Coronavirus : le bobard de Marine Le Pen sur le confinement et les migrants «attestés» SDF

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Lors d’une séance de questions-réponses sur sa page Facebook jeudi, la présidente du RN a affirmé que les migrants SDF avaient eu une attestation de l’Etat pour leur permettre de rester dans la rue.

Intox. Le Pen s’est adonnée à une petite séance de «Marine répond à vos questions», jeudi sur sa page Facebook. Il s’agissait du deuxième exercice du genre depuis le début du confinement : la présidente du RN réagit aux interrogations de ses abonnés, pré-sélectionnées par son community manager pour coller aux exigences d’éléments de langage du moment. «Ophélie» a donc interpellé Marine Le Pen au sujet de «la libération de détenus organisée par le gouvernement» en temps de Covid-19 : «N’est-il pas dangereux de faire ceci ?»

Le sujet est l’un des thèmes préférés du mouvement d’extrême droite depuis la décision, prise dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, de faciliter les libérations anticipées des détenus, deux mois maximum avant la fin de leur peine. La procédure exclut les terroristes et les criminels. Mais le mouvement mariniste a quand même enchaîné les communiqués alarmistes ces dernières semaines, comme «130 détenus radicalisés vont être remis en liberté». On sait aujourd’hui, grâce à l’Opinion, que 11 personnes suivies pour radicalisation sont sorties de manière anticipée depuis le 27 mars, dont deux assignées à résidence. Et 25 autres «pour des raisons normales, parce qu’ils arrivaient en fin de peine», a aussi indiqué la ministre de la Justice, Nicole Belloubet.

Seulement, pour Marine Le Pen, le chiffre ne doit pas être assez impressionnant : «8 000 [prisonniers] ont été libérés selon la dernière étude» a expliqué la députée à Ophélie, jeudi. Avant d’ajouter ce nouvel argument bien flippant : «C’est un risque majeur, d’autant que pour beaucoup, ces gens n’ont pas de domicile, et sont donc aujourd’hui dans les rues, pas confinés.» Puis Le Pen a appris à Ophélie qu’il en était «de même des migrants. Qui sont souvent dans des centres de rétention administrative, qui ont été fermés. Et d’après ce que je sais, on a donné aux gens qui y étaient, et qui devaient repartir dans leur pays, une attestation comme quoi ils étaient SDF et avaient le droit d’être dans la rue».


Désintox. Ces propos méritent qu’on s’y arrête. D’abord, parce que les 8 000 détenus dont parle Marine Le Pen n’ont pas été tous libérés dans le cadre des mesures liées au Covid-19. La moitié l’a été à la suite de la diminution de l’activité juridictionnelle, l’autre en lien avec l’épidémie, peut-on lire dans le Parisien. Ensuite, parce que l’histoire des taulards qui arrivent dans les rues sans respecter les gestes barrières est une exagération. Même si, note Florent Guéguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité (FNARS), ce que dit Le Pen, n’est pas «forcément faux. La majorité des personnes en détention pour des courtes peines sont souvent en situation de pauvreté et de précarité et un certain nombre d’entre elles ne disposent pas de domicile fixe à leur sortie de prison. Notamment parce que le système de réinsertion ne fonctionne pas bien».

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En revanche, l’histoire des migrants relève de l’intox pure et simple. Il n’existe en effet aucune attestation «officielle» de l’Etat qui pourrait autoriser les réfugiés ou les SDF à rester dehors en temps de coronavirus. Et si certaines associations ont pu donner à des familles un papier sur lequel était inscrit le fait qu’elles étaient suivies, cela ne s’est fait que très rarement dans des situations particulières, et «cela ne relevait que du système D», nous dit un associatif. Dans les quinze premiers jours du confinement, il y a eu des cas de personnes ennuyées ou verbalisées parce qu’elles se «déplaçaient pour rejoindre les hôtels sociaux que nous gérons et qui ont rencontré des difficultés», a déjà indiqué le Samu social. Les documents permettaient aussi aux personnes ne sachant ni lire ni écrire, ou qui ne parlent pas français, d’avoir quelque chose à montrer aux forces de l’ordre en cas de contrôle. Rien à voir donc avec l’«attestation SDF» inventée par Le Pen.

Extrait de Chez Pol, notre newsletter politique quotidienne réservée aux abonnés.

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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