Edouard Philippe: «Le déconfinement, ça n’est pas pour demain matin»

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Opération communication, acte 3. Après une première conférence de presse samedi puis une audition, mercredi soir, à l’Assemblée nationale, Edouard Philippe passait jeudi soir, sur TF1 et LCI, à la phase «grand public» de ses «explications» sur la «difficile» crise sanitaire et économique que traverse la France depuis près de trois semaines. Un exercice de «pédagogie», comme on le qualifie dans les rangs de l’exécutif, sans contradiction politique, mais, semble-t-il nécessaire à l’heure où la confiance dans le couple exécutif faiblit et les polémiques (masques, tests, durée du confinement…) se multiplient.

Nécessaire aussi pour éviter tout «relâchement» dans le confinement des Français alors qu’arrivent les fêtes de Pâques et les belles journées de printemps : «Le virus n’est pas en vacances, a rappelé fermement le Premier ministre. Le confinement, ce n’est pas se déplacer.» Edouard Philippe a prévenu que des «contrôles» se multiplieront pour empêcher une propagation du virus sur l’ensemble du territoire. «Il ne doit pas y avoir de départ en vacances dans les jours qui viennent. Aucun», a-t-il insisté. Rejoindre sa famille à l’autre bout du pays, cela «viendrait ruiner l’effort collectif que nous consentons depuis trois semaines», a-t-il prévenu. Conscient d’avoir peut-être commis une erreur en ouvrant, la veille devant les députés, la question du «déconfinement», le chef du gouvernement, en direct depuis Matignon, a reconnu que «dès que l’on formule des nouvelles positives […] on prend le risque d’une démobilisation». Les Français «doivent respecter et continuer à respecter ce confinement», a-t-il martelé.

«Stocks limités» pour certains médicaments

Résultat, a prévenu Edouard Philippe, «le déconfinement, ça n’est pas pour demain matin». Tout le monde est prié de rester chez soi pour ralentir la propagation du coronavirus Sars-Cov-2 «au moins jusqu’au 15 avril» et «probablement plus longtemps». Et s’il a avoué – une ligne dans la communication du Premier ministre depuis samedi – qu’il n’avait «pas toutes les réponses», le Premier ministre a confirmé que le gouvernement était «en train de réfléchir à la façon (de) procéder à ce déconfinement». Avec au moins deux «inconnues» : la découverte d’un «traitement» dans les semaines qui viennent et la «circulation du virus dans la population française». «Si une grande partie a développé le virus, ce n’est pas du tout la même chose que si c’est une petite partie», a-t-il expliqué, esquissant la piste d’un déconfinement régional lorsque le pays sera doté de tests sérologiques : plus une population sera «immunisée» car en contact avec le coronavirus, plus elle aura des chances de reprendre une vie normale. «Ce qui est à peu près acquis», a insisté Philippe, c’est que ce déconfinement sera «progressif».

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Rendant hommage aux personnels soignants et à l’«exploit logistique» des transferts de patients de l’Est ou d’Ile-de-France vers d’autres régions françaises moins touchées, le Premier ministre a assuré que «notre système hospitalier […] tient». «Il tient avec de très nombreuses difficultés», a-t-il concédé, confirmant qu’après la pénurie de masques, c’est celle de certains médicaments utilisés dans les services de réanimation qui guette les hôpitaux. «C’est une des questions les plus sensibles et les plus délicates que nous devons affronter en ce moment», a souligné Philippe, rappelant «une augmentation de près de 2 000%» dans l’utilisation de ces molécules. Selon lui, «un certain nombre» de ces médicaments «est en stock suffisant» dans les hôpitaux ou les usines des industriels. Mais «pour d’autres de ces molécules, les stocks sont plus limités», a-t-il concédé, validant les «inquiétudes» des médecins. «C’est un des combats essentiels que nous menons», a promis l’ex-maire du Havre.

Le bac en «contrôle continu»

Quant aux conséquences de cette crise sanitaire sur la vie de la Nation, Edouard Philippe a confirmé que les épreuves du baccalauréat 2020 seront organisées «d’une façon totalement neuve et totalement originale», privilégiant de son côté «la piste du contrôle continu» avant une conférence de presse, ce vendredi, du ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, sur le sujet. Pour les élections municipales, le chef du gouvernement – lui-même concerné au Havre où il a été mis en ballottage – a rappelé que la décision serait prise le 23 mai et qu’il ne sera «pas question» de revenir sur les résultats des plus de 30 000 communes où une liste l’a emporté dès le 1er tour. En revanche, pour les 5 000 communes où le second tour a été reporté, c’est l’ensemble du scrutin qui pourrait se rejouer, «peut-être en octobre, peut être après», a-t-il estimé.

Sur le front économique, Edouard Philippe a défendu les mesures prises ces derniers jours par son gouvernement pour maintenir le «muscle» des entreprises grâce notamment au chômage partiel qui concerne désormais 4 millions de personnes. «La pire des choses […] ce serait d’augmenter les impôts», a-t-il promis, réclamant une coordination européenne pour la future relance. Comment rétablir les comptes demain ? «En ce moment, on n’en est pas là. En ce moment, on se bat», a balayé le Premier ministre, avant d’insister sur un «message d’espoir» tout en poursuivant dans le registre du responsable politique «humain» dans une crise sanitaire sans précédent : «Il peut donc m’arriver de me tromper, ce qui n’est jamais simple.» Registre que risque d’utiliser le chef du gouvernement encore un moment.

 


Lilian Alemagna

 

 

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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