Du primaire au supérieur, où en est la mobilisation des profs ?

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Ils envoient des messages, avec des listes à rallonge de bahuts mobilisés. S’énervent à coup de : «Nous restons mobilisés, pourquoi est-ce si peu médiatisé ?» «On va bloquer. Venez ! Il faut que ça se sache.» Dans les rangs des enseignants, une partie des troupes se décourage de crier dans le vide. D’autres, au contraire, envisagent des actions plus dures encore, pour être visibles. Le conflit dure, les motifs de colère se mêlent et s’emmêlent, avec le risque que plus personne n’y comprenne rien. Aux retraites sont venues se greffer la réforme du lycée et même les évaluations nationales du primaire. Pendant ce temps, rue de Grenelle, le ministre continue de dire, comme dimanche sur France Inter, que les actions relayées dans les journaux ne sont qu’un «effet loupe» qui ne représente pas la réalité. Pourtant, des signaux, de la maternelle au supérieur, interrogent.

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Dans le primaire, confetti et écoles fermées

La journée de grève de vendredi devrait à nouveau être bien suivie dans les écoles maternelles et élémentaires. Le SnuiPP (principal syndicat du primaire) parle de 40% d’enseignants grévistes. A Paris, soixante-dix écoles devraient être complètement fermées et un enseignant sur deux s’est déclaré en grève. Le principal motif de mobilisation reste bien évidemment la réforme des retraites, mais tous le répètent dans les cortèges : cette réforme suscite d’autant plus de ras-le-bol qu’elle vient s’ajouter à beaucoup d’autres choses. Des directives, des injonctions contradictoires qu’ils encaissent, et là débordent. Illustration mercredi à Paris : une centaine d’instits, rassemblés près du ministère de l’Education, ont jeté en l’air une pluie de confettis… faits à partir de fiches d’évaluations d’élèves et de manuels scolaires déchiquetés ! Un geste symbolique fort, pour protester notamment contre ces fameuses évaluations nationales imposées à tous les élèves de CP et de CE1.

Dans les collèges, des cadenas et des blocages

Jusqu’ici, les collèges paraissaient «à l’abri» des perturbations. Pas tant parce que les professeurs étaient moins grévistes qu’ailleurs, mais plutôt parce qu’à la différence des écoles, les chefs d’établissement n’ont pas le droit de fermer les portes du collège sans l’accord du rectorat. Lors des grosses journées de mobilisation, certains collèges restaient donc ouverts, avec un tout petit nombre de profs et/ou de surveillants. Ces derniers jours, de nouvelles formes d’actions changent la donne. Dans l’Est parisien par exemple, des profs grévistes se réunissent chaque matin… pour aller bloquer le collège voisin : «On arrive avec des cadenas, et des parents d’élèves mobilisés, on empêche l’accès. Plutôt que de le faire dans notre collège et de risquer des sanctions du chef d’établissement, on le fait dans les collèges du quartier. Et vice-versa», explique une enseignante, qui raconte que l’idée est née en s’inspirant «des camarades de la RATP qui font ça pour bloquer les dépôts». A Bordeaux, aussi, des opérations «collèges morts» étaient organisées ce jeudi, comme le rapporte Sud-Ouest. En Martinique, le mouvement est très suivi, 42 collèges publics sur les 43 de l’île sont bloqués ce jeudi.

Dans les lycées, la mobilisation autour du bac continue

La situation est particulière dans les lycées, et assez difficilement lisible pour les non-initiés. Un autre motif de colère est venu supplanter le conflit des retraites : l’opposition d’une partie des équipes contre les conditions de mise en application de la réforme du bac.

Ce n’est pas tant la réforme sur le fond (notamment la suppression des séries S, ES et L) qui énerve les professeurs, mais plutôt la rapidité avec laquelle cette réforme, conséquente, est mise en musique. Avec ce sentiment, partagé dans les salles de profs, que le ministère n’a pas anticipé les conséquences concrètes et en cascade de cette réforme. L’organisation des E3C, sorte de partiels que les élèves de première passent en ce moment, en est le parfait exemple. Les profs avaient par exemple alerté sur l’évident risque de fuite des sujets sur les réseaux sociaux si tous les élèves ne passaient pas les épreuves le même jour…

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Pour protester, des professeurs ont décidé de perturber ou d’empêcher la tenue des épreuves. Impossible d’avancer un chiffre précis sur l’ampleur des perturbations, l’écart entre les chiffres ministériels et syndicaux est tel qu’il n’a aucun sens… Un élément interroge cependant ce jeudi : ce communiqué très virulent du SNPDEN, le principal syndicat des chefs d’établissement, «qui dénonce vigoureusement les actes inadmissibles qui ont lieu depuis quelques jours à l’occasion des épreuves du baccalauréat en première (E3C) qui ne peuvent se tenir et doivent être reportées, parfois même après avoir été commencées».

Dans le supérieur, les enseignants-chercheurs s’y mettent

Si le mouvement reste peu suivi du côté des étudiants, les enseignants-chercheurs et doctorants, eux, sont de plus en plus visibles dans le mouvement contre les retraites. Mercredi soir, à Lille, des enseignants-chercheurs en lutte s’organisaient une cérémonie de vœux alternatifs, comme le raconte la correspondante de Libération.

Et puis, il y a ces images, qui tournent sur les télés et réseaux sociaux, de ce doctorant, le visage en sang en marge des vœux de la ministre de l’Enseignement supérieur : «La réponse de notre ministre, c’est mon visage. C’est simple, c’est la fac qui est en sang, c’est la recherche qui est en sang et ce sont les facs des périphéries, où vont les étudiants des milieux populaires, qui souffrent le plus.»


Marie Piquemal

Source du post: liberation.fr

Marino Stozza
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