En Martinique, une scolarité paralysée depuis deux mois

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Le corona bat Arnaud Montebourg à son propre jeu

Les élèves de Martinique retrouveront-ils leur classe et leurs profs ce lundi ? En principe, oui, car les vacances scolaires s’achèvent. La réalité est moins évidente. Rien à voir avec le coronavirus : en Martinique, le mouvement contre la réforme des retraites a pris une tournure particulière. Depuis deux mois, la quasi-totalité des écoles, collèges et lycées sont fermés, bloqués par les manifestants. Le rectorat mise sur un retour à la normale ce lundi.

«Depuis l’appel interprofessionnel du 9 janvier, résume Valérie Vertale-Loriot, cosecrétaire départementale du Snes-FSU, entre 95% et 100% des établissements sont bloqués.» Chaque matin ou presque, le scénario se répète : les accès aux établissements scolaires sont empêchés par des cadenas, des palettes ou les deux. De sorte que même le personnel non gréviste ne peut rentrer dans l’établissement. «Et la police municipale passe devant les barricades sans rien dire…» s’énerve Florence Lapierre. Enseignante en éducation prioritaire, elle est opposée comme beaucoup à la réforme des retraites, mais «totalement contre ce mode de blocage». Et révoltée que les médias parlent si peu de ce qui se passe.

«Tout le monde s’en fout»

Ce sentiment d’indifférence générale est partagé à la fois par ceux qui pâtissent du mouvement et par les personnes engagées. Julien Carante, 42 ans, prof d’EPS, syndiqué à la FSU et très mobilisé : «C’est assez incroyable. Vous imaginez combien de temps il faut tout paralyser pour commencer à avoir un début d’écoute ? Tout le monde s’en fout.» A la colère contre la réforme des retraites est venue se greffer les baisses de moyens de l’Education nationale pour préparer la rentrée prochaine, explique-t-il : «En janvier, chaque établissement découvre le nombre de postes pour l’année d’après [les fameuses DHG, dotations horaires globales, ndlr]. Quand on a vu les baisses de moyens, cela n’a fait que raviver la protestation.» Il ajoute : «On profite de ce système de blocage qui permet de durer dans le mouvement (l’accès aux établissements étant empêché, aucun n’est comptabilisé comme gréviste), mais nous en sommes là faute d’avoir le choix !» Vendredi, il estimait que «le mouvement de contestation, sous cette forme en tout cas, touche à sa fin».

Le recteur confiant

La semaine dernière, le recteur de l’académie de Martinique a adressé un courrier aux parents d’élèves et personnels : «Je suis particulièrement sensible aux messages que vous m’adressez pour dénoncer cette situation qui remet en cause la continuité du service public et le droit à l’éducation. Les répercussions sont fortes sur le quotidien des élèves, des parents et des établissements, générant à la fois difficultés, incompréhension et inquiétude légitimes pour l’avenir», écrit-il.

Valérie Vertale-Loriot du Snes-FSU : «Il va un peu vite en besogne en considérant le problème réglé ! L’intersyndicale (FSU, CGT, CDMT et UNSA) appelle à des AG dans chaque établissement lundi pour décider de la poursuite ou non du mouvement. Les AG sont souveraines. De notre côté, l’intersyndicale appelle à maintenir la pression. Pour nous, les revendications ne sont toujours pas entendues.» Pour commencer : la réforme des retraites. «Le coup du 49.3, je ne vous fais pas un dessin… Sur les baisses de moyens, le recteur se félicite d’être passé de 76 suppressions de poste annoncées au début à 40. C’est mieux, mais le compte n’y est toujours pas.» Le nouveau calendrier pour le passage des E3C, les épreuves de contrôle continu du bac, ne la satisfait pas non plus : «Nous exigeons un délai plus long pour préparer nos élèves compte tenu de la situation ici.»

Un collectif de «grands-mères épuisées»

Julie, 42 ans, soupire. Vendredi, un SMS de l’association des parents d’élèves la prévenait que la classe ne reprendrait vraisemblablement pas lundi : «AG prévue…» Installée en Martinique depuis seize ans, elle a deux petites filles, l’une en CE1 et la grande en CM2, qui comptent les jours d’école sur les doigts d’une main depuis les vacances de Noël. «En janvier, elles avaient des week-ends de cinq jours. En février, plus cours du tout.» Comme beaucoup, Julie s’est appuyée sur ses proches pour aller travailler. «Ma mère, dévouée, qui me les gardait… Mais au bout de trois semaines, elle n’en pouvait plus. Il y a même un collectif de grands-mères épuisées qui s’est créé.» Elle s’inquiète du retard pris par ses filles dans les apprentissages. «J’ai beau essayer de l’aider, je vois bien que ma petite est en train de désapprendre à écrire. Ça ne s’improvise pas, d’être enseignant.»

Le Snes-FSU assurait vendredi que les profs grévistes avaient mis tout en œuvre pour que leurs élèves aient du travail, via le logiciel de vie scolaire Pronote notamment. L’enseignante Florence Lapierre soupire : «Oui, mais on sait bien que les enfants qui vivent dans les endroits reculés, ou dans des milieux défavorisés, ne vont pas se connecter.»


Marie Piquemal

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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