Diego Maradona, du « bostero » de Buenos Aires au « Dieu » du football

Share on email
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Diego Maradona, du "bostero" de Buenos Aires au "Dieu" du football

Au moment où il devint Dieu, il cessa de l’être. Le but de la main de Diego Maradona lors de ce quart de finale du Mondial 1986 face à l’Angleterrefut immédiatement décritcomme divin par certains, condamnable par d’autres. Ilfait encore, 30 ans plus tard, bruire les bars et les cafés de Buenos Aires, perdus dans l’adoration de leur icône. La « manos de Dios » était l’œuvre d’un homme qui n’a cessé de cultiver, sa vie durant, l’ambivalence des êtres d’exception : Diego Armando Maradona. Si, aujourd’hui le monde du sport pleure la disparition de l’un de ses plus grands esthètes, c’est d’abord à travers la mythologie qui entoure cet instant.Un geste, plutôt qu’une vie. Une fulgurance, plutôt qu’une discipline. Et, pour Maradona, que celle-ci soit validée ou pas par le plus grand nombre, qu’importait: tant qu’il y avait l’extase derrière…

El Pibe de Oro : le messie des bosteros

Cet amour du beau geste, il l’a développédès ses plus jeunes années, dans le bidonville de Villa Fiorito.Né le 30 octobre 1960 à l’hôpital Eva Perón de Lanús, Diego Maradona a grandi dans une famille modeste de paysans originaires de la province de Corrientes.Ses parents charbonnent nuit et jour pour ramener de quoi survivre à leurs enfants ; le petit Diego goûte très tôt à la précarité et aux lendemains incertains. « Je ne suis pas magicien. Les magiciens vivent à Villa Fiorito. Il faut l’être pour vivre avec seulement 400 pesos (environ 15 euros) par mois », affirmera-t-il par la suite au crépuscule de sa carrière.

Dans cette enfance laborieuse, le football de rue est pour lui une vraie boufféed’oxygène. Il joue des centaines de matchs dans les rues poussiéreuses de la Villa Fiorito, sur le terrain vague mythique du « portrero« , et s’y forge des premières bases de technique et de rugosité physique. A 10 ans, il est remarqué par un recruteur au club local d’Argentinos Juniors. C’est le début de la folie Maradona en Argentine, puisque le petit joueur attire très vite les médias de la ville, puis du pays, avec son talent hors normes.

Diego Maradona porté en héros après la victoire de Boca Juniors lors du championnat 1981.

© AFP

Au début des années 80, sa réputation atteint même l’Europe. Les plus grands clubs du monde se pressent à la porte pour recruter le génie de Buenos Aires. Mais la dictature de la junte militairene le voit pas de cet œil. « Diego Maradona ne partira pas du pays avant le Mondial 1982 »,affirme en 1981 le président de la fédération argentine de football, Julio Grondona. Dès ses 20 ans, Maradona est ainsi l’objet de toutes les convoitises.Il finit par rester, et choisit le club de Boca Juniors, où il ne restera qu’une saison. Mais quelle saison. Elle fut l’une des plus riches et l’une des plus fortes en émotions de sa carrière. Surtout, elle fut fondatrice de l’aspect christique du personnage.

Porté aux nues par l’un des plus fervents groupes de supporters au monde, Maradona y a laissé une trace inégalable. Plus que ses buts, c’est son attitude qui fut très vite adoptée par les supporters. Il était un vrai bostero (un « bouseux », surnom donné aux supporters de Boca Juniors). « (…) Ilincarne la rue, la passion, la virtuosité, la ruse, la malice, la débrouillardise, toutes ces choses qu’on acquiert en jouant dans des rues non goudronnées », expliqueOmar da Fonseca dans Maradona – Fou, génial et légendaire. C’est là, dans les stades bouillants d’Argentine et face au grand rival de Riverplate, que s’est vraiment forgé son surnom El Pibe de Oro.

« Un dieu très humain »

Le 17 août 2015, Diego Maradona effectue l’undes pèlerinages de sa vie – toujours habilement mis en scène et volontairement transgressif – chez un certain Ali Ben Yasser. C’était l’arbitre du match Argentine-Angleterre de la Coupe du monde 1986. Celui qui a laissé la »Main de Dieu » frapper. Maradona lui offre un maillot avec la dédicace : « pour Ali, mon ami éternel. » Au-delà de l’opération de communication, Maradona continue de bâtir sa mythologie.

Celle-ci avait donc pris racine dans ce match historique face à l’Angleterre en quarts de finale du Mondial 1986, sa deuxième Coupe du monde après celle de 1982 où il fut – déjà – capitaine. Ce jour-là, il marque les deux buts de son équipe en quatre minutes. Le premier est entaché d’une faute de main, le deuxième est une improbable action personnelle. Il dira après le match que son premier but avait été marqué « un peu par la tête de Maradona, un peu par la main de Dieu ».

Diego Armando Maradona lors de la finale Argentine - RFA (3-2) de la Coupe du Monde 1986 à Mexico
Diego Armando Maradona lors de la finale Argentine – RFA (3-2) de la Coupe du Monde 1986 à Mexico

© SVEN SIMON / PICTURE-ALLIANCE / DPA

Le mythe du demi-dieu s’ancre un peu plus lorsqu’il débarque à Naples en 1984, après deux saisons au FC Barcelone.Maradona y évoluera pendant sept saisons, le temps d’y marquer 81 buts en 133 matchs, et d’y gagner entre autres deux championnats d’Italie et une Coupe UEFA. Comme à Boca Juniors, il épouse les contours du club et de la ville de Naples, contrastée, extatique ; à la fois attirante et repoussante, élégante et sale. Le « dieu très humain » que décrit le réalisateur Asif Kapadia dans son film « Diego Maradona » se marie ainsi parfaitement avecce cadre, et les supporters s’y retrouvent.

Dieu « très humain », sous-entendu bardé de défauts, Maradona l’est avant tout par ses frasques et son attitude de rebelle qu’il ne perdra jamais vraiment. Après une nouvelle finale de Coupe du monde avec l’Argentine en 1990, Maradona décline sérieusement, notamment en raison de ses dérapages. Condamné à 15 mois de suspension à la suite d’un contrôle positif à la cocaïne enregistré le 17 mars 1991, puis à douze mois de prison avec sursis par la justice italienne, l’Argentin se laisse plus que jamais aller à ses travers. Il participe à une dernière Coupe du monde en 1994, mais n’y joue que deux matchs, après un nouveau contrôle positif à l’éphédrine. Son addiction à la cocaïne et sa propension à prendre du poids le conduiront à faire plusieurs attaques cardiaques à la fin des années 90 et dans les années 2000.

Loin de camoufler ses défauts, le génial Argentin a même eu plutôt tendance à les exhiber. Comme s’il avait toujours mis un point d’honneur à rejeter une perfection et une pureté qu’il estimait trop lointaine de son identité de bostero. Même lorsqu’il rend visite au pape François, il ne peut s’empêcher de faire valoir sa propre vision de ce que doit être le divin :« Je me suis fâché avec le pape.Je suis allé au Vatican : le plafond était recouvert d’or. Et après, on nous dit que l’Eglise se préoccupe des plus pauvres. Mais putain, mec, vends le toit ! Fais quelque chose ! » Ses plus fervents supporters ont, eux, concrétisé jusqu’au bout l’aspect religieux de la personnalité de Maradona.En 1998, est fondée l’Église de Maradona à Buenos Aires, un mouvement religieux à part entière portant sur le culte de Maradona.

Un autel en hommage à Maradona à Naples
Un autel en hommage à Maradona à Naples

© AFP

Ilcompte aujourd’hui plus de 100 000 adeptes. L’année liturgique est marquée chaque année par son anniversaire. Le 25 octobre2020, nous étions doncentrés en 60 après « D.D » (despues de Diego, c’est-à-dire après Diego). La main de Dieu se sera donc hissée jusque-là.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
Inscrivez-vous à notre newsletter

Sign In QUÉBEC 89

Account details will be confirmed via email.

Reset Your Password