Dans l'est de l'Ukraine en guerre, le coronavirus vient comme une double peine

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Dans l'est de l'Ukraine en guerre, le coronavirus vient comme une double peine

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La région, marquée par les combats depuis près de six ans, voit arriver avec anxiété l’épidémie mondiale.

De notre correspondant à Kiev,

« Le 16 avril est mort un membre des forces armées d’Ukraine dans le service de réanimation de l’hôpital des maladies infectieuses de Lviv. Le décès est dû aux troubles respiratoires causés par le Covid-19, aussi appelé nouveau coronavirus SARS-CoV-2. »

Le communiqué est laconique. Il trahit pourtant la situation extrêmement sensible dans laquelle se trouve l’armée ukrainienne. Depuis le printemps 2014, elle a perdu plus de 4 500 soldats dans les combats contre les forces séparatistes pro-russes soutenues par Moscou, dans l’est du pays.

Les pertes globales du seul conflit actif en Europe approchent les 14 000 morts, selon l’Organisation des nations unies (ONU). Or, le ministère de la Défense doit désormais faire face à un nouvel ennemi mortel qui place face à un dilemme insoluble, les 40 000 soldats déployés le long de la ligne de front et entassés dans des abris de tranchées.

Des risques sanitaires pris en compte

Selon les déclarations officielles, le risque sanitaire est pris en compte, et les hôpitaux de campagne bien préparés. Ils ont été inspectés par le président Volodymyr Zelenskyy, le 11 avril. Les règles d’hygiène et de distanciation sociale semblent néanmoins très relatives. « Les soldats ne portent pas de masques quand ils circulent en ville », témoigne Karina Varfolomeieva, jeune habitante de la ville de Novhorodske, à cinq kilomètres de la ligne de front. Chaque soir ou presque, les bombardements déchirent la nuit. « Les tirs ont été très intenses pendant la première quinzaine d’avril », raconte Karina Varfolomeieva.

Pour la population civile de Novhorodske, comme pour le million de personnes résidant le long des 400 kilomètres de la ligne de front, le coronavirus vient comme une double peine. Cinquante quatre villages ne disposent plus de magasins d’alimentation et beaucoup ne sont plus desservis par les transports en commun. Des produits de première nécessité manquent régulièrement. « Les prix augmentent », confirme Oleksiy Savkevitch, un habitant de la ville d’Avdiivka, aussi sur la ligne de front.

Économie locale à genoux

Ces populations, affaiblies par des décennies de crise économique et six ans de guerre, doivent ainsi renouer avec une logique de survie. Plusieurs études montrent qu’environ 40% des Ukrainiens n’ont aucune épargne pour faire face aux restrictions de mouvement. Les habitants de la zone de guerre, pour beaucoup des personnes âgées, dépendent entièrement des livraisons d’aide humanitaire, désormais occasionnelles.

Les restrictions de mouvement mettent à genoux une économie locale déjà précaire. Les régions de Donetsk et Louhansk sont coupées non seulement du reste du pays depuis début avril, mais aussi des territoires séparatistes. Plus de 30 000 personnes traversaient jusqu’alors la ligne de front quotidiennement : des retraités voyageant en territoire ukrainien pour y toucher leurs pensions ou encore des petits commerçants jouant sur les différences de prix de part et d’autre.

Des infrastructures de santé en péril

« Les conséquences de la pandémie pourraient être dramatiques » dans l’est de l’Ukraine, avertit ainsi l’ONG Première urgence internationale dans un appel commun à plusieurs organisations. Et de rappeler qu’à travers toute la région, ce sont « 3,4 millions de personnes qui auront besoin d’une aide humanitaire tout au long de 2020 ». A Avdiivka, Oleksiy Savkevitch participe à un effort volontaire de distribution de nourriture. Il admet néanmoins « ne pas avoir la possibilité d’aider tout le monde ». Et il ne se fait aucune illusion sur les capacités de résistance du système hospitalier face à l’épidémie.

De fait, les infrastructures de santé de cet ancien bassin minier, dégradées au fil du temps, sont les pires exemples d’un réseau national lui-même très éprouvé. Un des meilleurs hôpitaux de l’Est, à Roubijné, ne pouvait accueillir « que 200 malades du coronavirus » à la mi-mars, selon Konstantin Reutski, directeur de l’ONG Vostok-SOS.

Masques, produits désinfectants et médicaments sont en déficit chronique. Le faible nombre de cas recensés – 12 patients dans la région de Donetsk et 9 cas dans celle de Louhansk – trahit avant tout un manque cruel de tests. Un développement rapide de l’épidémie prendrait l’Est de court, qu’elle concerne les populations civiles, les militaires, ou les territoires séparatistes.

Républiques fantoches, bombes à retardement

Les républiques fantoches de Donetsk et Louhansk, contrôlées par le Kremlin, seraient en effet des « bombes à retardement » selon le Bureau de l’ONU pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Les autorités auto-proclamées ont nié l’épidémie pendant longtemps, avant d’adopter des mesures de confinement fin mars, dans la foulée des annonces de Vladimir Poutine à Moscou.

L’absence de tests, ventilateurs et équipements de protection laisse redouter le pire. Une crainte qui concerne ces territoires non-reconnus en Ukraine autant que les différentes zones grises éparpillées à travers l’ex-URSS : la Transnistrie en Moldavie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud en Géorgie et le Haut-Karabakh en Azerbaïdjan.

Ces entités ont constitué « des poches d’instabilité et de pauvreté » depuis des décennies, avertit un reportage publié par sept médias indépendants de six pays différents. « La pandémie menace d’en faire les pires tragédies du Covid-19 en Europe, avec des millions de personnes abandonnées sans tests ni soins ».

Source du post: RFI

Roberta Flores
Roberta Flores
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