Covid-19 : les enfants asymptomatiques sont-ils un vecteur de l’épidémie ?

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Suite à l’annonce de la réouverture progressive des écoles le 11 mai prochain par Emmanuel Macron, vous avez été nombreux à nous interroger sur le rôle des enfants dans la propagation de l’épidémie. Et notamment de ceux ayant été contaminés et ne présentant pas, ou peu, de symptômes.

Car le fait est désormais bien établi : les enfants contaminés par les SARS-CoV-2 développent bien moins fréquemment que les adultes les symptômes de la maladie. Le faible taux de diagnostics positifs chez les plus jeunes pourrait, pour cette raison, dissimuler un taux d’infection bien plus important. Sur ce sujet, des travaux prépubliés fin mars – qui n’ont pas encore fait l’objet d’une relecture indépendante – suggèrent que les enfants en contact avec des individus infectés sont tout aussi susceptibles d’être contaminés que les adultes de moins de 60 ans.

En revanche, plusieurs inconnues demeurent. Tout d’abord, on ignore encore si les enfants infectés transmettent la maladie avec autant de facilité que les adultes.

D’une part, les contaminations de l’enfant vers l’adulte passent actuellement inaperçues dans le cas de contaminations asymptomatiques.

D’autre part, peu de données existent sur l’infectiosité des sécrétions (postillons, crachats) des enfants sans symptômes.

Plus généralement, le potentiel infectieux des individus asymptomatiques, quel que soit leur âge, n’est pas encore suffisamment documenté – notamment du fait de la difficulté à tracer ces cas. Début avril, l’OMS rappelait le risque de contamination durant les derniers jours de l’incubation, au moins trois jours avant l’apparition des symptômes (transmission «pré-symptomatique»). Les cas de transmission par des porteurs qui ne manifestent jamais de symptômes ne peuvent être documentés qu’avec de grandes difficultés.

Pour toutes ces raisons, les formulations employées dans la littérature scientifique consacrée à ce sujet relèvent encore du conditionnel (le caractère asymptomatique «accroît la possibilité que les enfants puissent être des facilitateurs de la transmission virale», etc.). Tous les auteurs appellent à poursuivre les investigations «sur le rôle des enfants dans la chaîne de transmission.»

Les chercheurs qui travaillent sur la modélisation de la pandémie sont tout aussi circonspects. «Dans des études publiées depuis mi-mars, y compris une étude prépubliée ce 12 avril, on s’intéresse à plusieurs classes d’âge, parmi lesquelles une classe d’âge scolarisée», nous explique Jean-Stéphane Dhersin, chercheur au CNRS et à l’Université Sorbonne Paris Nord et directeur adjoint scientifique de l’INSMI (Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions). «Dans les modèles utilisés [pour estimer les effets des mesures sanitaires], il faut estimer un certain nombre de paramètres : on prend des hypothèses sur le fait que les individus puissent attraper la maladie, qu’ils puissent être infectieux, et qu’ils puissent la transmettre. Or concernant les enfants, pour l’instant, on ne sait pas tout. Notamment parce que l’on n’a pas encore réalisé de campagne de tests actifs en population générale, ce qui est la démarche la plus efficace pour obtenir des informations. Dans les modèles, on utilise parfois des données dont on dispose pour la grippe, mais on ignore si cela est pertinent. À l’heure actuelle, on ne sait absolument pas si les enfants jouent un rôle important dans la propagation de l’épidémie.»

Des opinions d’experts marquées par l’incertitude

Sur ce dossier les opinions d’experts restent divergentes. Dans l’hypothèse où les enfants asymptomatiques seraient aussi contagieux que les adultes, certains font remarquer que leurs interactions sociales reposent sur des contacts physiques plus nombreux et plus prolongés que ceux de leurs aînés – accroissant le risque de contamination.

Dans un entretien accordé en mars au quotidien suisse Le Temps, Arnaud L’Huillier, pédiatre et infectiologue, estimait à l’inverse que les enfants transmettraient moins le SARS-CoV-2 qu’ils ne participent à la propagation du virus de la grippe. Selon lui, le coronavirus en circulation «affecte surtout les voies respiratoires profondes et ne fait pas couler le nez, ce qui chez les enfants est un vecteur de dissémination important des pathogènes».

Dans un échange à l’AFP, le Pr Keith O’Neal, épidémiologiste à l’université de Nottingham, notait pour sa part que des enfants porteurs asymptomatiques présentaient moins de risque pour la communauté réunis dans une école «que confiés à des grands-parents» par des adultes sans autre solution de garde.

Au Ministère de l’Education nationale, on nous explique que le risque lié aux transmissions asymptomatiques ou pré-symptomatiques dans les cours d’école «fait partie des points qui doivent être discutés avec les partenaires sociaux» pour préparer la sortie du confinement le 11 mai prochain. «Il est encore trop tôt pour répondre à ces questions».

Ce 14 avril sur France 2, le ministre Jean-Michel Blanquer a souligné que le retour à l’école «ne serait pas obligatoire» dès la fin du confinement. «L’objectif c’est qu’entre le 11 mai et le 4 juillet (date des vacances d’été), nous ayons réussi cette resocialisation […] qui permette de se remettre dans l’apprentissage».

Dans un échange avec les journalistes de France Inter, le pédiatre Robert Cohen a annoncé ce 14 avril le lancement d’une étude en Île-de-France sur 600 enfants, destinée à évaluer le pourcentage de patients asymptomatiques porteur de virus.

Source du post: Liberation.fr

Pascal Guy
Pascal Guy
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