Coronavirus : « La chaîne de transactions immobilières est grippée »

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Inédit, le séisme du Covid-19 secoue toute la chaîne de l’immobilier ancien. Avec des répercussions à long terme, assure Yann Jéhanno, président du groupe d’agences immobilières Laforêt (700 agences, 4 000 collaborateurs).

Le Point : Comment négociez-vous le choc épidémique qui fait trembler votre profession ?

Immobilier - Coronavirus : « La chaîne de transactions immobilières est grippée »
Yann Jéhanno, président du groupe d’agences immobilières Laforêt.
© Sylvain Renard

Yann Jéhanno : L’intégralité de nos agences sont fermées au public, conformément aux décrets et arrêtés gouvernementaux. Plus aucun accueil physique et une rare présence sur le terrain, lorsqu’un artisan disponible doit intervenir dans des situations d’urgence relevant de l’administration de biens. Ces gestionnaires, le personnel administratif, l’encadrement et les chefs d’agences Laforêt, soit environ la moitié de nos effectifs, continuent leur activité en télétravail. L’autre moitié, qui concerne les fonctions commerciales, est désormais en situation de chômage partiel. À ce sujet, on attend les ordonnances concernant la prise en charge partielle des salariés VRP exclusifs, qui ne sont pas clairement inclus dans le dispositif d’indemnisation.

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Cela veut-il dire qu’il n’y a plus aucune transaction ?

Non, ce n’est plus guère possible. Depuis trois ans, nous réalisions environ 10 000 actes et avenants chaque mois, par le biais de signatures électroniques. Certaines études de notaires sont équipées de ces outils high-tech, d’autres non. Mais les notaires qui doivent actuellement évoluer dans un contexte exceptionnel ne sont qu’un maillon de la chaîne des échanges immobiliers dans l’ancien. Pour que les contrats de vente les plus avancés aboutissent, il faut que les dossiers soient complets, comprenant des pièces obligatoires comme les actes hypothécaires, les différents diagnostics, etc., qu’on ne peut plus faire réaliser aujourd’hui ! Ajoutez à cela le volet bancaire qui peut faire défaut. On avance au cas par cas dans une chaîne qui va complètement se gripper, faute de nouveaux dossiers à traiter.

Peut-on comparer ce tsunami au gros trou d’air de 2008-2009 ?

Nous ne sommes pas dans une crise financière comme l’antécédent des subprimes américains. Nous sommes confrontés à une crise sanitaire qui affecte l’économie mais sans en connaître précisément l’impact sur ses différents secteurs. Heureusement, les banques sont mieux armées qu’auparavant pour faire face à ce choc, et font d’ores et déjà preuve d’une certaine bienveillance, avec des échéanciers de report de mensualités de remboursement.

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Les volumes de vente vont-ils fortement diminuer ?

Le marché du neuf, qui a connu récemment un gel de ses constructions, subit un nouveau coup de frein avec l’épidémie de Covid-19. Cela peut entraîner à moyen terme un report de choix par défaut au profit du marché de la revente. Par ailleurs, des personnes voudront peut-être sécuriser leur patrimoine financier dans la pierre plutôt que de placer leur argent dans les places boursières, aujourd’hui en chute libre. Beaucoup d’hypothèses restent en suspens. Seule certitude, il y aura une perte de solvabilité d’une partie des acquéreurs lorsque la situation reviendra à la normale. La perte de 16 % de rémunération consécutive au chômage partiel est de nature à fragiliser les apports financiers constitutifs de l’immense majorité des achats immobiliers. Certains ménages seront obligés de taper dans leur bas de laine pour faire bouillir la marmite, si vous m’autorisez l’expression.

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Les prix vont-ils chuter partout dans l’Hexagone ?

Difficile de le chiffrer. Pour l’heure, les prix ne sont pas impactés, car il n’y a pas de nouveaux mandats. L’offre et la demande se sont éloignées et ne se rencontrent plus. Je pense que les agglomérations dynamiques et leurs proches périphéries seront peu touchées. En revanche, dans les zones rurales où une entreprise de 150 personnes va mettre la clé sous la porte en raison des conséquences économiques de cette épidémie, les valeurs des logements risquent de plonger. Le malheur des uns fait le bonheur de certains autres. Et l’on peut s’attendre à des concentrations d’acteurs dans le secteur immobilier, et à de probables achats d’opportunités dans les transactions commerciales du secteur privé.

Source : Lepoint.fr

Pascal Guy
Pascal Guy
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