La création de PME s’essouffle

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Le Québec, qui a toujours créé moins d’entreprises que les autres provinces canadiennes, continue de perdre du terrain au pays, conclut une étude réalisée par le Service du développement économique de la Ville de Montréal.

Le Québec, qui comptait 23 % de toutes les entreprises privées au Canada en 2001, n’en avait plus qu’une proportion de 19 % en 2015.

Les chiffres que vient de publier la Ville de Montréal sont conformes à ceux de beaucoup d’autres études sur le sujet, commente Marc Duhamel, professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières et chercheur à l’Institut national de recherche sur les PME.

Historiquement, le Québec a toujours été moins entrepreneurial que les autres provinces canadiennes, explique le chercheur. On parle beaucoup de création d’entreprises, mais on en fait peu.

« Il semble y avoir au Québec un intérêt aussi fort qu’ailleurs dans la création d’entreprises, mais ces intentions ne se concrétisent pas ou se concrétisent moins qu’ailleurs », a-t-il avancé lors d’un entretien avec La Presse.

Selon le chercheur, le peu de fibre entrepreneuriale des Québécois tient à plusieurs facteurs qui font que la création d’entreprises est perçue comme plus risquée au Québec : le niveau de taxation, la réglementation ou le taux de syndicalisation, pour n’en nommer que quelques-uns.

Au cours des 20 ou 25 dernières années, le Québec a fait beaucoup d’efforts pour favoriser la création d’entreprises, notamment dans la simplification de la réglementation, sans pouvoir renverser la tendance. « Effectivement, ces efforts semblent plus ou moins fonctionner », constate le chercheur.

VIEILLISSEMENT

Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), estime que le vieillissement plus rapide de la population du Québec explique en partie la diminution du nombre de nouvelles entreprises. « Ça fait longtemps qu’on a un retard en matière de création d’entreprises, reconnaît-il. Mais on est aussi la province où le vieillissement de la population est le plus rapide. On est en mode transfert. »

Les entrepreneurs québécois sont fortement encouragés à prendre la relève de ceux qui se retirent. « Pour moi, le repreneuriat est important, ajoute-t-il, parce qu’une entreprise existante a une grande valeur, avec ses employés et ses réseaux. »

Les choses changent, croit aussi Michel Leblanc, qui cite une étude de HEC Montréal.

Dans le même groupe d’âge, les intentions entrepreneuriales se traduisaient davantage en action, selon la même source. « La part de ceux qui avaient commencé des démarches pour créer une entreprise était de 2,8 % en 2009 et de 9,4 % en 2017. C’est un grand revirement », estime Michel Leblanc.

Selon lui, les efforts réalisés pour encourager la création d’entreprises fonctionnent, mais ils sont assez récents. Des initiatives comme l’École d’entrepreneurship de Beauce ou l’émission Les dragons ont fait beaucoup pour encourager la création d’entreprises, dit-il. « Je pense qu’on va dans la bonne direction. »

EN BAISSE DEPUIS 2011

Après avoir augmenté à un rythme régulier entre 2003 et 2011, le nombre d’entreprises privées au Québec a diminué sensiblement de 2011 à 2015. Au Canada, le nombre d’entreprises a continué d’augmenter. La part du Québec est passée de 23 % à 19 % des entreprises actives au Canada entre 2001 et 2015.

AUTANT D’OUVERTURES QUE DE FERMETURES

Le taux d’entrée d’entreprises, soit le nombre de nouvelles entreprises par rapport aux entreprises en activité, est très inférieur à la moyenne canadienne. Les entreprises naissent et meurent constamment, mais au Québec, le nombre de nouvelles entreprises suffit à peine à remplacer celles qui ont fermé.

CULTURE ET RESTAURATION : RETOUR À LA CASE DÉPART

C’est le secteur de l’information et de la culture qui a vu la plus importante création d’entreprises au Québec entre 2001 et 2015. Le secteur de l’hébergement et de la restauration suit en deuxième place. Toutefois, le taux de mortalité de ces deux secteurs est aussi parmi les plus élevés, de sorte que le nombre total d’entreprises (les entrées moins les sorties) n’augmente pas.

LA CONSTRUCTION S’EN TIRE MIEUX

Le secteur de la construction est le seul parmi les 16 secteurs industriels où le nombre de nouvelles entreprises a surpassé le nombre de celles qui ont cessé leurs activités pendant la période 2001-2015. En 2015, le nombre d’entreprises nouvellement créées était au plus bas des 10 dernières années et il équivalait au nombre d’entreprises qui avaient cessé leurs activités.

Malgré un contexte économique de plus en plus favorable, le Québec est encore et toujours à la traîne dans la création et l’attraction de grandes entreprises, révèle une étude du Conseil du patronat du Québec.

La création d’entreprises de 500 employés et plus est en effet moins soutenue au Québec qu’ailleurs au pays, selon le Conseil du patronat du Québec (CPQ).

La province accueillait seulement 19 % des grandes entreprises du pays en 2016, alors qu’en 2001 sa part s’élevait à 21,5 %. L’Ontario compte pas moins de 44 % des grandes sociétés privées du Canada.

Impact économique majeur

Au Québec, ces 276 grandes sociétés comptent pour seulement 0,18 % des compagnies privées de la province, mais c’est là qu’on retrouve plus du quart (27 %) des emplois.

De plus, la rémunération dans les grandes entreprises est 41 % plus élevée que dans l’économie en général. Les salariés de grandes compagnies gagneraient ainsi 9,49 $ de plus par heure que la moyenne des salariés québécois.

Deux motifs qui devraient pousser le gouvernement Legault à en faire plus pour en attirer d’autres.

Nombreux freins

« Au Québec, on a toujours des freins. Plus de réglementation, fiscalité plus lourde pour les entreprises, processus d’immigration pour obtenir le personnel dont on a besoin plus compliqué. Tout ça, ça nuit au développement et à l’attraction des grandes entreprises » affirme le président et chef de la direction du CPQ, Yves-Thomas Dorval.

Les obligations linguistiques imposées par la loi 101 peuvent aussi faire peur à des sociétés étrangères, selon lui. « C’est une opportunité, ou une menace. La langue universelle demeure l’anglais, donc certaines sociétés peuvent se montrer moins intéressées [par le Québec]. »

Contreparties

Ces éléments sont compensés par d’autres comme des coûts immobiliers ou de main-d’œuvre moindres, croit M. Dorval.

La période couverte par l’étude s’échelonne de 2001 à 2016, dernière année pour laquelle des données sont disponibles.

M. Dorval rappelle que l’économie du Québec « va mieux » depuis. Mais la création d’entreprises de grande taille n’a pas pour autant bondi.

« Ce faible nombre de grandes entreprises prive possiblement le Québec d’un apport socioéconomique important », s’inquiète le CPQ.

En 2016, le Québec comptait 219 380 entreprises, soit 3 450 de moins qu’en 2011.

Depuis 2011, le nombre d’entreprises privées en activité baisse au Québec, selon Statistique Canada. En 2016, le Québec comptait 219 380 entreprises, soit 3 450 de moins qu’en 2011, année où ce nombre a atteint un sommet entre 2001 et 2016. Cette tendance à la baisse contraste avec la situation du Canada qui, depuis 2011, voit plutôt son nombre d’entreprises croître. Par conséquent, le Québec, qui accueillait 23 % des entreprises privées canadiennes en 2001, n’en accueille plus que 19 %.

C’est sur le plan de la création d’entreprises que le bât blesse : depuis 2001, elle décroît généralement dans la province, ce qui fait qu’en 2016, le taux d’entrée d’entreprises au Québec (soit le nombre de nouvelles entreprises par rapport à celles qui sont en activité) s’est retrouvé sous la moyenne canadienne (10,3 % comparativement à 12,7 %).

La bonne nouvelle est que le taux de fermeture des entreprises québécoises est inférieur à la moyenne canadienne depuis le début des années 2000, ce qui est positif pour la vivacité de notre économie. En 2016, ce taux s’établissait à 10 % au Québec contre 12,5 % au Canada.

Marino Stozza
Marino Stozza
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