Des étudiantes vont chez les Cris apprendre le rôle élargi des infirmières

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L’étudiante en sciences infirmières Béatrice Tremblay se dit charmée par son stage dans la communauté crie de Waswanipi. Béatrice Tremblay a eu un coup de foudre pour l’immensité du territoire et la beauté de la nature de Waswanipi ‒ «Je suis arrivée en pleine nuit et j’ai tout de suite remarqué le ciel constellé d’étoiles» ‒, mais c’est surtout son travail avec les gens qui l’a charmée. «Je voulais voir comment on soignait en région très éloignée dans un contexte culturel différent, affirme-t-elle. Là-bas, la pratique des soins infirmiers est unique en ce sens que le rôle des infirmières est élargi. Notre travail comporte un large éventail de responsabilités.»

L’étudiante de la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal a séjourné six semaines, du 10 mars au 19 avril, en compagnie d’une autre étudiante de la faculté, Camille Messier, dans cette région reconnue pour ses magnifiques aurores boréales.

Waswanipi est une communauté crie située dans le Nord-du-Québec, au carrefour des rivières Opawica, Chibougamau et Waswanipi. Le mot waswanipi signifie «réflexion sur l’eau». Certains croient que ce mot fait référence à la pêche de nuit traditionnelle. «Je peux confirmer que la pêche et la chasse, notamment le goose break, sont très importantes pour les Cris de la Baie-James», soutien Béatrice Tremblay, qui revient fébrile de son séjour d’études.

En région éloignée, les infirmières ont le droit de poser des diagnostics, de prescrire et d’interpréter des tests, de rédiger des ordonnances et d’accomplir certains actes médicaux précis, le tout de façon autonome. «On n’était pas laissées à nous-mêmes, précise la jeune femme, qui terminera son baccalauréat en mai. Un précepteur infirmier supervisait notre travail et au moins un médecin était disponible pour des consultations en cas de besoin. Mais il fallait démontrer beaucoup d’autonomie. J’ai adoré mon expérience.»

Défis quotidiens

Dès leur arrivée, les futures infirmières constatent ce que représente le congé de la chasse à l’oie sauvage pour les autochtones de cette communauté côtière d’environ 1800 habitants. «La chasse ne commençait officiellement que dans quelques semaines, mais déjà il y avait de la fébrilité dans l’air», raconte Béatrice Tremblay. Cette chasse annuelle, dit-on, est plus importante que Noël: les écoles sont fermées et plusieurs résidants se préparent à partir dans les bois. Seuls quelques hommes et femmes ainsi que les enfants restent au village. Nonobstant cela, les étudiantes ont eu beaucoup de travail au cours de leur stage. Ce milieu de formation relève du Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James.

Béatrice Tremblay et Camille Messier n’étaient pas les seules à réaliser un stage dans le Nord-du-Québec. Deux autres étudiantes de la Faculté des sciences infirmières de l’UdeM, Paule Harvey et Anne Lapierre, y séjournaient en même temps qu’elles, mais dans un village différent. Ces dernières étaient à Waskaganish, à proximité de la rivière Rupert, à l’emplacement même du premier poste de traite des fourrures du Canada. C’est ce qui vaudra son nom au village, puisque Waskaganish signifie «petite maison» (terme utilisé par les premiers habitants pour décrire les postes de traite).

«Le lendemain de notre arrivée, on a fait connaissance par conférence téléphonique; Paule et Anne étaient là depuis quelques jours déjà», indique Béatrice Tremblay. À Waswanipi et Waskaganish, souligne l’étudiante, il y a beaucoup d’adolescents et de jeunes enfants. «Il y a donc toujours un patient à voir.»

Les sections de la clinique où les jeunes femmes travaillaient sont divisées par groupes d’âge: Awash, de 0 à 9 ans; Uschiniichisuu, de 10 à 29 ans; et Chishaayiyuu, pour les 30 ans et plus. Béatrice Tremblay était affectée au centre de consultation sans rendez-vous. Otites, fièvre, pneumonie, troubles musculosquelettiques, diabète mal soigné, hypertension, zona, traumatismes dus à des accidents de véhicules tout-terrain, intoxication, les problèmes de santé étaient multiples.

Prescription d’un médicament, points de suture, intubation d’un patient… Ici, les infirmières ont la possibilité d’accomplir des actes médicaux qui leur seraient interdits à Montréal. «Mon travail représentait un défi au quotidien. On apprend vite à faire plus avec moins», signale Béatrice Tremblay. L’étudiante de 26 ans mentionne aussi qu’elle a aimé partager le quotidien des habitants. «C’est un peuple très accueillant qui ne demande qu’à partager sa culture.»

Un après-midi, elle s’est aventurée jusqu’au centre culturel chauffé au four à bois et d’où se dégageait une odeur de sapinage et de banique (pain sans levure faisant partie de l’alimentation amérindienne). Là, les aînés s’affairent à séparer les peaux d’orignaux, font de la broderie et de la couture et préparent de la nourriture traditionnelle. Elle y a goûté un ragoût d’orignal et la banique, dont elle a aussitôt raffolé. Elle y a aussi appris les bases de la broderie autochtone.

«Après une telle expérience, on ne voit plus les choses de la même façon», déclare Béatrice Tremblay. Elle encourage fortement les autres étudiants à vivre une expérience semblable et à profiter de l’expertise des habitants et des gens qui travaillent sur place depuis de nombreuses années. «Je reviens avec de beaux souvenirs et un bagage inestimable de connaissances qui va m’être très utile dans mon futur travail.»

Source : UDeM

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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