Est-il vrai qu’il y a des séquences d’ARN de VIH dans le coronavirus  ?

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Est-il vrai qu’il y a des séquences d’ARN de VIH dans le coronavirus  ?

Le virus responsable du Covid-19 aurait-il été créé à partir du VIH, virus responsable du Sida ? En février 2020, cette théorie court dans les réseaux sociaux après la prépublication d’un article scientifique qui allait dans ce sens. Sous le feu des critiques du monde scientifique, les auteurs de l’article en question se rétractent et la controverse paraît enterrée. Mais le 16 avril, l’ancien chercheur Luc Montagnier, nobélisé en 2008 pour avoir découvert le VIH avec Françoise Barré-Sinoussi et Harald zur Hausen, ressuscite cette théorie et sème la zizanie. Sciences et Avenir a contacté plusieurs experts ayant étudié l’origine du virus SARS-CoV-2 pour voir plus clair dans le brouillard généré par cette controverse.

Plusieurs hypothèses sont possibles, mais pas celle d’une manipulation humaine

L’article rétracté avait été publié le 31 janvier 2020 en tant que « preprint » avant d’être retiré quelques jours plus tard. Il mettait en évidence que de petits morceaux de la séquence génomique du VIH étaient identiques à des morceaux dans le SARS-CoV-2. Selon les auteurs, chercheurs à l’Institut indien de technologie, cette similitude impliquait que le virus responsable du Covid-19 avait été construit de toutes pièces en mélangeant un coronavirus avec le virus responsable du sida. Cependant, pour les experts interrogés par Sciences et Avenir, cette conclusion est bien trop hâtive : « Les morceaux identiques qu’ils ont trouvés sont beaucoup trop petits pour être significatifs, temporise Alexandre Hassanin, enseignant-chercheur à l’institut de Systématique, évolution, biodiversité (ISYEB) de Sorbonne Université et du Muséum national d’Histoire naturelle. Il s’agit des tout petits morceaux de moins de 20 bases, sur un génome de 23.000 bases, et c’est des morceaux qu’on trouve aussi chez d’autres virus, pas seulement dans le VIH ».

Cet avis est partagé par le virologue Robert Garry, chercheur à l’université de Tulane aux États-Unis et co-auteur d’une étude sur l’origine du SARS-CoV-2 publiée dans Nature en mars 2020 : « Une similarité dans des séquences aussi courtes est tout simplement due au hasard. Pour le moment, il n’y a aucune évidence sérieuse qui aille dans le sens d’une manipulation du virus à partir du VIH », martèle-t-il auprès de Sciences et Avenir. Pour M. Garry, un des principaux arguments contre l’hypothèse d’une manipulation humaine du virus est qu’on ne sait pas encore vraiment qu’est-ce qui rend un virus efficace : « On ne peut pas prédire dans un ordinateur quelle est la meilleure séquence génétique pour rendre un virus plus ou moins virulent, la sélection naturelle est bien plus puissante que nous ! »

Le virus se serait-il échappé d’un laboratoire ? Peu probable

Toutefois, l’origine du virus n’a pas été définitivement établie. Ces derniers jours, des avertissements concernant des problèmes de sécurité du laboratoire de haute sécurité de l’Institut de virologie de Wuhan ont été révélés, alimentant les rumeurs sur une possible fuite du virus depuis ce laboratoire. Pourtant, pour les experts cette hypothèse semble peu probable : « Il faut envisager toutes les hypothèses et privilégier celles qui reposent sur des faits et qui sont les plus parcimonieuses, rappelle M. Hassanin. Pour le moment, on peut rayer la manipulation humaine du virus, ce qui ne veut pas dire que le virus n’est pas sorti d’un laboratoire, mais ce n’est pas l’hypothèse la plus probable pour une raison : la séquence génomique du virus ». Pour ce spécialiste de l’évolution des génomes, la séquence génomique du SARS-CoV-2 était inédite, alors que s’il s’agissait d’un virus cultivé en laboratoire on s’attendrait plutôt à que sa séquence soit très proche à des séquences déjà étudiées et publiées. « Mais prouver qu’un virus ne s’est pas échappé d’un laboratoire n’est pas facile », admet-il.

L’origine animale reste l’hypothèse la plus probable

« Il est très clair que le virus à une origine animale, affirme Robert Garry. Il vient des chauves-souris, mais il est peut-être passé par un autre animal avant d’atteindre l’humain ». Selon les études génomiques, l’information génétique du SARS-CoV-2 a une similitude de 96 % avec d’autres virus trouvés chez des chauves-souris de l’espèce Rhinolophus affinis. Et une partie de la séquence du virus, correspondant à un bout de la protéine sur la surface du virus qui s’accroche aux cellules humaines pour les infecter, est très similaire à celle trouvée dans des virus présents dans les pangolins. « Donc, le plus probable est qu’un virus venant d’une chauve-souris s’est mélangé avec un virus venant d’un pangolin, soit directement dans un pangolin ou dans un autre animal, créant ce nouveau virus », explique-t-il.

Pour M. Hassanin, plusieurs arguments pointent vers cette hypothèse : « On sait que des virus proches de celui-ci circulaient dans les marchés depuis plusieurs années, on sait aussi que les pangolins pouvaient être infectés par ces virus et qu’ils présentent des symptômes du Covid-19, donc qu’ils peuvent amplifier le virus et faciliter l’infection humaine, éclaire-t-il. Les conditions de captivité de ces animaux sauvages sont idéales pour permettre la transmission du virus entre différentes espèces animales et ainsi favoriser l’émergence des épidémies ».

Source : Sciences

Roberta Flores
Roberta Flores
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