Danièle Thompson raconte La Bûche

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La cinéaste nous a confiés les coulisses de son premier passage à la réalisation avec ce film, diffusé cette après-midi par France 2.

Aviez- vous depuis longtemps en tête l’idée de passer derrière la caméra?

Ce sont toujours plutôt les autres qui ont eu cette idée pour moi. Mon père (Gérard Oury, NDLR), Albert (Koski) qui partage ma vie…. Tous deux me pressaient régulièrement de faire mon film. Sans que je sache très bien ce qu’était précisément «mon film». (rires) Des producteurs me proposaient aussi régulièrement de venir les voir si jamais j’avais une idée. J’étais donc dans une position extrêmement privilégiée.

Alors, un beau jour, j’ai essayé de réfléchir à ce que pourrait être «mon film»! Jusque là, comme scénariste, j’avais eu la chance d’évoluer dans énormément d’univers très différents, entre mon père (La Grande vadrouille…), François Leterrier (Va voir maman, papa travaille), Jean- Charles Tachella (Cousin, cousine), Claude Pinoteau (La Boum…), Patrice Chéreau (La Reine Margot…), Gabriel Aghion (Belle- maman)…

J’ai donc imaginé « mon film » comme le mélange de toutes ces expériences heureuses. Une comédie mais pas seulement une comédie. Raconter les choses de la vie avec plein de rires mais un fond pas vraiment rose, comme nos existences

Comment s’est fait précisément le déclic?

C’est arrivé un jour où nous étions allés avec Albert à une projection à Canal +. La plupart des invités étaient très jeunes. Et, en rentrant chez nous, Albert m’a dit: «c’est dingue, on ne connaissait personne!On doit vraiment passer à la vitesse supérieure pour ne pas être totalement largués» Cette soirée a agi comme une prise de conscience chez moi de la routine dans laquelle je m’étais confortablement installée à enchaîner des scénarios.

Une routine heureuse mais, à la cinquantaine passée, je me suis dit que je devais vraiment essayer d’en sortir. Donc de réaliser. Mais il me fallait pour cela un partenaire d’écriture. Et j’ai donc proposé à mon fils Christopher – qui avait commencé à écrire des choses avec Thierry Klifa – de faire un galop d’essai.

Il y a quelque chose de symbolique dans ce geste, comme une continuité de votre relation avec votre père…

Oui mais ce symbole pouvait aussi être écrasant. C’est la raison pour laquelle je voulais voir concrètement si ce n’était pas une fausse bonne idée. Et il faut croire que non car on continue toujours à écrire ensemble 20 ans plus tard… (rires)

Comment est née précisément l’histoirede La Bûche ?

De cette expérience – commune à beaucoup! – de ces mois de décembre où on se met à préparer une fête qui nous mine! Car Noël ouvre les plaies des familles, met face à vous de manière obligatoire des personnes que vous ne voulez pas voir ou que vous ne pouvez pas blairer, dans des familles décomposées, recomposées… Je trouvais qu’il y avait vraiment une comédie à écrire sur ce malaise lié à la préparation d’une fête. Sur ce choc des contraires qui revient chaque année comme une obligation à laquelle on ne peut se souscrire

Est-ce que le fait de savoir que vous alliez réaliser ce film a changé votre manière d’écrire?

Ca me faisait très peur, j’avoue. Donc dans ma tête, je me suis dit qu’en fait une fois terminé, j’appellerai un cinéaste pour lui confier ce scénario et ne pas le réaliser moi- même. Pour éviter que cela me sclérose totalement. Ce stratagème m’a totalement libérée. Puis une fois l’écriture terminée, ce scénario a été envoyé à des comédiens qui ont tout de suite accepté, j’ai eu un rendez- vous avec un chef opérateur, Robert Fraisse (L’Amant), ma copine Nadine Trintignant m’a fait rencontrer la chef décoratrice Michèle Abbe, collaboratrice notamment d’André Téchiné avec qui je travaille encore aujourd’hui… Bref, je me suis retrouvée à grimper dans un train lancé à pleine vitesse et je ne suis plus descendue…

Comment justement avez-vous composé le puzzle des comédiens dans ce film choral?

J’ai eu la chance que celles à qui j’avais pensé m’ont dit oui tout de suite: Sabine Azéma, Charlotte Gainsbourg, Emmanuelle Béart, Françoise Fabian… Ca a été plus compliqué pour le personnage du père des trois filles. J’avais trois noms en tête. Les trois meilleurs amis du monde: Jean Rochefort, Jean- Pierre Marielle et Claude Rich. Je commence par appeler et rencontrer Rochefort. Mais il me rappelle très vite pour me dire qu’il ne sent pas ce personnage de vieux Juif grincheux.

Soit exactement l’inverse de la manière dont nous l’avions écrit. J’abandonne donc cette idée, la mort dans l’âme et j’appelle Marielle à qui j’envoie le scénario. Sauf que, deux jours après, Rochefort me rappelle pour me dire que finalement il a réfléchi et a envie de le faire. Je lui réponds que je suis désolée mais que sa remarque m’a refroidie et que j’ai envoyé le scénario à Marielle. Il raccroche, forcément un peu mécontent. Et là- dessus, Marielle me rappelle.

Il me dit qu’il a beaucoup aimé le scénario mais qu’il sait que je l’avais envoyé d’abord à Rochefort donc qu’il ne peut pas le faire! Je me retrouve donc sans l’un ni l’autre et avec une ultime option qui n’est autre que leur meilleur copain, Claude Rich ! Je ne peux pas vous dire mon état d’angoisse car ce personnage était essentiel à mes yeux. Je lui envoie mon scénario. Claude le lit dans la nuit et me rappelle le lendemain matin pour me dire qu’il a adoré et va le faire.

Pas un mot de Rochefort et de Marielle de sa part… ni de la mienne! Nous n’en avons en fait parlé que des mois plus tard, lors de la toute première présentation du film au festival de Florence. La projection s’était merveilleusement passée. Nous marchons pour aller au restaurant. Et sur les pavés de Florence, Claude me dit:«Tu sais, Danielle, je sais très bien que tu as proposé le film à Rochefort et Marielle avant moi…» Je lui ai répondu: «Mais Claude, j’ai toujours su que tu savais…» Et on n’en plus jamais reparlé! (rires)

Vous appréhendiez la direction d’acteurs?

J’appréhendais plus la technique puisque je n’ai pas fait d’école de cinéma. Mais, dès que j’ai commencé à tourner, je me suis rendu compte que j’adorais diriger les acteurs. Même si mon tout premier jour fut un cauchemar…

Pour quelle raison?

Peu avant ce premier clap, j’avais pris froid. Une grippe carabinée. Je me réveille un samedi avec 40 de fièvre, clouée au lit, incapable de me lever alors qu’on était censé commencer lundi. Je préviens donc mon directeur de production de mon incapacité à venir sur le plateau le premier jour. Il me répond que c’est absolument impossible. J’ai donc appelé au secours notre médecin de famille qui m’a bourrée de cortisones, d’antibiotiques… et je suis arrivée totalement chancelante ce premier jour. Mais tourner m’a guérie!

Est-ce que vous saviez à la fin de ce tournage que cette expérience de réalisatrice ne resterait pas sans lendemain?

Je savais que j’avais adoré le faire et que j’avais été capable d’aller au bout. Mais si le film s’était planté en salles, de moi- même, j’aurais sans doute renoncé à en réaliser un autre. Je n’ai jamais été dans cette course à la mise en scène comme l’était mon père qui, à la fin d’un tournage, n’avait qu’une envie: en recommencer immédiatement un autre! Dans ces moments- là, la seule question pour moi est de savoir ce que je vais bien pouvoir écrire et non ce que je vais bien pouvoir tourner. C’est mon côté scénariste. On ne change pas les rayures d’un zèbre.

Roberta Flores
Roberta Flores
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