Dans quelles revues ont été publiées les études de Didier Raoult ?

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Question posée le 10/04/2020

Bonjour,

L’équipe de Didier Raoult, à l’IHU Méditerranée Infection, a pour l’instant publié deux études sur l’association hydroxychloroquine-azithromycine pour combattre le Covid-19. Alors que ces études ont déjà été critiquées, vous nous demandez si elles ont été publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture, sérieuses et indépendantes.

Publier dans une revue qui fait l’objet d’une évaluation par les pairs est en effet un gage de sérieux des articles scientifiques.

Ces deux articles ont été publiés dans des revues avec évaluation par les pairs, mais après une prépublication en ligne.

Le premier article sur le traitement initié par l’équipe de Didier Raoult a été diffusé en ligne le 20 mars sur le site MedArchive et par l’International Journal of Antimicrobial Agents (Ijaa), avant sa version imprimée, en version «pre proof» (avant épreuves). Cela signifie, indique le site de l’éditeur, que l’article a été évalué par les pairs et accepté pour publication mais qu’il ne s’agit pas d’une version définitive. Alors que l’essai a été mené sur 26 patients entre le 5 et le 16 mars, le manuscrit de 24 pages était rédigé, envoyé, relu et accepté par un comité de lecture quatre jours plus tard, date de sa publication. Selon un internaute, l’article a même été accepté le jour même de sa soumission.

Malgré tout, en raison de plusieurs défauts, de nombreuses voix se font entendre pour demander la «rétractation» de l’étude, ce qui signifierait que le journal désavouerait cette publication. D’autres ont accusé le rédacteur en chef de la revue, Jean-Marc Rolain de conflit d’intérêts, puisqu’il est également l’un des coauteurs de l’étude et membre de l’IHU.

Un premier communiqué de l’International Society of Antimicrobial Chemiotherapy (Isac), qui réalise le journal, est venu mettre un pavé dans la mare le 3 avril. Son président, Andreas Voss, déclare que «l’Isac partage les inquiétudes à propos de l’article ci-dessus publié récemment dans l’Ijaa. Le board de l’Isac estime que cet article ne satisfait pas les standards attendus par la Société, en particulier en ce qui concerne le manque d’explications sur les critères d’inclusion et la répartition des patients pour s’assurer de leur sécurité».

Evaluation par les pairs additionnelle

Samedi 11 avril, un communiqué conjoint de l’Isac et d’Elsevier, le groupe d’éditeurs de littérature scientifique qui publie l’Ijaa, annonce qu’une relecture par les pairs «additionnelle» est en cours. Tout en précisant que «le processus de l’examen par les pairs, selon les standards du journal, a été respecté pour la publication de ce journal», le texte avance : «A présent, un examen par les pairs indépendants et additionnel est en cours pour vérifier si les préoccupations à propos du contenu de ce papier sont fondées. Puisque cet examen post-publication est en cours, il serait prématuré de commenter en ce moment.»

Que peut-il se passer après une nouvelle évaluation par les pairs ? «Les auteurs de l’étude ont été contactés et on leur a demandé de répondre à ces préoccupations. Selon leurs réponses, une correction au dossier scientifique pourra être envisagée conformément aux politiques d’Elsevier et du comité sur l’éthique de la publication (Cope).» Les mesures envisagées peuvent aller de la correction au retrait de l’article. Contacté, l’IHU indique n’avoir pas de commentaires à ajouter.

Pour autant, à propos des accusations de conflits d’intérêts, celles-ci sont balayées par l’Isac, qui rappelle dans ses deux communiqués que «pour minimiser les biais potentiels, puisque l’un des auteurs de l’article est le rédacteur en chef du journal, le rédacteur en chef n’a pas été impliqué dans l’examen par les pairs du manuscrit, et conformément au processus établi, l’examen par les pairs du manuscrit a été délégué à un rédacteur en chef adjoint».

Pré-publications en ligne

La deuxième étude de l’équipe de Didier Raoult a elle aussi été publiée en ligne avant d’être publiée par un journal. Mais, contrairement à la première, cette prépublication en ligne n’a pas fait l’objet d’une évaluation par les pairs puisqu’elle a directement été mise en ligne sur le site de l’IHU le 27 mars. Avant d’être finalement publiée dans Travel Medicine and Infectious Disease samedi 11 avril. Ce qui signifie que l’article a été soumis à un examen par les pairs entre le 27 mars et le 11 avril, et ce qui explique pourquoi les deux versions ne sont pas les mêmes mot pour mot.

Comme le fait remarquer un journaliste, le premier auteur de l’article, Philippe Gautret, est par ailleurs rédacteur en chef adjoint de cette revue. 

Depuis, l’IHU Méditerranée Infection a décidé de prépublier sur son site toutes ses études, avant acceptation par une revue. Mettant en avant les «délais trop importants» de la publication conventionnelle, l’IHU explique : «Compte tenu de la vitesse d’évolution de l’épidémie et des besoins de renseignements permanents pour la communauté scientifique, associé à la difficulté des déplacements, la fondation a décidé de mettre online les articles soumis (preprint).»

La pratique n’est pas nouvelle dans le domaine de la recherche, et a été popularisée par des sites tels que BioArchive (Biorxiv) et MedArchive (Medrxiv). Sur ces deux sites, 1 606 études sur le Covid-19 sont déjà recensées. Ces prépublications sont «des rapports de travail préliminaires qui n’ont pas été certifiés par l’évaluation par les pairs. On ne devrait pas s’appuyer dessus pour guider la pratique clinique et une attitude en rapport avec la médecine, et ils ne devraient pas être évoqués dans les médias comme une information établie», note MedArchive.

En janvier 2019, une note de Nature (elle-même publiée sur BioArchive) a passé en revue tous les articles publiés sur le site de prépublications en ligne depuis sa création fin 2013. En 2018, plus de 1 700 articles par mois y ont été publiés. On y apprend que les prépublications augmentent : «Les chercheurs ont posté plus de prépublications sur la seule année 2018, que pendant les quatre années précédentes», et que 42 % des études pré-publiées ont finalement été publiées dans une revue scientifique avec évaluation par les pairs.

Cordialement,

Mise à jour mercredi 15 avril à 11H45: précision sur le premier auteur de l’article.

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Pauline Moullot

Source du post: Liberation.fr

Pascal Guy
Pascal Guy
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