de télévision détentrices de droits

 

Le cahier des charges mis en place par la Bundesliga pourrait une nouvelle fois éclairer les décideurs du foot français. Les Allemands visent moins de 300 personnes pour chaque match. Les kinés et les adjoints prendraient place en tribunes plutôt que sur le banc, le nombre de ramasseurs de balles serait réduit au minimum, tout comme la cohorte de journalistes et d’officiels habituellement autorisés à suivre les rencontres en tribune.

Mais puisqu’on parlait de PSG-Dortmund, il faudra bien aussi régler la question épineuse des rassemblements de supporters devant le stade, notamment lors des grands matchs, au hasard pour un OM-PSG encore prévu au calendrier.
Interrogé par RMC, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner semble miser sur le civisme d’une population désormais bien avertie des dangers de l’épidémie de Covid-19.

 

«Il y a eu une défaillance de mobilisation des supporteurs sur un match à huis clos à Paris juste avant le confinement, a-t-il admis. Je suis convaincu que si l’ensemble des acteurs du sport prenaient cette décision (du huis clos), sur la base de discussions sanitaires, les supporteurs joueront le jeu. Je ne crois pas que les supporteurs soient imbéciles et qu’ils veulent se mettre en risque. Je suis partisan de faire confiance aux gens.»

 

Il reviendra aux clubs, aussi, d’être imaginatifs pour offrir la possibilité à leurs abonnés de participer à la reprise à leur manière, même si les ultras des clubs de L1 ont déjà manifesté leur opposition à une reprise des championnats à huis clos. En Allemagne, on y revient toujours, des fans peuvent faire fabriquer leur réplique en carton pour occuper une place en tribune, au moins visuellement. Et on compte sur la start-up nation pour nous offrir une appli hors de prix qui permettra d’insulter son joueur préféré depuis son canapé comme si on était en virage.

La source officielle de cet article : 20minutes.fr

Roberta Flores
Roberta Flores
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