Covid-19 : pourquoi un taux de mortalité si élevé en Belgique

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Le malade numérique

Sur les cartes représentant le taux de mortalité du Covid-19, la Belgique clignote en rouge. A ce jour, 5 163 décès pour 11,46 millions d’habitants, plus que les 4 093 morts de l’Allemagne voisine, qui compte pourtant 83 millions d’habitants. Dans le royaume, l’épidémie a fait 45,2 morts pour 100 000 habitants, plus qu’en Espagne (41,7) ou en Italie (36,7), et bien plus qu’en France (26,8) ou aux Etats-Unis (10,2). Derrière ces chiffres inquiétants, plusieurs facteurs politiques, statistiques et géographiques.  

La Belgique est un pays très dense, avec 374 habitants par kilomètre carré (contre 105 en France et 232 en Allemagne), ce qui a pu faciliter la propagation du virus. Le manque d’anticipation du gouvernement a également joué. Pendant des semaines, la ministre de la Santé, Maggie De Block, a minimisé les risques. Ainsi, lorsque, le 1er mars, le maire de Woluwe-Saint-Lambert, une commune en périphérie de Bruxelles, décrète que toute personne revenant d’une zone à risque devra se maintenir à l’écart des lieux publics pendant deux semaines, la ministre juge que «c’est une mesure disproportionnée». Maggie De Block ne demande qu’aux porteurs de symptômes de s’isoler.

Et quand, vers la mi-mars, des mesures plus strictes commencent à être discutée à la tête de l’Etat, la Flandre, dirigée par le parti nationaliste flamand NVA, traîne longtemps des pieds avant de se résoudre à les soutenir. 

Maisons de repos 

Dans les hôpitaux, les soignants font face dès les débuts de l’épidémie à une pénurie de masques. Ce manque devient un véritable scandale quand la presse belge révèle fin mars qu’un stock de six millions de masques FFP2, acheté pendant la grippe H1N1, a été détruit en 2017. Les élastiques étaient périmés, et le stock n’a pas été reconstitué «pour ne pas gaspiller l’argent des contribuables», selon les explications de la ministre de la Santé.

Le mille-feuille administratif belge n’aide pas non plus à la coordination : le pays compte six ministres de la Santé, à l’échelle fédérale, régionale et communautaire. Le nombre peut même monter à huit ou neuf si l’on prend en compte certains postes régionaux. 

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Toutefois ces errements ne sont pas si différents de ceux qu’ont connu la France ou les autres voisins. La véritable spécificité belge, c’est le mode de comptage des décès attribués au Covid-19. «Chez nous, on utilise la manière la plus détaillée, on compte les décès pas seulement dans les hôpitaux mais aussi dans les maisons de repos, même s’il n’y a pas de test mais une suspicion», a expliqué la ministre de la Santé. Un pic récent est ainsi apparu dans la courbe des décès, quand les morts des maisons de repos (l’équivalent des Ehpad) ont été ajoutés, pour représenter près de la moitié des décès du Covid. Ainsi, jeudi, 69% des morts de la journée y ont été signalés. 

«En voyant l’épidémie arriver, le gouvernement s’est focalisé sur les mauvais indicateurs. Avec l’exemple lombard en tête, on a absolument voulu éviter une surcharge des hôpitaux», explique Geoffrey Pleyers, chercheur au Fonds de la recherche scientifique (FNRS) et professeur à l’université catholique de Louvain. L’objectif a été atteint puisqu’à ce jour, le taux d’occupation des unités de soins intensifs n’a jamais dépassé 54%. «La conséquence non intentionnelle de cette politique a été un surplus de morts dans les maisons de repos, où les soignants n’avaient pas de consignes particulières, pas de matériel de protection. On a aussi renoncé à transporter des malades âgés à l’hôpital», poursuit le chercheur. Sur cette question, la superposition des compétences sanitaires a également joué puisque les maisons de repos relèvent de la compétence des régions, et non de l’Etat fédéral. 

Surmortalité 

Il n’en reste pas moins que la méthode de comptage belge est probablement la plus proche de la réalité. Partout en Europe, le coronavirus a été particulièrement meurtrier dans les maisons de retraite. Et la surmortalité observée ces derniers mois dans les pays ou régions touchés par le virus n’est pas entièrement couverte par les chiffres officiels de décès dû au Covid-19. Dans la province Brescia, en Lombardie, par exemple, le taux de mortalité général a triplé au mois de mars, alors que les morts officiels du coronavirus n’en représentaient qu’une minorité. 

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Même en Belgique, où des suspicions suffisent à classer les décès dans la catégorie Covid, des morts semblent passer sous les radars. Entre le 9 mars et le 5 avril, 2 807 décès de plus que les années précédentes ont été décomptés. Mais seules 2 357 personnes sont mortes du Covid sur la même période, ce qui laisse encore une surmortalité d’environ 500 décès inexpliquée, rappelle le Soir.

«En faisant le même exercice avec les chiffres néerlandais, on observe une surmortalité de 3 734 personnes sur le même mois. Soit près de deux fois plus que le chiffre officiel de décès « Covid-19 » avancé par les Pays-Bas», relève le quotidien belge. Le chercheur Geoffrey Pleyers est du même avis : «Je ne pense pas que l’épidémie soit vraiment plus violente en Belgique que chez nos voisins. Notre décompte est sûrement plus proche de la réalité. Il devrait inciter les gouvernements belge et étrangers à s’occuper davantage des maisons de retraite et à y pratiquer des tests massifs.» 

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Nelly Didelot

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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