En Allemagne, la rude convalescence des "ressuscités"du coronavirus

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Le personnel soignant discute des cas de malades du Covid-19 à l

J’ai eu de la chance »: Martina Hamacher, 60 ans, vient de passer sa première nuit sans assistance respiratoire, après plusieurs semaines de maladie, dont 20 jours en réanimation.

Portant encore sur elle tubes et câbles qui lui ont permis d’échapper à la mort, elle fait partie des premiers cas de Covid-19 en Allemagne et du foyer initial qui a éclaté fin février dans la région de Heinsberg (ouest).

L’hôpital universitaire proche d’Aix-la-Chapelle s’est vite adapté à l’afflux, à l’image du système de santé allemand: aujourd’hui, au moins 11.000 places en réanimation sont encore libres dans le pays, alors certains pays comme l’Italie ou la France en manquent.

– Modèle –

L’Allemagne fait figure de modèle en Europe dans le traitement de la pandémie, avec un taux de mortalité de 2,9%. Il a certes augmenté ces dernières semaines mais reste bien inférieur à ceux affichés par la plupart des autres pays.

A Aix-la-Chapelle, les unités de réanimation de cette immense clinique sont loin d’être débordées — et ne l’ont jamais été.

A travers des portes jaunes coulissantes entrouvertes, on aperçoit, depuis le couloir de l’unité de réanimation aux 17 lits, des hommes et femmes endormis, dénudés, incapables de survivre seuls. Pour beaucoup, les poumons ne sont qu’un des organes qui a défailli à cause du nouveau coronavirus.

Sous des bip incessants des machines, qui font office de poumons ou de reins, les soignants travaillent sur ces corps branchés — protégés derrière leurs masques, gants et blouses de protection.

« Cela fait parti de notre devoir, on a besoin de nous et on répond présent », commente Kathi, une infirmière.

Le personnel soignant discute des cas de malades du Covid-19 à l’hôpital universitaire de Aachen, le 15 avril 2020 (AFP – Ina FASSBENDER)

« Il est important pour moi que les soins intensifs ne soient pas seulement associés à la mort et aux machines », juge Gernot Marx, directeur du département des soins intensifs.

« Nous ramenons la plupart des patients à la vie, pas grâce au nombre de machines mais aux personnes qui travaillent et se donnent », dit-il.

Sans l’implication des soignants « je ne pense pas que je serais encore là », lâche Mme Hamacher.

« Ca a commencé doucement », avec quelques patients au compte-gouttes, se souvient M. Marx.

« On a compris qu’il fallait profiter du temps pour se préparer, car les images venant de Bergame (en Italie) nous ont tous beaucoup effrayés. On était décidé à ce que ça ne devienne pas réalité ici », ajoute-t-il.

En quelques jours, le nombre de lits en soins intensifs est passé de 96 à 136 actuellement. Soixante-dix places supplémentaires sont rapidement mobilisables.

L’hôpital compte en ce moment 51 patients infectés, dont 35 en soins intensifs.

Pour Mme Hamacher, tout a commencé « comme une grippe » avec un « peu de fièvre ». Mais très vite le virus est monté en puissance.

– Asphyxie –

« Je n’ai jamais vécu une chose pareille, ce sentiment de ne pas pouvoir respirer… c’est impossible à décrire, ça restera toujours dans la tête », dit-elle, alors qu’un long chemin reste encore à faire.

« Chez les patients atteints de Covid-19, on a de longues périodes de ventilation mécanique, et si cela sauve la vie dans un premier temps, les poumons sont endommagés », explique à l’AFP le médecin Anne Brücken.

Après plusieurs semaines d’assistance respiratoire, « les patients n’arrivent pas à quitter la ventilation facilement ». Ce sevrage dure une ou deux semaines et vise à progressivement réduire la dépendance aux machines.

« Plus la ventilation dure, plus les muscles que nous utilisons d’habitude pour respirer s’affaiblissent » et « il faut parfois réapprendre à avaler », explique Mme. Brücken.

Puis, les patients sont souvent orientés vers des centres de convalescence, pour encore plusieurs semaines.

Dans la nouvelle chambre de la sexagénaire, trois dessins de ses petits-enfants décorent le mur. Pour entrer, masques et blouses restent obligatoires et les visites interdites.

« Ce serait quand même mieux si quelqu’un pouvait venir de temps en temps, ça fait longtemps, surtout pour les petits », reconnaît Mme Hamacher.

Mais ce n’est qu’un détail: « Je me sens comme une reine aujourd’hui, les choses s’améliorent » lance-t-elle, un timide sourire aux lèvres. « La vie est belle, peu importe ce qui vient maintenant, il faut en profiter », dit-elle.

Source : Sciences

Roberta Flores
Roberta Flores
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