Coronavirus : une fermeture généralisée des écoles est-elle envisagée en France ?

Share on email
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Coronavirus : une fermeture généralisée des écoles est-elle envisagée en France ?

Mercredi, l’Italie décrétait la fermeture de tous les établissements scolaires et universités jusqu’au 15 mars. L’Iran lui emboîte le pas ce jeudi. A ce jour, 13 pays ont fermé toutes leurs écoles à cause du coronavirus. Soit près de 300 millions d’élèves selon les calculs de l’Unesco. Peut-on s’attendre en France à une mesure d’une telle ampleur ?

Qui décide de fermer des écoles ?

Interrogé sur BFM ce jeudi, Jean-Michel Blanquer écarte l’hypothèse d’une fermeture généralisée : «Nous en serions capables mais ce n’est pas du tout prévu», a-t-il déclaré. Pour l’instant, la stratégie adoptée est de tenir fermés les établissements scolaires dans les zones qui comptent le plus de malades déclarés (les fameux clusters). Objectif : tenter de ralentir la propagation de l’épidémie.

Ainsi, une «bonne centaine» d’écoles, collèges et lycées sont à l’arrêt dans l’Oise (35 000 élèves concernés) et le Morbihan (9 000). En Haute-Savoie, autre département très touché, les élèves sont encore en vacances scolaires. En dehors de ces «clusters», deux écoles ont été fermées : à Louvres dans le Val-d’Oise et à Sartilly, dans la Manche. La décision est à chaque fois prise localement par l’Agence régionale de santé, sur ordre préfectoral. Le ministère de l’Education ne faisant donc qu’appliquer les consignes. Si la mesure venait à être généralisée à l’échelle nationale, l’ordre serait donné par le Premier ministre.

La fermeture généralisée est-elle une mesure efficace ?

La question avait été posée en 2012 au Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Pour formuler son avis, l’HCSP s’était appuyé sur les données de la littérature scientifique de la grippe A de 2009 et des virus grippaux. L’avis, disponible en ligne, est très mesuré. «D’après quelques expériences observées et les modèles mathématiques, la fermeture des établissements scolaires pourrait avoir un impact sanitaire s’ils sont fermés à temps et assez longtemps.»

«La décision de fermeture d’établissements scolaires et autres lieux publics est une décision difficile», estime le HCSP. Elle nécessite «d’être précédée d’une analyse bénéfice/risque».

Dans la balance, le Haut Conseil de la santé place notamment l’impact économique d’une telle mesure. Forcément qui dit écoles fermées, dit absentéisme élevé des parents au travail. Autre élément déterminant pour qu’une fermeture soit efficace : le moment où la décision est prise, qui «dépend entre autres du taux d’incidence de personnes infectées difficilement estimable en temps réel». Enfin, pour que la fermeture des écoles ait un impact, elle doit s’accompagner de «l’isolement des écoliers à la maison», mesure visiblement pas très suivie par les familles en 2009. Car si les élèves empêchés d’aller en classe se retrouvent au parc ou à la bibliothèque, la fermeture des écoles n’a pas grande efficacité.

Le Haut Conseil conclut donc : «Il n’existe aucune règle, aucun algorithme permettant de déterminer avec certitude à l’avance les critères de fermeture et de réouverture des établissements scolaires. […] Si la pandémie a une transmission et une gravité faibles, comparables à une épidémie saisonnière, il ne paraît pas utile de fermer les établissements scolaires. Si la pandémie a une gravité clinique élevée et une transmission élevée, la fermeture est recommandée le plus rapidement possible et pour une période prolongée. Dans les autres situations, les préconisations sont difficiles à anticiper.»

Existe-t-il un plan B pour que les élèves continuent à apprendre en cas de fermeture ?

Oui, répond en boucle le ministre depuis une bonne semaine. «Nous sommes préparés depuis plusieurs semaines», à l’éventualité de cours à distance, pour «assurer la continuité pédagogique» affirme Jean-Michel Blanquer. La question s’est en effet posée pour les élèves français vivant en Chine. «C’est donc très opérationnel depuis ce moment-là. Nous avons élargi le système, […] qui permet, de la grande section de maternelle jusqu’à la terminale, d’avoir les cours et même les devoirs à faire, avec une assistance aux devoirs qui est faite à distance grâce au Cned.» En début de semaine, des agents du Centre national d’enseignement à distance (Cned), basé à Poitiers, étaient rue de Grenelle à Paris, pour une petite démonstration devant des journalistes à l’affût.

En réalité, pour les élèves déjà coincés chez eux, comme dans l’Oise par exemple, les professeurs de collège et lycée communiquent surtout comme ils ont déjà l’habitude de le faire, via les espaces numériques de travail (ENT). Un portail internet sécurisé qui permet aux enseignants et élèves de communiquer : on y trouve un cahier de texte avec les devoirs, un agenda, le carnet de liaison avec les parents, des espaces de stockage pour des ressources pédagogiques.

Le Cned propose en plus, des contenus pédagogiques : environ trois ou quatre heures d’activités sont proposées chaque jour aux élèves dans des matières différentes. Le ministère met en avant aussi son dispositif «ma classe à la maison», piloté par le Cned : un professeur qui dialogue de chez lui avec ses élèves, connectés depuis leur domicile sur une même plateforme via un téléphone ou un ordinateur. Avec le risque d’aggraver les inégalités, comme le faisaient remarquer les enseignants récemment interrogés : «La moitié de mes élèves n’a pas accès à un ordinateur à la maison ou n’a pas récupéré son login. La fracture sociale va sauter aux yeux.»


Marie Piquemal

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
Inscrivez-vous à notre newsletter

Sign In QUÉBEC 89

Account details will be confirmed via email.

Reset Your Password