Covid-19: un mort parmi d’autres à l’Ehpad

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Le malade numérique

«Si ça se trouve, il n’est pas mort du Covid-19 mais d’un sentiment d’abandon, qui est pire que tout. On n’a pas le droit de tuer les gens comme ça.» Nadya nous a raconté le décès de son père, le 5avril dans un Ehpad du Val-d’Oise. Agé de 85ans, atteint de la maladie d’Alzheimer, il y avait été admis en octobre, et n’y aura survécu que sixmois.

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Première alerte mi-mars, quand le gouvernement annonce un vendredi les premières mesures de confinement pour le lundi suivant. «La direction de l’Ehpad nous a alors dit qu’on pourrait aller le voir le dimanche. Toutes les familles sont venues comme nous, mais il ne pouvait pas savoir que ce serait un au revoir.» Son père est rapidement diagnostiqué symptomatique, quoique sans test formel, sous isolement renforcé. «Mais confiner un Alzheimer, c’est comme enfermer un enfant de quatreans, il ne comprend pas pourquoi!» Les tentatives de liaisons téléphoniques resteront vaines: «Ce n’était jamais possible, on nous répondait toujours qu’il dormait.»

«Ils sont allés trop loin»

Nadya réussira une fois à forcer les portes de l’Ehpad, après avoir menacé de rejoindre la chambre de son père en grimpant sur une échelle. «J’avais pourtant chez moi un vieux masque FFP2, mais on m’a demandé de ne pas le mettre pour ne pas froisser les aides-soignantes qui ne disposent que de simples masques.» Sur place, elle constate que les poignées de porte des chambres ont été démontées, remplacées par des chaînes coupe-feu. «On ne peut pas confiner comme ça des gens dans 10m2, sans téléphone ni télévision, ça s’appelle de la séquestration. Ils sont allés trop loin, abusant de personnes vulnérables qui ne peuvent pas se rebeller et prennent le confinement pour une punition injustifiée. On est pourtant en France, pas en Chine!»

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Elle dit n’avoir rien contre le personnel de l’Ehpad, infirmières ou aides-soignantes faisant ce qu’elles peuvent. «J’en ai vu les larmes aux yeux.» Réservant sa rage à la direction, au système. «Pendant dix-sept jours, il a tourné en rond dans sa chambre, pétant les plombs. Quand j’ai pu enfin le voir, il avait la barbe d’un SDF. On devrait pourtant avoir le droit de les sortir une heure par jour, comme tout le monde.»

«Comme du bétail»

Début avril, la fièvre s’est calmée, ne restait qu’une petite toux: on lui annonce que son père n’a plus les symptômes du virus. Deux jours plus tard, il décède dans la nuit du 4 au 5avril. Au matin, Nadya était censée venir lui amener un portable. «Il est mort tout seul, enfermé, sans personne autour de lui, se sentant abandonné. C’est le plus dur à accepter dans le deuil.» A entendre sa fille, le cadavre serait resté deux nuits supplémentaires dans son lit de mort, faute de place dans la chambre mortuaire de l’Ehpad. Puis une fois le corps enfin déplacé, impossible de l’approcher: «On a dû se recueillir sur le parking. Ils traitent tout comme du bétail.» A ce détail près: «On nous a quand même demandé de récupérer ses affaires, mais sous la menace d’une facture de 80euros par jour.»
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Entre tristesse et colère, Nadya en tire cette conclusion: «On a trop longtemps ciblé sur les hôpitaux, laissant les Ehpad à l’abandon.» Elle envisage de porter plainte, «pour qu’ils assument».


Renaud Lecadre

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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