En guerre contre l’ennui : des tourbillons de soie, des explosifs et des reprises

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Avec un boa constrictor. Moulé dans une délicieuse combinaison de gymnaste, la cape au vent, Fantômas flotte avec morgue sur fond de vue parisienne, par la grâce d’effets spéciaux qui furent un jour – il faut s’en convaincre- du dernier cri. Au menu de cette minisérie dont Claude Chabrol et Juan Luis Buñuel se partagèrent la réalisation en 1980 : meurtre au boa constrictor, inspecteurs en tweed et tourbillons de soierie dans des reconstitutions Années folles. Ici, le prince du crime, qu’une adaptation bouffonne des années 60 avait légué à Louis de Funès et Jean Marais, prend corps dans une ambiance autrement plus inquiétante, sous influence fantastique. Ce genre de gourmandises rétro se chine (gratuitement pendant trois mois) sur le service de streaming de l’INA, Madelen, où s’amoncellent les trésors de l’audiovisuel d’antan comme dans une malle au fond du grenier.

Avec des héros paradoxaux

Est ce qu’un type obsédé par l’ordre, collectionneur d’armes, obèse assez bas du front, ado attardé et régressif vivant chez sa mère, peut devenir le héros d’un film ? C’est le pari du libertarien Eastwood avec le Cas Richard Jewell, nouvelle pièce à ce dossier qu’il instruit de longue date où s’accumulent, pour la gloire ou les ténèbres, les figures paradoxales, mal aimées, mal défendues, mal comprises. Jewell est ce vigile qui, lors d’un concert d’ouverture des Jeux olympiques à Atlanta en 1996, sauve des centaines de vies en repérant un sac rempli d’explosifs. D’abord porté aux nues, il est bientôt soupçonné d’être l’initiateur de l’attentat. Eastwood se déchaîne ici à la fois contre la presse (qui s’acharne contre celui qu’elle décrit comme «un homme blanc frustré») et le FBI (qui veut son coupable au plus vite sans égard pour la vérité). La force du film tient à l’ardent désir d’autorité et de norme du personnage de Jewell, avec ses valeurs refuge de «protéger et servir», qui ne veut pas comprendre que ce sont elles qui sont en train de le broyer vivant.

Le Cas Richard Jewell de Clint Eastwood

Avec des remix lo-fi. Ce confinement avait-il besoin d’une reprise lo-fi de la Lambada ou d’un Mambo n° 5 version goth ? Assurément. La jeune garde du rock indépendant français, qu’il soit noise, garage ou emo, a donc profité de ses semaines cloîtrées pour joyeusement régresser vers les années 90 et 2000 et produire 41 reprises, réunies par le label Kids Are Lo-Fi dans une mégacompile pour la bonne cause : les fonds récoltés iront au Secours populaire. Il y a à boire et à manger dans ce Sick Sad World : si certains ont choisi de s’attaquer à des pièces nobles (le hanté Just You de la BO de Twin Peaks, par Ellah A. Thaun), la plupart se sont réservé de gourmands morceaux NRJ Hits. Parmi ceux-là, on conseille le Crazy in Love grunge de TH da Freak ou Ace of Base enténébré par Delacave.

Avec des poupées de chiffon

On n’est pas vraiment entre adultes consentants. Sur scène, des danseurs portent, articulent, animent des corps inertes d’enfants de 6 à 12 ans. Sont-ils endormis, morts ou transformés en poupées de chiffon ? Est-on spectateur d’un jeu innocent ou témoin de scènes de violence ? La somme de projections et d’ambiguïtés morales charriées par Enfant font de ce spectacle en monochrome noir une des plus belles œuvres de Boris Charmatz. Et une pièce exemplaire de ce que signifie créer pour la cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon : répondant à la commande du Festival en 2011, le chorégraphe avait choisi de prendre comme point de départ la somme d’engins de chantier dévolus au montage des gradins et des installations lumière (grue, tapis roulants, baudriers, etc.). Personnages principaux de ce ballet mécanique – où il s’agit pour tout un chacun de se laisser ou non manipuler -, ils agissent ici comme une vaste et inquiétante métaphore de nos relations sociales.

Avec des joujoux extra

Jeff Wysaski pratique l’une des seules formes d’art à pouvoir braver le confinement : depuis plusieurs années, cet plaisantin de génie mieux connu sous le nom d’Obvious Plant crée des jouets qu’il dissémine en catimini dans les rayonnages de drogueries et supermarchés américains, indiquant ensuite l’adresse de son méfait sur les réseaux sociaux. Ainsi, chacun peut partir à la chasse de ces pièces uniques : le 24 janvier, par exemple, il cachait un assortiment de «Figurines d’oiseaux morts – ils ont probablement été fauchés par un camion ou un truc du genre» dans une pharmacie Rite-Aid de Hollywood. Parmi ses autres créations : un kazoo funéraire, un œuf précassé ou encore un set de «Cheveux de mon oncle subtilisés pendant son sommeil». Collectionnez-les tous !

Source du post: liberation.fr

Roberta Flores
Roberta Flores
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