Enquête collaborative menée par l’UdeS avec l’UQAC et l’UQAM

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Quelle qu’en soit la nature − pandémie, accident ferroviaire, inondations −, les catastrophes qui s’abattent sur les collectivités créent, dans la population, une onde de choc plus ou moins violente qu’une aide concrète et suffisante peut amoindrir. C’est ce que suggère une enquête sur les inondations 2019 pilotée par la professeure Mélissa Généreux en collaboration avec la professeure Danielle Maltais, de l’UQAC, et le professeur Philippe Gachon, de l’UQAM.

Avec l’arrivée des températures plus clémentes, nous surveillons de près le niveau des cours d’eau, hantés que nous sommes par les images de maisons à demi englouties relayées par les médias, au printemps dernier.

Presque un an plus tard, comment se portent les personnes sinistrées? Ont-elles réussi à se relever du désastre? Comment va leur santé physique et psychologique? Et d’un point de vue matériel et financier, ont-elles réussi à redresser ou à améliorer leur situation?

Les réponses à ces questions, la chercheuse principale Mélissa Généreux et ses cochercheurs les convoitent vivement : ils savent qu’elles peuvent servir de levier robuste pour inciter les instances municipales, les autorités de santé publique et les équipes d’intervention de première et de deuxième lignes à fournir plus de protection et de soutien concret aux collectivités en temps de crise.

Forte d’un appui financier du Fonds vert dans le cadre du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques du gouvernement du Québec, cette équipe de recherche a donc lancé, il y a 6 mois, L’enquête nationale sur les impacts sociosanitaires des inondations 2019. En combinant des données hydrométéorologiques et sociosanitaires, elle a entrepris de documenter la situation actuelle des personnes sinistrées pour mieux comprendre les conséquences psychosociales des inondations.

L’enquête, en bref

6 régions analysées : Montréal, Laval, Montérégie, Laurentides, Outaouais, Mauricie-Centre du Québec
2 groupes sondés : 3437 personnes résidant dans l’une des zones inondées en 2019, dont un sous-groupe issu de la communauté de Sainte-Marthe-sur-le-Lac
Variables observées : niveau d’exposition, répercussions sur la santé physique et psychologique, soutien social reçu et stresseurs secondaires
Profil type des ménages sondés : personnes vivant en couple ou ayant des enfants, occupant une maison (unifamiliale, jumelée, etc.) et dont le revenu familial dépasse les 100 000 $

Détresse, problèmes financiers et symptômes respiratoires

Au total, 3437 ménages ont accepté de répondre au questionnaire préparé par l’équipe de recherche et conduit par la firme de sondage Léger. De ce nombre, 587 provenaient de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, l’une des municipalités les plus durement touchées.

Les données, recueillies par téléphone ou par le Web, ont révélé qu’au-delà des pertes matérielles, les inondations ont engendré des conséquences psychosociales importantes qui perdurent, même des mois plus tard.

Les personnes sinistrées se divisent en 2 catégories : les personnes inondées (chez qui au moins une pièce habitable a été inondée) et les personnes perturbées (chez qui le désastre a bouleversé le quotidien en raison d’une évacuation, d’une perte de service, de la présence d’eau sur le terrain, etc.).

En effet, plusieurs mois après la crue dévastatrice, 44 % des personnes inondées éprouvent des symptômes modérés à élevés de stress post-traumatique. Dans une proportion un peu moindre, mais tout de même importante, 21 % d’entre elles souffrent de trouble anxieux, et 20 %, de trouble de l’humeur (tristesse, fatigue et problèmes de sommeil).

L’enquête a aussi démontré que les personnes inondées sont 4 à 5 fois plus nombreuses à présenter des problèmes de santé mentale, si on les compare aux personnes dont la maison a été épargnée.

Quant aux personnes signalant ne pas avoir reçu d’aide adéquate avant, pendant ou après la catastrophe, 56 % présentent aujourd’hui des symptômes de stress post-traumatique.

Près de la moitié (44 %) des personnes inondées éprouvent aujourd’hui des symptômes de stress post-traumatique. Parmi celles affirmant n’ayant pas reçu le soutien nécessaire, cette proportion s’élève à 56 %.

Sans surprise, on apprend que la hauteur des eaux à domicile a une incidence directe sur l’ampleur des dégâts matériels et sur le degré de détresse psychologique. Toutefois, l’enquête a permis de constater que la détresse est moins élevée chez les personnes ayant reçu suffisamment de soutien social, moral ou financier.

 Dégâts matériels : aperçu de la situation

80 % : c’est la proportion de personnes inondées à Sainte-Marthe-sur-le-Lac chez qui la montée des eaux a dépassé 30 cm. Dans les autres régions, la moyenne est inférieure à 30 cm.
50 000 $ : c’est la valeur moyenne des pertes matérielles subies par les personnes sinistrées sondées à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Dans les autres régions, la moyenne se situe à moins de 25 000 $.
59 % : c’est la proportion de personnes sinistrées n’ayant pas reçu toute l’aide financière nécessaire pour faire face aux frais encourus.
11 % : c’est la proportion de personnes sinistrées ayant dû recourir à un prêt bancaire. De ce nombre, la majorité (69 %) est considérée comme plus à risque de développer un trouble de santé mentale.
10 % : c’est la quantité de personnes sinistrées dont les pièces inondées sont toujours inutilisables, même plusieurs mois plus tard.

L’enquête a aussi permis de mettre en lumière une prévalence plus élevée, chez les personnes inondées, de troubles respiratoires et de symptômes otorhinolaryngologiques (nez qui coule, sécrétions dans la gorge, etc.).

Accroître l’aide concrète, morale et financière

Professeure Mélissa Généreux, chercheuse principale de l'enquête
Professeure Mélissa Généreux, chercheuse principale de l’enquête
Photo : Martin Blache – UdeS

La professeure Mélissa Généreux, tout comme ses homologues de l’UQAC et de l’UQAM, reconnaît que c’est dans les actions qui s’ensuivront que ces données prendront toute leur valeur : « L’objectif ultime de cette enquête est de redonner une qualité de vie aux communautés concernées, explique-t-elle. Il faut que des mesures concrètes soient mises en place sans délai pour leur venir en aide, telles que du soutien et de l’accompagnement pour la reconstruction de leur domicile, ou l’accès à des équipes d’intervention formées en premiers secours psychologiques. Il est également impératif de se doter de plans de rétablissement solides pour protéger les collectivités lors d’éventuelles inondations. »

Il faut que des mesures concrètes soient mises en place sans délai pour leur venir en aide, telles que du soutien et de l’accompagnement pour la reconstruction de leur domicile, ou l’accès à des équipes d’intervention formées en premiers secours psychologiques.

Professeure Mélissa Généreux

D’après le professeur Philippe Gachon, cette étude démontre à quel point la préparation et la prévention sont essentielles, voire cruciales, afin de réduire les risques de dommages et les conséquences psychosociales des personnes sinistrées :

« Le contexte dans lequel se produit l’événement catastrophique, par exemple la rapidité de la montée des eaux, la hauteur de l’eau et la durée de l’inondation, est un facteur déterminant de la santé physique et psychologique des communautés inondées, note-t-il. Une démarche intersectorielle et englobante est essentielle afin d’améliorer les mesures de prévention et de préparation avant l’événement, pour faciliter l’intervention pendant l’événement, et pour assurer le rétablissement des personnes après l’événement, incluant un exercice de leçons apprises orienté vers les conséquences vis-à-vis des personnes sinistrées. »

Pour sa part, la professeure Danielle Maltais estime que cette étude démontre l’importance d’apporter du soutien concret et moral aux personnes sinistrées, car l’aide déployée joue un rôle important en ce qui a trait à leur santé mentale. Cette aide doit être disponible tout au long du processus de rétablissement des individus et pas seulement avant ou pendant les inondations.

L’enquête intégrale sera mise à la disposition du grand public prochainement.

À propos des personnes au cœur de cette enquête, toutes membres du Réseau Inondations InterSectoriel du Québec (RIISQ)

Mélissa Généreux, chercheuse principale, est professeure-chercheuse au Département des sciences de la santé communautaire à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, médecin-conseil à la Santé publique du CIUSSS de l’Estrie  − CHUS et coordonnatrice du programme de santé dans le domaine des changements climatiques de l’organisme Ouranos.

Philippe Gachon, cochercheur, est professeur au Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), titulaire de la Chaire de recherche sur les risques hydrométéorologiques liés aux changements climatiques et directeur du Réseau Inondations InterSectoriel du Québec (RIISQ) et du Centre ESCER (Centre pour l’étude et simulation du climat à l’échelle régionale).

Danielle Maltais, cochercheuse, est professeure titulaire à l’Unité d’enseignement en travail social à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et titulaire de la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, la santé mentale et la résilience.  Elle œuvre depuis plusieurs années dans le domaine des conséquences des catastrophes et des événements traumatiques sur la santé des individus, des intervenants et des communautés.

La source officielle de cet article : Université de Sherbrooke

Roberta Flores
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