Covid-19: le rôle de la collectivité n’est pas d’assumer les pertes des start-up et scale-up belges

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Assurance chômage : règles assouplies, mais réforme confirmée

Une contribution externe de Toon Vanagt (CEO data.be), entrepreneur dans le numérique (traduction par Frédéric Wauters)

Lundi, lorsque j’ai vu l’appel signé par 798 start-up et scale-up belges, j’ai été profondément choqué et j’ai immédiatement réagi sur Twitter. Je souhaite aujourd’hui prendre le temps de la réflexion et nourrir un débat que j’estime crucial.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais préciser que ce que j’écris ici va à l’encontre de mes propres intérêts en tant qu’entrepreneur et investisseur. Mais il me semble important, particulièrement en ces temps de crise sans précédent,

Risque et profits vont main dans la main

L’appel des start-up demandait, entre autres, que le gouvernement intervienne à hauteur de 75% du besoin de liquidités de ces entreprises si un investisseur privé acceptait de mettre 25% de la somme. En clair, ces entreprises demandent que l’intervention du gouvernement soit 3 FOIS PLUS IMPORTANTE que celle du privé.

Peut-on encore appeler cela du « capital à risque »? Est-ce tout simplement acceptable? Déjà, les critiques fusent et ces entrepreneurs se font aujourd’hui accuser, à juste titre, de défendre le capitalisme quand ça les arrange (quand ils font des bénéfices) mais d’appeler l’Etat à leur secours dès que le vent tourne et qu’ils se retrouvent exposés à des pertes.

Ces critiques sont entièrement justifiées : la possibilité de faire des bénéfices ou une plus-value est la rémunération du risque pris par les entrepreneurs et les investisseurs. Ce risque, c’est précisément celui de faire des pertes.

L’Etat aide déjà les start-up

Les demandes relayées par supportourstartups.be sont d’autant plus regrettables qu’en temps normal, n’importe quelle start-up à demi-viable, qui arrive à convaincre des investisseurs, peut compter sur un montant identique fourni par l’Etat fédéral et les Régions sous forme de prêts garantis et/ou de prêts convertibles.

N’oublions pas non plus que les « business angels » belges récupèrent déjà 60% de leurs investissements dans les start-up sous forme de déductions fiscales et de réductions d’impôts. Peut-être serait-il plus opportun d’élargir cette mesure? Je me suis déjà prononcé en faveur d’un tel élargissement, notamment parce qu’il permettrait de mobiliser les 278 milliards d’euros qui dorment aujourd’hui sur les comptes d’épargne.

Attention aux effets d’aubaine

Trouver des investisseurs n’est donc clairement pas mission impossible. Mais le « booster » gouvernemental proposé par les startupeurs ne risque-t-il pas de créer un effet d’aubaine et de favoriser les abus en tout genre? Je ne veux pas voir les « 3 F » ( friends, families & fools ), ni l’argent public, mobilisés pour créer des bouées de sauvetage pour des causes perdues.

Les solutions existent

Pour les entrepreneurs, les solutions existent déjà :

• s’associer à de vrais « business angels », qui n’ont pas peur d’investir, même lorsque les circonstances à court terme ne sont pas favorables, parce qu’ils ont été convaincus par la viabilité à long terme du projet;

• s’associer (ou vendre) à un partenaire industriel qui a pris du retard dans sa politique d’innovation, qui a une bourse bien garnie, un besoin de sang frais et d’idées neuves;

• entrer en compétition pour les aides disponibles au niveau régional, national et européen. Elles existent, sont gérées professionnellement, et entraîneraient moins d’erreurs coûteuses qu’un schéma de subsidiation généralisé.

Les start-up sont des entreprises à risque

C’est leur nature. Les investisseurs qui y mettent de l’argent le savent. Les exigences qu’ils ont en termes de rendement sont d’ailleurs le reflet des risques qu’ils prennent. Et ils n’hésitent pas à « punir » les entrepreneurs, qui ne parviennent pas à matérialiser assez vite la croissance et les bénéfices, en diluant leur pouvoir et leur propre intéressement aux bénéfices lors des appels de fonds successifs.

Les survivants… et les autres

Fondamentalement, il existe deux types de start-up :

• Les start-up dites « lean ». Ces entreprises visent avant tout à assurer l’équilibre budgétaire et à générer une croissance lente, mais saine et solide. Celles-là survivront, pour aitant qu’elles continuent à fournir des services ou à vendre des biens qui valent plus pour leurs utilisateurs que le coût nécessaire à leur production et à leur commercialisation.

• Les start-up et scale-up à effet de levier. Ces entreprises tentent, par l’hyper croissance, d’accaparer un maximum de parts de marché avant de songer à générer des bénéfices. Celles-là survivront si leurs investisseurs sont des professionnels, qui comprennent les risques qu’ils prennent et investissent en conséquence pour les soutenir. A moins qu’elles n’arrivent à renverser la vapeur et à aligner leurs coûts sur leur chiffre d’affaire le temps de traverser cette période difficile.

Que faire, alors ?

Si le gouvernement tient absolument à faire un geste, il me semble qu’il faudrait tenir compte des éléments suivants :

• puisque notre pays ne taxe quasi pas les revenus du capital, il me paraîtrait juste que les mesures d’aides réclamées s’accompagnent d’une taxation moins favorable pour les entreprises qui en bénéficient;

• ces aides ne doivent pas concerner que les start-up. C’est tout le tissu économique qui doit en bénéficier, aux mêmes conditions. Il n’y a pas de raison de créer d’exceptions;

• l’accent doit être mis en priorité sur l’emploi, par exemple avec des prêts permettant de couvrir une partie de la rémunération des travailleurs (90%, par exemple, avec un plafond). Ceci sauve directement le pouvoir d’achat des travailleurs et aide a limiter le risque d’une dépression économique.

Entreprenez !

J’aimerais conclure sur une note positive : nous sommes des entrepreneurs, c’est-à-dire des optimistes et des rêveurs. Des gens qui ne lâchent pas facilement et qui cherchent en permanence des solutions. C’est le moment de montrer ces qualités : revoyons nos « business models », développons de nouveaux marchés, cherchons de nouvelles alliances et prenons notre calculatrice pour estimer honnêtement nos besoins de liquidités et les garder sous contrôle !

Source de cet article : Lalibre.be

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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