Coronavirus : une soixantaine de seniors bloqués au Nord de l’Afrique depuis 50 jours

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théâtre Trianon Bordeaux

3 tempêtes de sable… 40 degrés tous les jours… L’inquiétude et l’exaspération ont depuis longtemps cédé la place à l’attente patiente.Marc Billard est organisateur bénévole de séjour en camping-car. Par le biais d’une association, basée à Saint-Jean-d’Angely, il opère depuis une dizaine d’années au Maroc. Sous sa responsabilité pour ce séjour, deux groupes différents, d’une trentaine de personnes chacun, sont en itinérance. L’un dont le voyage a débuté le 7 mars, l’autre dont le voyage allait s’achever lorsque les premières mesures de confinement ont été décidées.

Thermomètre en hausse

Le 19 mars, le Maroc instaure le confinement. Les touristes ont interdiction formelle de se déplacer. Les frontières se referment. A ce moment-là, l’un des groupes est en excursion en Mauritanie… D’abord stoppés en plein désert, à Châmi, ils sont ravitaillés tous les deux jours par camions-citernes. Alertée par la dangerosité de la situation, l’ambassade de France en Mauritanie négocie et obtient, au bout de deux semaines, leur déplacement jusqu’à une grande ville, la deuxième du pays, Nouadhibou.
Pendant ce temps, l’autre groupe est à Taliouine, au Maroc. Marc Billard, le responsable de l’association, multiplie les coups de fil, tout comme son président, depuis Vivonne dans la Vienne, mais la situation est bloquée… Sur place, Mireille et son compagnon Bernard n’en peuvent plus.

Hier après-midi, il faisait 39°. Ca fait une semaine que c’est comme ça. Au début, on avait un peu de vent, mais là, en plein soleil, avec seulement l’ombre de l’auvent, la chaleur devient très difficile à supporter.
– Mireille Renard

Le groupe n’apas le droit d’aller en ville. Ce sont les propriétaires du camping qui font leurs courses, les conduisent à la banque pour retirer de l’argent.

On peut se déplacer à pied alentours, dans la montagne. Le soir, il y a des patrouilles, pour veiller au couvre-feu à partir de 18h. Le confinement est très sévère, mais on l’accepte comme tout le monde.Quand il fait beau, on mange tous ensemble, heureusement on peut se réunir, sinon…

Le terrain où est stationné le groupe de Mauritanie / © Association Atlantique Camping Car Club
Le terrain où est stationné le groupe de Mauritanie / © Association Atlantique Camping Car Club

Médicaments en baisse

Mais avec ce confinement qui dure, les inquiétudes se font plus précises. Toujours à Taliouine, Danielle Berthelot nous raconte :

Les gens avaient prévu pour 2 à 3 mois de médicaments, d’accord mais par exemple, l’un des voyageurs, octogénaire, a besoin d’un traitement précis, sous forme de piqûre, introuvable au Maroc. Il en attend de France mais ça n’arrive pas… Alors il repousse au maximum.

Chacun a en tête le drame vécu par ces autres Français, dans le même camping. La femme de ce couple est décédée d’un AVC. Aucune possibilité de rapatriement du corps. Son compagnon a dû acheter une concession sur place, l’inhumer. Le retour en France du corps sera organisé plus tard, après le confinement.

On est stationnés là. On porte le masque.On ne sait pas ce qui se passe.On tombe sur des répondeurs à l’ambassade de France.Nos enfants sont inquiets, si on a un problème de santé, comment on fait?
-Danielle Berthelot

Le groupe tente de préserver une bonne ambiance, mais les annulations successives des bateaux pèsent sur le moral / © Association Atlantique Camping Car Club
Le groupe tente de préserver une bonne ambiance, mais les annulations successives des bateaux pèsent sur le moral / © Association Atlantique Camping Car Club

Bateaux à géométrie variable

Pour revenir, avec leurs campings-cars, ces touristes doivent forcément prendre la mer. Et c’est bien là tout le problème. A plusieurs reprises, leurs billets réservés sont annulés. La compagnie italienne explique ne pas avoir eu l’autorisation d’accoster.

A chaque fois, le groupe avait négocié, en fonction de ces dates de départ, des autorisations de circuler, avec le délai administratif que cela suppose, de la navette entre les autorités françaises et marocaines…

On nous promet des bateaux, on n’en voit pas… On est passé par nos députés, leministère dit que des bateaux sont mis en place. Mais le site de l’ambassade du Maroc renvoie vers la compagnie, quand on le peut, on s’inscrit, mais c’est annulé ensuite !
– Bernard Perré

Des dates sont tout de même reprises, le 26 mai pour certains, le 1er juin pour d’autres.

Il y a des moments où ça va, et puis des moments où ça ne va plus ! Quand le bateau est annulé…
-Danielle Berthelot

Une source diplomatique française nous assure que ces questions sont suivies par une cellule de crise au Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères « dans un contexte inédit et complexe de fermeture des frontières maritimes et terrestres ». Chacun des acteurs officiels (autorités marocaines et mauritaniennes, nos ambassades et consulats généraux et le Ministère), « continuent de travailler à la mise en place de solutions en lien avec l’armateur de ces bateaux ».

Moral à zéro

Marc Billard, le responsable du groupe de Taliouine, était parti en reconnaissance dans un autre secteur lorsque le confinement a été décrété. Mais il est en lien permanent avec eux.

Moi j’ai pas le droit de craquer. Je les appelle tous les jours. Il y a une bonne ambiance, on essaye de se battre. Mais on a vraiment le sentiment d’être des oubliés.
– Marc Billard, responsable du groupe de Taliouine

Le fondateur de l’association, et président d’honneur,Roland Caillaud est du voyage lui aussi, et encore plus virulent.

Le problème, c’est que tout le monde s’est focalisé sur les agences de voyage, les avions, pas les petites associations comme les nôtres. On estconfrontés au vide.On nous ignore, nous, les retraités.On voit qu’il y a deux France, les actifs et les autres… Quand on voit lasomme monstrueuse dépensée pour rapatrierdes salariés à la place de l’entreprise responsable, et nous…On ne demande pas d’aide financière, on a déjà payé nos billets… deux fois !
-Roland Caillaud, fondateur de l’association

Tous deux insistent sur ce point financier. « On nous prend pour des nantis, mais ce n’est pas le cas. On veut juste rentrer, avoir un bateau qui part vraiment »

Vidéo faite par les camping-caristes coincés à Taliouine
Les camping-caristes, angoissés par ce blocage, et excédés par la chaleur, espèrent enfin embarquer, avec leurs véhicules, sur un bateau-Association Atlantique Camping Car Club

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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