En Europe, un début de déconfinement à géométrie variable

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Notre-Dame : le chantier encore en sommeil

Selon les vœux de la Commission européenne, «le retour à la normale après la période de confinement [reposera sur] une approche européenne et soigneusement coordonnée entre Etats membres». Une feuille de route mettant l’accent sur l’harmonie et la solidarité a été présentée en ce sens ce matin, par Ursula von der Leyen en personne. Mais de nombreux gouvernements n’ont pas attendu la Commission pour présenter un échéancier de sortie de crise. De premières mesures d’assouplissement du confinement sont entrées en vigueur dans plusieurs pays cette semaine, de manière désynchronisée et sans mettre l’accent sur les mêmes priorités.

La question des écoles forme un point de divergence important. Seuls le Danemark et la Norvège (qui n’est pas membre de l’UE) ont décidé de commencer leur déconfinement par les écoles. Les crèches norvégiennes pourront rouvrir à partir du 20 avril. Ecoles maternelles devraient suivre une semaine plus tard, comme certains établissements scolaires du secondaire. Au Danemark, les écoles primaires et maternelles ont commencé à accueillir des enfants aujourd’hui. Certaines sont toutefois restées fermées, le temps de se conformer aux recommandations sanitaires, dont beaucoup semblent inapplicables. En théorie, tous les élèves devront être assis à des tables individuelles séparées d’au moins deux mètres, ce qui pourrait amener les écoles à investir d’autres espaces ou à réduire leur nombre d’élèves. Les enfants ne pourront jouer que par groupes de trois ou cinq, qui devront toujours rassembler les mêmes bambins.

Magasins de bricolage

Ce retour à l’école est vu avec méfiance par de nombreux parents danois. Une mère d’élève a ainsi lancé une page Facebook intitulée «Mes enfants ne seront pas des cobayes pour le Covid». Elle rassemble 37 000 parents qui refusent de renvoyer leurs enfants en classe. La réouverture des écoles est aussi censée permettre aux parents de reprendre le travail. Mais au Danemark comme en Norvège, cafés, restaurants et commerces non essentiels restent fermés, comme les lieux publics, et ceux qui le peuvent sont toujours encouragés à faire du télétravail.

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L’Autriche a décidé de suivre un chemin opposé. Les magasins de bricolage, et tous les commerces de moins de 400 mètres carrés ont pu rouvrir leurs portes hier. Les autres magasins attendront début mai, et les cafés ou les restaurants au moins la mi-mai, comme les écoles. Même stratégie en République Tchèque où les écoliers du primaire ne devraient pas retrouver leurs classes avant la rentrée de septembre mais les magasins de bricolage et les ateliers de réparation de vélo ont rouvert depuis le 9 avril. L’idée est de tester ainsi de premières mesures de déconfinement, tout en offrant aux personnes qui doivent rester chez elles de nouvelles occupations.

Dans tous ces pays, le confinement a été mis en place plus tôt qu’en France, et les mesures qui l’ont précédé étaient plus sévères. Les populations ont aussi été davantage testées : en moyenne l’Autriche a conduit 13,6 tests pour mille habitants, le Danemark 10,7 et la Tchéquie 9,3, alors que la France n’a procédé qu’à 3,3 tests pour mille habitants. La pression sur les hôpitaux s’est aujourd’hui allégée. En Autriche, le nombre de nouveaux cas augmente de moins de 1 % ces derniers jours, et les services de soin intensifs ne sont pas saturés. «L’Autriche tire profit de son nombre important de lits en soin intensif puisqu’elle bénéficie de 28,9 lits pour 100 000 habitants, contre 16,3 en France», rappelle la fondation Jean Jaurès dans une note. La principale différence entre les Etats qui assouplissent le confinement est le port du masque. Il est très peu utilisé en Scandinavie, où il n’est pas recommandé par les autorités sanitaires, alors qu’il est obligatoire dans les commerces et les transports autrichiens, et pour toute sortie dans l’espace public en République Tchèque.

Timides premiers pas en Italie et en Espagne

Avec le ralentissement de l’épidémie en Espagne (où les nouveaux cas n’ont augmenté que de 2 % ces derniers jours) et en Italie, quelques secteurs ont également été autorisés à reprendre le travail. Après deux semaines, où seules les «activités économiques essentielles» étaient autorisées, l’industrie et les chantiers de construction espagnols ont timidement repris depuis lundi. Les entreprises doivent faire respecter une distance de sécurité de deux mètres et fournir des équipements de protection à leurs salariés. Elles ont également été incitées à modifier leurs horaires pour éviter l’affluence dans les transports. Le ministre de la Santé a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas pour autant d’un début de déconfinement. «Nous n’avons commencé aucune phase de désescalade, nous n’avons pas mis fin aux restrictions de circulation des personnes», a-t-il rappelé. Ces mesures viendront au mieux dans deux semaines.

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En Italie, l’industrie forestière et les fabricants d’ordinateurs ont pu se remettre au travail. Les laveries, les magasins qui vendent des vêtements pour enfants et les librairies ont également reçu le droit d’ouvrir, après avoir été ajoutés à la liste des commerces de première nécessité. Pourtant de nombreux libraires italiens ont choisi de garder porte close. 250 d’entre eux ont écrit une lettre ouverte au Premier ministre Giuseppe Conte dans laquelle ils estiment que le moment n’est pas encore venu. «Nous n’avons pas l’intention de nous exposer dans le seul but de faire croire à une « guérison culturelle des âmes », qui ne pourra être atteinte que lorsque la sécurité de chacun sera assurée», écrivent-ils.

Derrière ces portes closes se cachent aussi des questions économiques. La réouverture pourrait être financièrement encore plus douloureuse que la fermeture si les clients ne viennent pas. Et jusqu’ici, on ne sait pas si ceux qui rouvrent leurs magasins perdront les aides dont ils bénéficiaient jusque-là.

 


Nelly Didelot

 

 

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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