Faut-il maintenir les seniors confinés après le 11 mai?

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Faut-il maintenir les seniors confinés après le 11 mai?

« Infantilisant », « discriminatoire », « anticonstitutionnel »… Depuis ce lundi, des scientifiques, médecins et sociologues tirent à boulet rouge contre une éventuelle prolongation du confinement pour les seniors après le 11 mai. « Nous demanderons aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester confinées même après le 11 mai, tout au moins dans un premier temps », a expliqué Emmanuel Macron lors de son allocution, sans plus de détails.

Selon le dernier bilan épidémiologique de Santé publique France, les seniors paient effectivement un lourd tribut à l’épidémie: les plus de 65 ans représentaient 69% des malades du Covid-19 hospitalisés à la date du 14 avril, et constituaient même 89% des morts recensés à l’hôpital depuis le 1er mars. Mais un éventuel déconfinement par classe suscite la crainte des professionnels des spécialistes du troisième âge.

Une « humanisation du confinement »

Lors de son audition devant le Sénat mercredi, Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique sur le coronavirus, a ainsi plaidé pour maintenir le confinement pour les 18 millions de personnes les plus fragiles, parmi lesquelles « les personnes d’un certain âge, (…) au-dessus de 65 ou de 70 ans ». Sur BFMTV ce vendredi, Denis Malvy, infectiologue au CHU de Bordeaux, également membre du comité scientifique a nuancé les propos de son confrère, insistant sur “l’humanisation du confinement”:

“Les plus vulnérables, dont les personnes de plus de 65-70 ans, font partis d’un groupe vulnérable, à l’intérieur duquel il y a une hétérogénéité. Des mesures de précaution, de confinement devront leur être proposés. (…) Il est évident que si les plus fragiles parmi les fragiles doivent rester confinés, il faut qu’on leur permettre de rencontrer leurs proches, autrement que par téléphone ou par tablette. Il y a des mesures d’innovation qui ont des mesures de sécurité et permettent une humanisation du confinement.”

Dans un communiqué diffusé jeudi, l’Académie nationale a rappelé que les mesures de confinement établies pour lutter contre le coronavirus sont « des souffrances morales induites » qui « ne doivent pas être sous-estimées ». C’est particulièrement le cas pour les pensionnaires des Ephad, qui n’ont plus le droit aux visites de l’extérieur depuis le 11 mars.

« Nous commençons à constater des dégradations de santé psychologique chez les personnes âgées », met en garde à l’AFP le directeur de l’AD-Pa, l’Association des Directeurs au service des Personnes Agées.

Prolonger le confinement pour les seniors en maison de retraite « va probablement exacerber les risques de décompensation et de syndrome de glissement », qui voit les personnes refuser en quelque sorte de continuer à vivre, redoute également la Fnaqpa, autre fédération du secteur.

Faire des seniors des « citoyens de troisième zone »

La mesure fait également bondir le sociologue Serge Guérin, spécialiste du vieillissement. Il dénonce sur BFMTV « un apartheid générationnel »:

« Il y a environ 20% de ces personnes qui sont maires, ou adjoints municipaux. On est super contents de les trouver en ce moment pour organiser la solidarité, pour aider. On était super contents pour qu’ils tiennent les bureaux de vote il y a quelques semaines. Et là d’un seul coup ce serait des citoyens de troisième zone qui n’auraient pas le droit de décider par eux-mêmes. » Ce dernier déplore une « infantilisation » des seniors et insiste: « C’est la situation de la personne qui compte, pas son âge, qui ne veut pas dire grand chose. »

« Après tout c’est aussi prendre son risque, elles ont le droit de prendre leur responsabilité. Les plus âgés sont les moins propagateurs du virus, donc les moins dangereux à l’extérieur », poursuit Serge Guérin.  

« On ne discrimine jamais en raison de la fragilité »

« Alors quoi, nous sommes assignés à résidence jusqu’à la fin de l’année ? » Depuis lundi, la Ligue contre le Cancer reçoit des dizaines d’appels de malades, a fortiori âgés, affolés. « Quand on a encore un petit nombre de beau printemps à vivre. Et bien un beau printemps a encore plus d’importance qu’il n’en a pour une personne qui en a 50 à vivre devant lui. (…) Il ne faut pas culpabiliser les gens », insiste auprès de BFMTV son président, Axel Khan. D’autant que la mesure serait, de toute façon, anticonstitutionnelle selon lui:

“D’un point de vue purement légal, c’est impossible car c’est anticonstitutionnel. L’un des principes constitutionnel est que l’on ne discrimine en droit jamais en raison de la fragilité. En raison de la fragilité, on conseille, on accompagne, on protège. Toutes les mesures de protection et de conseils sont les bienvenues. En revanche, qu’il y ait une mesure légale qui soit directement dirigé contre tel ou tel en raison de ce que l’on considère comme un élément de fragilité est simplement illégal.

Si l’allocution du président Emmanuel Macron lundi soir a répondu à la question sur la date du déconfinement progressif de la France, mais en a ainsi soulevé une multitude d’autres, dont celle des personnes âgées donc. A charge pour le Premier ministre Edouard Philippe et son équipe d’y répondre.  Ce dernier a assuré à l’Assemblée nationale mardi préparer « un plan complet de sortie, un plan d’ensemble » qu’il compte présenter quand « il sera prêt ».

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Marino Stozza
Marino Stozza
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