Déconfinez-moi, oui mais pas trop vite

Share on email
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
montant des aides, stratégie de "déconfinement", distribution des masques... Les questions qui restent en suspens après l'allocution de Macron

Plus ou moins rigoureux selon le pays, le confinement de la population frappe aujourd’hui plus de la moitié de l’humanité. Une telle réponse à une maladie infectieuse, à cette échelle, est totalement inédite, et ses coûts sociaux sont considérables. Pour le premier mois, la perte de production serait de l’ordre de 30 % en France, certains secteurs comme la restauration, l’hôtellerie ou le transport aérien souffrant d’un effondrement quasi total de leur activité. Des milliers d’entreprises, aujourd’hui, n’ont plus aucune recette ; sans revenu, celles dont la situation était déjà fragile avant l’épidémie n’ont pas les moyens de payer leurs travailleurs. A court terme, l’indemnisation du chômage partiel permet heureusement, en France, de limiter la perte de revenu de millions de salariés. Mais 60 ou 70 milliards d’euros de biens et de services n’ont pas été produits : ils ne pourront être consommés par personne. Le confinement généralisé entraîne une telle chute du revenu réel qu’il ne figure pas parmi les outils classiques de la santé publique, ceux dont l’efficacité a pu être évaluée à l’occasion des épidémies passées, ce qui permet de mieux comprendre comment les mettre en œuvre. On navigue donc à vue, on confine à l’aveugle, et aucune expérience passée ne fournit d’éclairage sur la manière d’y mettre un terme. Comment déconfinera-t-on ? Quand ?

Faut-il attendre que l’épidémie de Covid-19 soit éradiquée, et que nous soyons débarrassés de ce maudit virus ? L’épidémie est aujourd’hui si répandue que c’est là un objectif hors de portée : parmi la quarantaine de maladies infectieuses contre lesquelles un vaccin efficace permet de prévenir la contamination, seule la variole a pu être éliminée de la surface de la Terre. Si l’éradication est si difficile, c’est qu’au fur et à mesure qu’on se rapproche de l’objectif, avec la diminution du nombre de cas et le risque de contamination qui baisse, chacun est moins incité à faire preuve de prudence : c’est ce qu’une des premières études combinant analyse économique et modélisation épidémiologique avait mis en lumière (1).

Nous devrons donc apprendre à vivre avec ce risque. Même si un pays parvient à se débarrasser totalement du virus, tant qu’une part suffisamment importante de sa population n’est pas immunisée, il restera à la merci d’une nouvelle flambée épidémique causée par un cas «importé». Or il n’existe que deux manières de parvenir, de manière durable et sans avoir à restreindre les interactions physiques à un niveau élevé de protection d’une population contre une épidémie. Pour certaines infections, les personnes contaminées puis guéries ne risquent pas d’être à nouveau contaminées, ni contaminantes ; une diffusion large de l’épidémie peut ainsi protéger la population contre une nouvelle vague pandémique. Cette stratégie d’immunité collective, semble-t-il envisagée en Suède et dans un premier temps en Grande-Bretagne, nécessite toutefois de pouvoir faire face à des millions de cas, et de pouvoir soigner et prendre en charge les cas les plus graves. On sait que ce serait aujourd’hui impossible, aucun système de soins, dans aucun pays, n’en ayant les capacités. L’autre stratégie permettant d’atteindre un niveau élevé d’immunité collective passe par la vaccination massive, mais encore faut-il qu’un vaccin existe ; de très nombreuses équipes de recherche, publiques et privées, travaillent à mettre au point un vaccin contre le Covid-19, mais tant reste à comprendre sur une maladie encore inconnue il y a quelques mois que, dans le meilleur des cas, un vaccin ne sera pas disponible avant au moins un an.

En attendant, il va bien falloir faire évoluer les modalités du confinement et permettre à chacun de tirer à nouveau un revenu de son travail. Si l’on parvient à réduire très fortement l’épidémie, et lorsque des tests permettant de détecter les nouveaux cas et d’identifier les personnes immunisées seront disponibles à très grande échelle, des stratégies de dépistage massif, d’isolation stricte des cas et de traçage des contacts, qui ont démontré leur efficacité, permettront d’éviter d’avoir à nouveau recours au confinement à l’aveugle lorsque, comme c’est hélas très probable, l’épidémie reviendra. Mais sans vaccin, et en attendant de pouvoir procéder rapidement à des millions de tests, la chanson qui occupera nos esprits, pour les plus privilégiés seulement chamboulés par l’isolation sociale comme pour tant d’autres angoissés par l’obligation de travailler dans des conditions de sécurité incertaines, risque fort de pasticher Juliette Gréco : «Déconfinez-moi, déconfinez-moi ! Oui mais pas tout de suite, pas trop vite…»

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
Inscrivez-vous à notre newsletter

Sign In QUÉBEC 89

Account details will be confirmed via email.

Reset Your Password